La Palatine et la chasse

   La Palatine en tenue de chasse

   Le roi apprécie cette belle-sœur amoureuse du grand air et des chevaux, qui lui tient des propos cocasses : elle le repose des minauderies de ses soupirantes.

   « J’espère, la semaine prochaine, suivre à cheval la chasse du roi ; il m’a fait écrire par Monsieur qu’il prétendait que j’allasse chasser avec lui deux fois par semaine. Cela sera tout à fait dans mes goûts […]. L’équitation me sera utile pour une chose que vous [1] m’avez souvent recommandée : me tenir droite. » (10 octobre 1673)

   Elle aime surtout Fontainebleau où elle chasse à courre avec le roi. Mme de Sévigné écrit le 14 juillet 1675 : « La cour va à Fontainebleau. C’est Madame qui le veut. »

   « Demain nous irons courre le cerf avec le roi […] La chasse vaut mieux pour ma santé que pour mon teint […]. D’ailleurs ce n’est plus la mode à cette heure de tant soigner son teint : celles qui ne se fardent ni ne portent de masques ont la peau tout aussi rouge et rude que moi. » (13 octobre 1693)

   Lors d’une chute, elle est mal soignée. S’ensuivra une méfiance – très en avance sur son temps - envers la médecine de l’époque : « Il y a tout juste quatre semaines aujourd’hui j’allais chasser le loup avec M. le dauphin. Il avait plu et les chemins étaient glissants. Nous avions cherché un loup deux heures durant et n’en avions pas trouvé, nous allions donc nous diriger vers une autre enceinte où l’on croyait que le loup viendrait. Tout d’un coup quelqu’un passe au galop à côté de moi, cela donne envie à mon cheval de galoper aussi, il se cabre un peu et de ses pieds de derrière il touche l’air humide, les deux pieds lui manquent, et il tombe tout doucement sur le côté droit, mon coude droit donne juste contre une pierre, ce qui me disloqua le gros os du bras. On alla immédiatement chercher le chirurgien du roi mais on ne put le trouver. Son cheval avait perdu un fer, il était allé dans un autre village pour lui en faire remettre un. Un paysan qui se trouvait par-là dit qu’il y avait à deux lieues de là un très habile barbier qui journellement remettait bras et jambes. Quand j’entendis qu’il avait tant d’expérience, je montai en calèche et m’y fis mener. J’endurai de grandes douleurs en route, mais dès qu’il m’eut remis le bras, je ne ressentis plus rien. Je remontai en calèche et revins ici au grand trot.

   Le lendemain, Monsieur et ses chirurgiens eurent la curiosité de voir si mon bras était bien remis ; je crois qu’il s’y mêlait un peu de jalousie de ce que le paysan eût si bien fait la chose, et ils s’en vont faire croire au pauvre homme que s’il n’examine pas aussitôt mon bras, le sphacèle pourrait s’y mettre. Le pauvre paysan se laisse persuader par les méchants chirurgiens, me met le bras à nu, tandis qu’il aurait dû rester dans l’appareil pendant neuf jours ; ils font mouvoir le bras et me remettent l’appareil si mal que le lendemain il fallut tout rouvrir. Cela amena une si affreuse enflure de la main et du bras que présentement encore je ne peux faire usage de la main ni la porter à la bouche ; tandis que je pouvais tout faire avant que ces maudits chirurgiens n’eussent ôté le premier appareil […]. Je serais tout à fait guérie s’ils avaient laissé faire mon paysan. » (21 juin 1697)

   « Est-il possible que vous n’ayez jamais vu de chasse à courre ? J’ai vu prendre certainement plus de mille cerfs et fait mainte bonne chute à la chasse. Sur les vingt-six que j’ai faites, je n’ai eu de mal qu’une seule fois. » (20 octobre 1709)

   « Je perds souvent la chasse, par considération pour mes chevaux. Quand on chasse dans le parc d’ici [2], on ne traverse ni landes, ni terres labourées, mais quand on chasse ailleurs, on passe fort bien par les champs. S’il y a des dégâts, les paysans remettent une réclamation par écrit, on en fait l’estimation et on les paie. À Fontainebleau, on trouve des landes et des rochers, mais les villages ne sont pas fort éloignés les uns des autres. » (21 décembre 1710)

   L’âge venant, elle abandonne le cheval pour la calèche mais suit toujours les chasses  : « D’aller en calèche, cela ne m’échauffe pas le moins du monde, moi qui ai pendant trente ans chassé le loup et le cerf à cheval et pendant dix autres années suivi la chasse en calèche, j’y suis comme dans mon lit, toutes mes voitures sont douces comme une barque sur l‘eau, elles sont toutes à ressorts. » (4 juin 1719)

Château de Fontainebleau   Et elle aime toujours Fontainebleau, comme en témoigne cette lettre à sa demi-sœur Louise : « Bien-aimée Louise, ceci, hélas ! est la dernière lettre que je vous écrirai de ce cher Fontainebleau : nous partons mercredi et mardi aura lieu la dernière chasse dans cette belle forêt ; à Marly et à Versailles, il n’y a rien qui l’égale, et ce qui me plaît encore en cet endroit c’est que toutes les salles et les galeries ont l’air allemand : quand on entre dans la Salle des Suisses on se dirait tout à fait dans un hall allemand avec ses croisées en saillie, les boiseries et les banquettes. » (20 octobre 1714)

   Éternelle nostalgie de son Palatinat natal, qu'elle n'a jamais revu...

   Le 2 juillet 1719, elle écrit : « Le roi me disait quelquefois ; « D’où vient donc, Madame, que vous aimiez tant Fontainebleau ? » Je lui répondais : « J’y suis mieux logée que vous, Monsieur, et je m‘y divertis fort. » Le roi voyait avec plaisir qu’on aimât Fontainebleau, car il aimait lui-même beaucoup cette résidence. »

Remarque

   Fontainebleau existe bien avant Versailles. Entouré d'une immense forêt (bien plus grande encore que celle que l'on connaît aujourd'hui), il possède un charme romanesque et mystérieux. François Ier puis Henri IV ont embelli le site. Le parc dispose d'un « grand canal », le seul en France (avant Versailles), propice aux divertissements : promenades en gondole, feux d'artifice, collations au son de sérénades de violons, etc. Ce sont les « fêtes galantes » avant Watteau... 

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Notes

[1] Elle écrit à sa tante, la duchesse de Hanovre, qui l’a élevée.

[2] Parc de Versailles.

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