10 août 1792

Prise des Tuileries (10 août 1792) et massacre des Suisses   Un visiteur témoigne :

   « Dans quelle autre ville que Paris verrait-on tout à la fois deux faubourgs mutinés contre la loi, la force publique armée couvrant les rues et les places, les hommes de bien, tristes, abattus, mornes, noircis du deuil de la douleur, l’asile des rois assiégé par une multitude égarée, toutes les autorités incertaines et tremblantes, et d’un autre côté la moitié de la capitale indifférente pour ce qui se passe dans un quartier éloigné du sien ; chacun allant à ses affaires comme si tout était calme ; le coin de toutes les rues tapissé de trente affiches bleues, jaunes ou rouges, qui promettaient des farces pour le soir ; trois mille oisifs arrangeant en conséquence l’ordre de leur journée, flottant sérieusement entre « Tancrède » qui se donne au Théâtre de la Nation, et « Jocrisse ou la Poule aux œufs d’or » qui est joué au Théâtre du Vaudeville ; des projets de soupers de corps, de concerts, de personnes aimables, et cependant un volcan terrible mugit sous leurs pieds. »

   La veille du 10 août, une foule insouciante remplit les Champs-Élysées. Toutes les boutiques sont ouvertes. On vend dans ces journées torrides des rafraîchissements, on chante, on danse, on assiste aux spectacles de pantomimes et de marionnettes.

   Cela étonne également un voyageur anglais, Moore, qui a vu des canons installés sur le Pont-Neuf : « Tout est tranquille dans Paris. On s’y promène. On cause dans les rues comme à l’ordinaire. Ces gens-là paraissent heureux comme des dieux, le duc de Brunswick est l’homme du monde auquel ils pensent le moins. »

   La plus grande partie de la population continue de vivre en subissant les événements sans y participer, sans se mêler au cortège du 10 août, ni aux combats des Tuileries, ni aux tueries.

   Un autre témoin écrit : « Le massacre ne s’étendit guère hors du Carrousel et ne franchit pas la Seine. Partout ailleurs je trouvai la population aussi tranquille que si rien ne s’était passé. Dans l’intérieur de la ville, le peuple montrait à peine quelque étonnement ; on dansait dans les guinguettes. Au Marais où je demeurais alors, on n’en était qu’à soupçonner le fait, comme à Saint-Germain. On disait qu’il y avait quelque chose à Paris, et l’on attendait impatiemment que le journal du soir dît ce que c’était. »

Sources inconnues. :-(

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