« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Tenir café

Thé, café ou chocolat   À l'imitation des « maisons de café » (nos cafés actuels), la mode se répand vers la fin du siècle dans la haute société parisienne de tenir chez soi des « cafés ». Marie-Antoinette en tient elle-même à Marly en 1778.

   Voici comment les décrit Mme d'Épinay dans une lettre adressées en février 1765 à M. de Lubières :

   « ...Les cafés surtout prennent avec une vivacité prodigieuse ; mais vous ne savez peut-être pas ce que c'est qu'un café ? C'est, en deux mots, le secret de rassembler chez soi un très grand nombre de gens sans dépense, sas cérémonie et sans gêne ; bien entendu, qu'on n'admet que les gens de sa société ; or, voici comme on s'y prend.

   Le jour indiqué pour tenir café, on place dans la salle destinée à cet usage plusieurs petites tables de deux, de trois ou de quatre places au plus ; les unes sont garnies de cartes, jetons, échecs, damiers, trictracs, etc. ; les autres de bière, vin, orgeat et limonade. La maîtresse de maison qui tient le café est vêtue à l'anglaise : robe simple, courte, tablier de mousseline, fichu pointu et petit chapeau ; elle a devant elle une table longue en forme de comptoir, sur laquelle on trouve des oranges, des biscuits, des brochures, et tous les papiers publics. La tablette de la cheminée est garnie de liqueurs ; les valets sont tous en vestes blanches et en bonnets blancs ; on les appelle garçons, ainsi que dans les cafés publics ; on n'en admet aucun d'étranger ; la maîtresse de maison ne se lève pour personne ; chacun se place où il veut et à la table qui lui plaît.

   La salle à manger est meublée de même par un grand nombre de petites tables de cinq places au plus ; elles sont numérotées et l'on tire les places pour éviter les tracasseries et la cérémonie qu'un grand nombre de femmes entraîneraient nécessairement. L'étiquette du souper est une poule au riz sur le buffet et une forte pièce de rôti, et sur chaque petite table une seule entrée relevée par un seul entremets. 

   Mais ce n'est pas tout ; il y a tout plein d'accessoires charmants à tout cela ; on y joue des pantomimes, on y danse, on y chante, on y représente des proverbes... »

* * *

Ajouter un commentaire