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18e siècle

Catégories

  • A table

       Le Thé à l'anglaise chez le prince de Conti (Barthélemy)

       On sert encore les repas à la française : tous les plats sont posés sur la table en même temps, à chaque service. Ces dames picorent ici ou là. Nous sommes toutefois surpris par la richesse des menus et leur extravagance.

       Le repas « à la clochette » apparaît au cours du siècle et désespère les serviteurs : leurs maîtres n'ont plus besoin d'eux ! Quand les convives ont besoin de quelque chose, ils sonnent. Ainsi se trouve préservée l'intimité, notion nouvelle en ce siècle où le moi, avec le Rousseau des Confessions, n'est plus haïssable, comme l'affirmait Pascal au siècle précédent. C'est ainsi que se répand la mode des « petits soupers », à la manière de ceux de Louis XV.

       La cuisine connaît un grand raffinement et se diversifie avec l'invention de sauces ou de « fonds », ou la consommation grandissante du sucre. Les lourds plats de viande et de gibier se font plus rares.

       Thé, café et chocolat sont l'occasion de connaître de nouvelles voluptés légales, en quelque sorte. Le Thé chez le prince de Conti est le symbole de ce nouvel art de vivre, le titre exact du tableau étant Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764.

       On boit de l'eau « à la glace », mais aussi du vin (beaucoup). On sert au peuple du vin souvent frelaté (cf.  Sébastien Mercier et ses Tableaux de Paris), de la bière ou du cidre. Le vin de Champagne est apparu dès le 17e siècle grâce à Dom Pérignon. Peu d'alcools forts encore mais on découvre le punch (exotisme).

       Mentionnons les natures mortes de Chardin : le 18e siècle est décomplexé face à la nourriture, qui devient un véritable art de vivre. Diderot, dans ses Salons, peut ainsi saliver devant des olives ou un melon : « C'est qu'il n'y a qu'à prendre ces biscuits et les manger ; cette bigarade (sic), l'ouvrir et la presser ; ce verre de vin, et le boire ; ces fruits, et les peler ; ce pâté, et y mettre le couteau. »

       Et terminons par ce bon mot de Chamfort : « La société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d'appétit et ceux qui ont plus d'appétit que de dîners

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  • Bon à savoir

       Dans son ouvrage De la démocratie en Amérique, avec l'avènement de l'égalité, Tocqueville constate que les hommes "aiment les livres que l'on se procure sans peine, qui se lisent vite, qui n'exigent point de recherches savantes pour être compris. Ils demandent des beautés faciles qui se livrent d'elles-mêmes et dont on puisse jouir sur l'heure ; il leur faut surtout de l'inattendu et du nouveau."

       Il semblerait que l'écrivain ait vu juste en ce qui concerne notre monde contemporain. 

       Toutefois, les pages proposées ici témoignent d'une autre orientation, nos lecteurs (nombreux) le savent...

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  • Education

       Belle société au 18e siècle

       La question de l’éducation des femmes parcourt le siècle. Des traités pédagogiques paraissent. Avec les salons, les femmes acquièrent définitivement le droit de participer à la vie intellectuelle et sociale.

       Certains (trop peu nombreux encore) les défendent. Grimm, lucide, écrit : « Il semble que les hommes aient voulu, dans tous les temps, se venger par la médisance de l’empire qu’elles exercent sur eux par les attraits de leur beauté, et par les prestiges de charmes auxquels rien ne résiste. »

       Mais le chemin est encore long ! Malgré un courant « féministe » représenté par d’Alembert, Condorcet et Voltaire, le public accueille favorablement les propositions de Rousseau concernant les femmes (Sophie, compagne idéale d’Émile dans Émile ou de l’éducation, n’est qu’objet de désir, faite pour son mari) que le siècle suivant cantonnera encore au rôle de mère et épouse. Dans les Mémoires de deux jeunes mariés (1842), Balzac présente avec Renée un double de Sophie.

       Il semble bien que Rousseau n’applique le prétexte suivant qu’aux hommes : « Tout ce que nous n’avons pas à notre naissance, et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l’éducation. » Il écrit en effet dans l'Émile : « Toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utile, se faire aimer et honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes. » Sachons aussi qu'il tempête contre certaines guenons savantes qui emplissent les salles de spectacle, « tournant en effronterie la mâle et ferme assurance de l'homme », déshonorant « à la fois leur sexe et le nôtre » - celui des hommes donc - par cette « odieuse imitation ». Il reproche aux femmes les « intervalles d'inaction » lors de leurs écoulements sanguins. (Propos rapportés par d'Alembert).

