La Palatine et les fêtes de cour

Ballet avec louis XIV   La cour donne le ton des amusements de société. Les carrousels remplacent les tournois. Celui de 1662 (5 et 6 juin), qui a donné son nom à notre place du Carrousel, est resté célèbre : le roi, les princes du sang, en habit « antique », maillots, casques et panaches, dirigeaient les quadrilles des cavaliers, qui représentaient le Romains, les Perses, les Turcs ou les Indiens.

   Dans les ballets, même goût du travestissement. Le roi et la reine y prenaient une part active : dans le ballet d’Hercule amoureux, Louis XIV représenta le Soleil entouré des douze Heures du jour ; dans le ballet des Saisons, il dansa même un rôle de femme, celui de Cérès, déesse des moissons ; dans Les Noces du village, celui d’une jeune paysanne. Notons que le thème du Soleil est souvent présent dans les ballets : par exemple le Ballet royal de la nuit le 23 février 1653 (le roi dissipe la nuit et les nuages, c'est-à-dire les troubles de la Fronde), le Ballet des noces de Pélée et Thétis en 1654, le Ballet de Flore (le Soleil chasse l’hiver pour permettre à la déesse Flore de descendre du ciel, accompagnée de la Beauté, de la Jeunesse, de l’Abondance et de la Félicité), dernier ballet dansé par le roi en 1669.

Costume pour le Triomphe de l'Amour (ballet)

   Organisateur des fêtes de la cour et dessinateur de la Chambre du roi à la fin du règne de Louis XIV, Bérain (1639-1711) est aussi le créateur de quantités de masques, de costumes et de décorations [ci-dessus costume pour le ballet Le Triomphe de l'amour, 1681].  On peut dire que « dans les cartons de tapisserie qu’il destine à la manufacture de Beauvais s’insinuent peu à peu le goût de l’exotisme, des guirlandes, de toute une série des éléments du décor qui marquent le passage du style Louis XIV au style Louis XV, en d’autres termes, le passage du classicisme au rococo. »   

Autres costumes de Bérain sur le site de la BnF ici

Remarque

Bassin d'Apollon   A Versailles, on peut parler de cosmologie louisquatorzième, Louis XIV (né sous le signe de la Vierge le 5 septembre, moment des récoltes) s'assimilant au Soleil/Apollon dispensant ses bienfaits. Les salles du château de Versailles sont en relation avec les planètes : le Soleil ou Apollon (tout le château), la Lune (salon de Diane, sœur du Soleil), Vénus, Mars (salon de Mars), Mercure (salon de Mercure), etc. Le salon d’Apollon, qui devait être la chambre du roi, est devenu la salle du trône où l’on peut voir, dans le panneau central du plafond, le char d’Apollon s’élançant dans le ciel. On retrouve ce même décor apollonien à Marly, au Grand Trianon et au Louvre. Le Mercure galant écrit, à propos des quatre frontons du Pavillon royal de Marly : « Dans le premier, il [le char d’Apollon] semble monter sur l’horizon, pour marquer le soleil levant. Dans le second, il est dans son midi. Au troisième, il commence à pencher vers le couchant. Dans le quatrième, il finit sa carrière et la Nuit le couvre de son voile. » Au Grand Trianon, plusieurs tableaux mettent en scène Apollon. Au Louvre, le décor de la voûte de la galerie d’Apollon est commencé en 1662 par Le Brun mais reste inachevé lorsque Louis XIV s’installe à Versailles. Delacroix le terminera au 19e siècle sur le thème d’Apollon terrassant le serpent Python. Une médaille de 1661 représente le char d’Apollon parcourant le Zodiaque au cours de la journée, symbolisant les travaux constants du roi qui fait prospérer son royaume et répand la lumière sur toute la Terre. Une inscription en atteste : « GALLIA FELIX ASSIDUA REGIS IN CONSILIIS PRAESENTIA » : « La France heureuse par la présence assidue du roi dans ses conseils. »

   Au bal, les danses sont nobles, lentes et graves : la pavane, où princes et les grandes dames figurent en grand costume et les magistrats avec leur simarre, la sarabande, originaire d’Espagne [1], la gavotte qui date du XVIe siècle et surtout le menuet, la danse par excellence. 

   À la fin du siècle, on note un engouement pour la musique : « Ici personne ne veut plus danser ; par contre ils apprennent tous la musique. C’est la très grande mode maintenant et elle est suivie par tous les jeunes gens de qualité, tant hommes que femmes » écrit la princesse Palatine le 3 mars 1695.

   Mais la période du Carnaval est toujours l’occasion des bals masqués : on dispose d’une lettre de la princesse Palatine sur un bal masqué à Marly en date du 8 février 1699, Marly qui reste d’ailleurs le lieu privilégié des divertissements : « Quand on danse à Marly, les jeunes dames seules se présentent pour y aller et c’est ce qu’on appelle un Marly gambade » écrit-elle le 4 janvier 1704.

