Poème sur le café (Delille)

Delille chez Mme Geoffrin

   Des biens de consommation à la littérature, il n’y a qu’un pas. Preuve en est ce poème sur le café de l’abbé Delille, très apprécié en son temps, notamment pour son ouvrage Les Trois Règnes de la Nature.

   Protégé par Mme Geoffrin, Marie-Antoinette et le comte d’Artois, il se fait le chantre de la poésie didactique.  Rivarol s’en moque, le traite de « papillon en rabat coiffé d’une auréole » et proclame que ses textes ont « une maigreur générale et un défaut absolu d’intérêt et de mouvement ». Un siècle plus tard, Baudelaire le traite de « misérable auteur des Jardins. »

Le café

« Il est une liqueur au poète plus chère

Qui manquait à Virgile et qu’adorait Voltaire.

C’est toi divin café, dont l’aimable liqueur

Sans altérer la tête épanouit le cœur.

Ainsi quand mon palais est émoussé par l’âge,

Avec plaisir encor je goûte ton breuvage.

Que j’aime à préparer ton nectar précieux !

Nul n’usurpe chez moi ce soin délicieux.

Sur le réchaud brûlant moi seul tournant ta graine,

À l’or de ta couleur fait succéder l’ébène :

Moi seul, contre la noix qu’arment ses dents de fer,

Je fais en te broyant crier ton fruit amer.

Charmé de ton parfum, c’est moi seul qui dans l’onde

Infuse à ton foyer ta poussière féconde ;

Qui tour à tour calmant, excitant tes bouillons,

Suis d’un œil attentif tes légers tourbillons.

Enfin de ta liqueur lentement reposée

Dans le vase fumant la lie est déposée :

Ma coupe, ton nectar, le miel américain

Que du suc des roseaux exprima l’Africain,

Tout est prêt. Du Japon l’émail reçoit tes ondes

Et seul tu réunis le tribut des deux mondes.

Viens donc divin Nectar, viens donc, inspire-moi… »

* * *

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