       En Amérique, Benjamin Franklin publie de 1732 à 1757 un almanach pour assurer « la propagation de l’instruction parmi le peuple », avec des « sentences proverbiales […] propres à inspirer l’amour du travail et de l’économie, comme le moyen d’arriver à la fortune, et, par conséquent, d’affermir la vertu. » Là encore, on peut douter que cet almanach s’adresse aux femmes…

       Quant à Casanova, il n'aime pas davantage les femmes savantes que Rousseau et, en cela, ne se distingue pas de l'opinion commune au 18e. Il écrit dans Histoire de ma vie : « La femme d'esprit qui n'est pas faite pour faire le bonheur d'un amant est la savante. Dans une femme, la science est déplacée ; elle fait du tort à l'essentiel de son sexe et, encore, elle ne va jamais au-delà des bornes communes. Nulle découverte scientifique faite par des femmes. Pour aller plus ultra, il faut une vigueur que le sexe féminin ne peut avoir. Mais dans le raisonnement simple, et dans la délicatesse des sentiments, nous devons céder aux femmes. Quel insupportable fardeau pour un homme qui aurait par exemple l'esprit de Mme Dacier ! Dieu vous en préserve, mon cher lecteur. » 

       Mentionnons ici Jeanne Gacon-Dufour, ancienne lectrice de Louis XVI qui écrivit en 1805 un traité intitulé De la nécessité de l’instruction pour les femmes, par une femme qui ne se pique pas d’être une femme de lettres.

       En allant plus loin, on peut dire que l’image féminine de la résistance à l’oppression (masculine) forgera à la Révolution l’une des images de la République, comme le montre Delacroix.

    La Liberté guidant le peuple (Delacroix)* * *  

  • Femmes de lettres

       Salon de Mme Geoffrin

       Qui lit encore Mme de Genlis ? Qui s'intéresse à la correspondance de Mme du Deffand ou de sa nièce et rivale Julie de Lespinasse ? Certes, Mme de Staël apparaît, telle la statue du commandeur, à la fin du siècle. Ou encore Olympe de Gouges, revenue à la mode et revendiquée par les féministes d'aujourd'hui. Mais que sait-on des ouvrages de Mme Riccoboni ou de Mme de Tencin ? Et de tant d’autres ? Qui tient salon ? Qui fréquente ces hauts-lieux du pouvoir littéraire ? Qu'y fait-on ? De quoi parle-t-on ? Qu'en dit-on ?

       Après les « ruelles » du 17e siècle, ces dames ouvrent des « salons », lieux de sociabilité par excellence et d'échanges intellectuels, où l'on pratique à merveille l'art de la conversation, fréquentés par les plus grands noms du monde des arts et des lettres. Souvent concurrentes, les « salonnières » ont leur jour. Chaque salon a son atmosphère particulière, édictée par la maîtresse des lieux. Montesquieu décrit ainsi cet art oral qu’est la conversation des salons : « Un dialogue ordinairement gai, dans lequel chacun, sans s'écouter beaucoup, parle et répond et où tout se traite d'une manière coupée, prompte et vive. » Pour la première fois, ces femmes de culture sont reconnues à leur juste valeur. Mais la lutte sera longue avant qu'elles puissent accéder à d'autres fonctions...

       Comme elles sont nombreuses  en fin de compte, ces femmes des Lumières, à lire, écrire et réfléchir. Toutes ne publient pas (sous peine de devenir une « femme publique », fi donc !). Mais elles poursuivent de longues correspondances et s'intéressent aux nouveautés dans tous les domaines.

       Elles n'ont hélas aucun pouvoir mais certaines le prennent de force à la fin du siècle, quitte à le payer de leur vie. La Révolution ne leur est pas tendre !    

    Lire mon article ici, titré "Des salons à la pointe du progrès"

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  • Favorites royales

       Bethsabée au bain (Véronèse)

       Notons au passage que la première favorite officielle fut Agnès Sorel, aimée de Charles VII. Chateaubriand disait d'elle que, de toutes les maîtresses royales, ce fut la seule utile au roi et à son pays (elle le persuada de reprendre la lutte contre les Anglais). Il oublie Mme de Pompadour, favorite de Louis XV, qui établit les règles de la mode, de la beauté et des arts pendant une bonne vingtaine d'années.

