Genres précieux

Genres précieux en littérature ou littérature de salon

   Outre les formes poétiques déjà utilisées par les générations précédentes comme les stances, les rondeaux et les sonnets, le mouvement précieux pratiquait des genres mineurs, petites oeuvres de circonstances imposées par la mode. La frontière s’efface entre les amateurs, gens du monde, et les poètes proprement dits.

   * le blason est une petite pièce en vers destinée à célébrer (« blasonner ») un trait frappant chez un individu, une beauté particulière chez une femme ou à railler un défaut. Benserade a fait une série de 22 blasons, antithèses sur la beauté ou la laideur des parties du corps.

Bouche

Éloge de la bouche

« Bouche, merveille au doux sourire,

Bouche au parler délicieux,

Bouche qu'on ne saurait décrire,

Bouche d'un tour si gracieux ;

*

Bouche que tout le monde admire,

Bouche qui n'est que pour les Dieux,

Bouche qui dit ce qu'il faut dire,

Bouche qui dit moins que les yeux ;

*

Bouche d'une si douce haleine,

Bouche de perles toute pleine,

Bouche enfin, sans tant biaiser,

*

Bouche, la merveille des bouches,

Bouche à donner de l'âme aux souches,

Bouche, le dirai-je ? à baiser. »

(Benserade)

   * le bout-rimé est un poème de n'importe quel genre (madrigal, sonnet) composé à partir de rimes fixées à l'avance. Véritables prouesses que ces 25 sonnets écrits sur le même thème (la mort d'un perroquet) et sur les mêmes rimes !

   * l'énigme en vers est en vogue dès 1638 ; c'est la description métaphorique d'un objet par ses seules qualités. L'abbé Cotin en publia un recueil qui fut réimprimé jusqu'en 1687.

Mon corps est sans couleur...

« Mon corps est sans couleur comme celui des eaux,

Et selon la rencontre il change de figure ;

Je fais plus d'un seul trait que toute la peinture,

Et puis mieux qu'un Appelle[1] animer mes tableaux.

*

Je donne des conseils aux esprits les plus beaux,

Et ne leur montre rien que la vérité pure ;

J'enseigne sans parler autant que le jour dure,

Et la nuit on me vient consulter aux flambeaux.  

*

Parmi les curieux j'établis mon Empire,

Je représente aux rois ce qu'on n'ose leur dire,

Et je ne puis flatter ni mentir à la Cour.

*

Comme un autre Pâris je juge les déesses,

Qui m'offrent leurs beautés, leurs grâces, leurs richesses,

Et j'augmente souvent les charmes de l'amour. »

(Abbé Cotin)

   * l'épigramme est un bref poème que doit terminer une « pointe » (un trait d'esprit) d'ordinaire satirique. On en a un exemple dans Les Femmes savantes (III, 2).

Je languis dans les fers...

« Je languis dans les fers d'une jeune merveille,

Depuis que sa beauté a surpris ma raison,

O cruelle justice ! ô rigueur sans pareille !

Après qu'on m'a volé, on me met en prison. »

(Benserade)

   * l'impromptu est un petit poème improvisé.

   * la lettre galante permet d'exprimer ses compliments à une dame.

   * le madrigal est un bref compliment en vers, tendre et galant, adressé à une dame. Il s’agit de bien tourner un compliment, en l’honneur des dames et des Grands, et la flatterie, amoureuse ou non, s’exprime ici dans un madrigal : Mme de Sévigné, jeune veuve, est très convoitée…  

Pour la marquise de Sévigné

« De toutes les façons vous avez droit de plaire,

Mais surtout vous savez nous charmer en ce jour :

Voyant vos yeux bandés on vous prend pour l'Amour,

Les voyant découverts on vous prend pour sa mère[2]. » 

(Mathieu de Montreuil)

   * la métamorphose fleurit vers 1640. En prose ou en vers, elle doit établir un rapport entre la personne décrite et celle de l'objet en lequel elle est transformée. Ainsi, Voiture écrivit la « Métamorphose de Julie en diamant » (il s'agit de Julie d'Angennes).

   * la glose consiste à délayer un poème antérieur, à raison d'un quatrain pour chaque vers.

   * le portrait est le « grand » genre psychologique par excellence. Vous en trouverez au hasard de ces pages. Mlle de Scudéry trace les portraits de tout son entourage dans Le Grand Cyrus ; puis on s'amusa dans les salons à faire le portrait d'une personne désignée à l'avance : c'était à qui découvrirait le trait juste, l'expression frappante. Vers 1659, Mlle de Montpensier (La Grande Mademoiselle) publia un recueil de portraits écrits en collaboration avec ses hôtes, Segrais, La Rochefoucauld, Mmes de Sévigné et de La Fayette : le genre du portrait était né et allait prendre une place de choix dans notre littérature avec Les Caractères de La Bruyère.

Le plus bel exemple de galanterie poétique reste La Guirlande de Julie.

 

 


[1] Appelle : peintre grec le plus célèbre de l'Antiquité.

[2] La déesse Vénus, mère de l'Amour.

* * *

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