La Préciosité – Généralités (2)

   Le mot « précieux » n’a pas toujours été pris en mauvaise part. Ce titre, dit l’abbé de Pure (1634-1680) dans son roman La Précieuse ou Le Mystère des ruelles (1656), se donne aux personnages du beau sexe qui ont su se tirer du prix commun des autres. » Et la preuve que ce terme a bien commencé par être élogieux, c’est cette phrase de Segrais louant Mme de Châtillon d’être « obligeante, civile et surtout précieuse. » Mais à force de vouloir à tout prix se distinguer du vulgaire, on tombe vite dans l’affectation ridicule ; et c’est ainsi que le mot n’a pas tardé à prendre une acception défavorable.

   Cette maladie du goût qu’est la préciosité n’a pas sévi seulement en France. On en trouve des formes analogues dans d’autres pays, à la fin du 16e et au début du 17e : en Angleterre (l’euphuïsme fleurit à la cour d’Elisabeth, le nom venant d’un roman intitulé Euphuès, de John Lyli, 1553-1606) ; en Italie, le marinisme ou concettisme (du nom du chevalier de Marini, 1569-1625, poète italien né à Naples qui en 1615 vint en France, où il publia son Adone en 1623, dont les concetti ou pointes furent très appréciées) ; en Espagne, le gongorisme ou cultisme (du nom de Gongora, 1551-1627, poète espagnol née à Cordoue, dont les œuvre, Les Solitudes, Polyphème, sont écrites en style culto, plein d’agudezas, qui rappellent les concetti italiens).

   Si ces influences étrangères ont pu contribuer à développer la préciosité française, du moins elles ne l’ont pas créée. Car on découvre déjà des germes de préciosité dans notre littérature du moyen âge, en particulier dans Le Roman de la Rose. Et d’ailleurs, dès la fin des guerres de religion, bien avant les premières réunions de l’Hôtel de Rambouillet, il y avait eu chez nous une crise de préciosité. Mais c’est surtout entre 1650 et 1660, dans les salons de Paris et de province, qui imitèrent plus ou moins gauchement l’Hôtel de Rambouillet, déjà gagné par ce mauvais esprit vers la fin de son existence, que la préciosité rencontra un milieu favorable à son développement.

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