       Petite histoire des favorites royales

       Dans son ouvrage Favorites et dames de cœur (Editions du Rocher, 2005), Pascal Arnoux écrit :

       « Courtisanes certes, mais de haute volée ! Il y a un gouffre entre elles et les ribaudes et autres filles follieuses qui pullulaient à la cour en dépit des ordonnances royales qui condamnaient les plaisirs tarifés par souci de moralité et d'hygiène, la vérole faisant des ravages.  

       Nous n'allons pas remonter trop loin mais enfin, le roi d'Israël, David, eut quelques bontés pour la belle Bethsabée, l'épouse d'Uri le Hittite...

       On sait désormais que l'amour courtois est un mythe propagé par la littérature. Au Moyen Age, l'amour n'a rien de chaste ! Quant aux rois, ils eurent des concubines pour satisfaire leurs désirs mais, passives et sans grand intérêt, ni intelligentes, ni instruites, ni spirituelles, elles ne jouèrent aucun rôle.

       Du reste, la favorite royale n'apparaît pas avant le 15e siècle avec Agnès Sorel, la dernière favorite de l'Ancien Régime étant Mme du Barry. On pourrait ajouter sans doute Zoé du Cayla, "amie de cœur" de Louis XVIII - à peu près impuissant - mais l'Histoire n'a guère retenu son nom.

       Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François II, Henri III, Louis XVI et Charles X n'eurent ni favorites, ni maîtresses. Une exception toutefois pour Louis XI qui aima vraiment Marguerite de Sassenage, sans oublier Charles VII et Odinette de Champdivers.    

       De la Renaissance à la Révolution, elles furent sans doute les seules femmes jouissant d'une certaine liberté dans un monde fait pour les hommes, avec les régentes, les abbesses, les chanoinesses et les animatrices des salons. Les courtisanes du 18e siècle dépendaient du bon vouloir de leurs amants et finirent généralement dans la misère.  

       Les « Merveilleuses » du Directoire ne furent que des courtisanes de haut vol et des femmes de petite vertu, au premier chef Joséphine de Beauharnais.  

       Ensuite, nos dirigeants ne furent pas plus vertueux mais restèrent discrets et, en tout cas, n'accordèrent ce privilège officiel à personne.

       On connaît toutefois les nombreuses aventures de Napoléon Ier et le rôle que joua l'amie de Napoléon III, Elizabeth-Ann Haryett, dite « Miss Howard », dans son accession au pouvoir. 

       En Autriche, François-Joseph se lia avec l'actrice Katharina Schratt, sur les conseils de l'impératrice Élisabeth d'ailleurs, toujours par monts et par vaux et consciente de la solitude de son époux.

       En Angleterre, Mrs. Keppel fut la maîtresse attitrée du roi Édouard VII. Étrangement, elle est l'arrière-grand-mère de Camilla, que le prince Charles épousa en justes noces en 2005, après de longues années d'amour interdit dont la princesse Diana souffrit beaucoup. »  

       Notons enfin cette phrase de Heine, particulièrement juste en ce qui concerne Louis XV : « Les courtisans savent dompter par des plaisirs énervants un roi des hommes trop rétif et trop farouche ; ils le dominent par des maîtresses, des cuisiniers, des comédiens, de la musique voluptueuse, des danses et tout ce qui grise les sens. »  

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  • Héroïnes littéraires

       La Liseuse (Fragonard)

       En Angleterre, elles s'appellent Pamela ou Clarissa. En Allemagne, voici Lotte, la bien-aimée de Werther. En France, elles ont pour nom Julie, Manon ou Marianne. Dans un autre registre, elles s'appellent Mme de Merteuil ou Mme de Tourvel...

       Et il en est de moins célèbres, comme la Péruvienne, et bien d'autres.

       Marivaux leur prête des noms charmants, Lisa, Silvia, ou Araminte.

       Aucune n'a pris une ride, miracle de la littérature...

       Toutefois, Balzac était moins optimiste.

       Dans Les Illusions perdues (Balzac), le journaliste Etienne Lousteau met en garde le jeune Lucien de Rubempré venu chercher à Paris le succès dans les arts. On peut supposer qu’à travers lui s’exprime Balzac lui-même, ce forçat de l’écriture, peut-être revenu de ses premiers enthousiasmes, en tout cas fort lucide sur le métier d’écrivain :

       « Pour faire de belles œuvres, mon pauvre enfant, vous puiserez à pleines plumées d’encre dans votre cœur la tendresse, la sève, l’énergie, et vous l’étalerez en passions, en sentiments, en phrases ! Oui, vous écrirez au lieu d’agir, vous chanterez au lieu de combattre, vous aimerez, vous haïrez, vous vivrez dans vos livres ; mai quand vous aurez réservé vos richesses pour votre style, votre or, votre pourpre pour vos personnages, que vous vous promènerez en guenilles dans les rues de Paris, heureux d’avoir lancé, en rivalisant avec l’état civil, un être nommé Adolphe, Corinne, Clarisse ou Manon[1], que vous aurez gâté la vie à cette création, vous la verrez calomniée, trahie, vendue, déportée dans les lagunes de l’oubli par les journalistes, ensevelie par vos meilleurs amis. Pourrez-vous attendre le jour où votre créature s’élancera réveillée par qui ? quand ? comment ?