   On tire toujours des feux d’artifices. Dans sa lettre du 28 août 1704, la Palatine décrit les illuminations à Meudon [2] pour la Saint-Louis : « J’ai trouvé le plus beau spectacle qu’on puisse voir, c’est-à-dire une illumination. C’était une grande arcade voûtée comme un dôme, un véritable arc de triomphe aussi haut que le château ; des deux côtés, il y avait douze grands portiques ; entre chaque portique, une devise peinte sur une pyramide ; devant l’arc de triomphe une grande colonne torse, surmontée de la Renommée ; au-dessous, à la base, qui semblait être de marbre, il y avait encore quatre inscriptions ; devant la colonne, on voyait un grand bassin d’eau et comme un théâtre de gazon ; le tout garni de lampions si serrés que cela faisait l’effet d’un grand feu. Le palais du soleil ne pouvait être plus éblouissant. Le feu d’artifice était aussi magnifique ; je ne crois pas que celui qu’on tire ce soir à Paris soit plus beau ; seulement il a été bientôt fini. » 

   Le 29 janvier 1705, elle se plaint de l’ennui qui règne sur les bals à la cour : « Après le souper, il y a eu bal, mais je n’y suis pas restée, le temps m’a tellement duré à me voir danser que des menuets […] que je suis allée me coucher […] me disant à part moi que c’était sans doute à la prière des dévotes [3] qu’on n’avait dansé que des menuet, pour que cela les fît penser à l’éternité. »

   Le 25 janvier 1714, toujours pendant les fêtes de Carnaval, elle écrit : « Ici les jeunes gens s’amusent beaucoup à des bals en masques. Cette nuit a eu lieu le troisième, qui a duré, dit-on, de minuit à huit heures du matin […]. Nous avons d’horribles petites histoires de ce bal de Paris. Une gentille petite femme, qui était grosse, s’y trouvait. Dans la presse, elle reçut un coup de pied : elle est morte comme Poppée. Ce n’est pas un empereur qui lui a porté le coup mais un prince du sang royal, un jeune coq écervelé. Je remercie Dieu qu’il n’ait pas épousé ma petite-fille, comme Mme sa mère [4] le désirait. Il ne vaut rien de quelque côté qu’on le prenne et il a une laide figure tout de travers. »

   Après la mort du roi, la cour se transporte au Palais-Royal, résidence de son fils le régent Philippe d’Orléans, qui multiplie les fêtes. Elle juge l’influence de sa belle-fille, la duchesse d’Orléans, néfaste et écrit le 26 février 1719 : « J’ai voulu savoir de mon fils si réellement sa femme lui avait persuadé de sortir la nuit et de descendre [5] au bal masqué. Non seulement il m’a avoué cela, mais quand il lui eut dit qu’il n’y allait pas pour ne pas me donner d’inquiétude, elle lui a répondu que je redoutais l’influence de sa fille de Berry [6], vu que je voulais être seule à le gouverner et que cela faisait tort à sa réputation de montrer qu’il craignait pour sa vie. Je vous prie, dites-moi, chère Louise [7], le diable lui-même dans l’enfer peut-il être pire que cette femme ? Elle commence à marcher tout à fait dans les traces de sa mère [8]. Mon fils se repent bien de ne pas m’avoir écouté lors de son mariage mais il est trop tard maintenant. »

   Le bal de l’Opéra est décidément un lieu de dépravation ! Elle écrit le 12 novembre 1719 : « J’ai appris hier que mon fils et Mme d’Orléans ont permis au duc de Chartres [9] d’aller à ce maudit bal de l’Opéra, si dévergondé. Ce sera le ruine physique et morale de cet enfant qui, jusqu’à ce jour, a été si pieux, car d’aller là ou au bordel c’est tout un. L’enfant a une santé délicate, c’est un vrai moucheron, il ne peut endurer la moindre fatigue, et de sa vie il n’a veillé plus tard qu’onze heures. Ceci joint à la vie insensée qu’on mène à ce bal, tuera bien certainement ce pauvre garçon. » Le 9 décembre, c’est la même antienne : « Ce que je craignais au sujet de mon petit-fils est arrivé tout juste. Dans ce maudit bal, il est tombé dans les mains des filles de l’opéra. Vous n’aurez pas de peine à imaginer ce qu’elles ont bien pu lui apprendre ; il est présentement comme un animal déchaîné ! Quand sa mère s’en plaint à son père, il se tort de rire […]. Il y a d’autres choses encore ; qui ne se peuvent écrire et qui ne valent pas mieux. » 

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Notes

[1] En Espagne, c’était une danse religieuse en usage aux processions.

[2] Résidence du fils aîné de Louis XIV.

[3] Mme de Maintenon et le parti dévot.

[4] La duchesse du Maine.

[5] L’Opéra était dans le Palais-Royal.

[6] Fille des Orléans, aux mœurs fort douteuses. Madame est aveuglée par l’amour qu’elle porte à son fils qui mène depuis longtemps une carrière de libertin.

[7] Une de ses demi-sœurs.

[8] Mme de Montespan.

[9] Louis, duc de Chartres, fils du régent.

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