         

     

    [1] Respectivement héros et héroïnes de Benjamin Constant (Adolphe), Mme de Staël (Corinne ou l’Italie), Richardson (Clarissa Harlowe), l’abbé Prévost (Manon Lescaut).

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  • Mode et beauté

       La Marchande de mode (Boucher)

       Inutile d'épiloguer longuement sur la notion de beauté, toute relative : les belles femmes du siècle des Lumières nous paraîtraient aujourd'hui fort étranges. Et trop grasses, sans doute ! Ne nous fions pas aux tableaux qui idéalisent leurs modèles.

       Toutefois, aujourd'hui comme hier, les femmes cherchent à s'embellir. Mystère de la nature féminine ? Il faut plaire à tout prix !

       Rappelons ici l'universel Shakespeare : « L'on m'a dit que vous vous fardiez. Fort bien ! Dieu vous a donné un visage, et vous vous en fabriquez un autre. » (Hamlet)

       Et cet extrait de l'article « Beau » de Voltaire dans son Dictionnaire philosophique : « Demandez à un crapaud ce qu'est le Beau : il vous répondra que c'est sa crapaude ; demandez à un noir de Guinée ; il vous répondra que c'est une bouche lippue, une chevelure crépue, une peau huileuse. [...] Demandez à un philosophe : il vous répondra : un galimatias ! »

       Ceci dit, comment faire pour être « à la mode » en ces temps lointains où l'on portait perruque et où le rouge défigurait les visages déjà plâtrés de blanc de céruse ?

       La mode peut être sotte, ridicule et ne durer que huit jours. Ce n'est pas là-dessus qu'on la juge. Il importe qu'il y ait en revanche renouvellement constant. Sans nouveauté, point de succès véritable. Sébastien Mercier nous dit : « Les mets, les robes, les lectures doivent avoir les grâces de la fraîcheur. Un nouvel opéra, une actrice nouvelle, et une manière nouvelle de se friser, voilà ce qui bouleverse les esprits. » Et il constate, indigné, que le Journal des modes a plus de lecteurs que le Journal des savants.

       Comme dit Carlo Goldoni, « La mode a toujours été le mobile des Français et ce sont eux qui donnent le ton à l'Europe entière. »

       À travers notre apparence s’exprime une vision du monde. Si le 18e siècle est bien le « Siècle des Lumières » dans le domaine littéraire, scientifique, philosophique et politique, il n’en reste pas moins que la femme est prisonnière d’un carcan fort étroit en ce qui concerne ses toilettes et parures. À la fin du siècle cependant, on peut noter un semblant de libéralisation initié par la reine elle-même. En effet, si la tenue de cour n'a pas changé depuis le siècle précédent, il n'en est pas de même au quotidien où la femme cherche des tenues confortables, parfois « négligées » pour être à l'aise en son particulier comme on ditLa mode subit l'influence de l'Angleterre, pays pragmatique : on porte des jupes plates (sans crinoline) et des chapeaux, on allège le corset. Bref, ces dames sont à la recherche d'une plus grande simplicité, couronnée à la fin du siècle par les robes chemises de la reine.

       Bienvenue donc dans ces pages nostalgiques. Rêvons à ces femmes qui furent nos ancêtres… du moins dans le meilleur des cas car seule une infime partie de la population disposait d’une fortune suffisante pour se vêtir luxueusement. Nous descendons vraisemblablement de pauvres paysannes, de simples femmes du peuple revêtues de teintes sombres qui ne virent jamais la couleur du rouge - à joue - et ne humèrent aucune eau de senteur.

       Alors, inventons-nous une vie, à la cour ou à la ville, plongeons dans la mousseline et allons choisir nos toilettes chez Rose Bertin, couturière attitrée de la reine, dans sa boutique renommée, « Au Grand Mogol ». Suivez-nous, un équipage nous attend à la porte de notre demeure !

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