« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Bibliographie Lumières

Ouvrages de réflexion sur le XVIIIe siècle pour creuser diverses notions

Liste non exhaustive

* Bonheur

- Claude Habib, Galanterie française, Gallimard, 2006.

- Robert Mauzi, L’Idée du bonheur dans la littérature et la pensée française au XVIIIe siècle, Slatkine, 1960.

- Jean Starobinski, La Transparence et l’obstacle, Tel, Gallimard, 1976 ; Le Remède dans le mal, N.R.F, Essais-Gallimard, 1989.

- Tzvetan Todorov, Frêle bonheur, essai sur Rousseau, Hachette, 1985.

* Politesse et civilité

- Emmanuel Bury, Littérature et politesse, PUF, 1996.

- Norbert Elias, La civilisation des mœurs, Calmann-Lévy, 1973 et La Société de Cour, Calmann-Lévy, 1974.

- Lucien Febvre, Civilisation, le mot et l’idée, 1929, http://classiques.uqac.ca/classiques/febvre_lucien/civilisation/civilisation.html

- Christophe Losfeld, Politesse, morale et construction sociale. Pour une histoire des traités de comportements (1670 ‑ 1788), Honoré Champion, 2011.

- Alain Montandon (dir.), Dictionnaire raisonné de la politesse et du savoir-vivre, Seuil, 1995.

- Camille Pernot, La politesse et sa philosophie, PUF, 1996.

- Philippe Raynaud, La Politesse des Lumières, Gallimard, 2013

- Alain Viala, La France galante, PUF, 2008.

- Jean Starobinski, Le Remède dans le mal, Gallimard, 1989

* Nature

- Thomson, Les Saisons (1726-1730).

- Goethe, Les Affinités électives, 1809, I, 3.

- Michel Barridon, Les Jardins, coll. Bouquins, Robert Laffont, 1998.

- Bernard Beugnot, Le discours de la retraite, PUF, 1996.

 Jean Starobinski, L’invention de la liberté, Skira, 1964

* Amour

- Platon, Le Banquet, environ 380 avant J.-C.

- Denis de Rougemont, L'amour et l'Occident, 1939.

- Jean Starobinski, Jean-Jacques Rousseau, La transparence et l'obstacle, collection TEL, Gallimard, 1970.

- Carole Dornier, Le discours de maîtrise du libertin, Klincksieck, 1994.

- Michel Delon, Le principe de délicatesse, libertinage et mélancolie au XVIIIème siècle, Albin Michel, 2011.

* Littérature au service de l’action

- Brassart Patrick, article « Éloquence et rhétorique au XVIIIe siècle », Histoire de la France littéraire, tome 2, Presses universitaires de France, 2006.

- Fumaroli, Marc, Le poète et le roi, Éditions de Fallois, 1997.

- Jouhaud, Christian, article « Les écrits polémiques », Histoire de la France littéraire, tome 2, Presses universitaires de France, 2006.

- Marin, Louis, Le portrait du roi, Les Éditions de Minuit, 1985.

- Pujol, Stéphane, article « La prose d’idées, l’essai et le dialogue philosophique », Histoire de la France littéraire, tome 2, Presses universitaires de France, 2006.

- Viala Jean, Naissance de l’écrivain, Les Éditions de Minuit, 1985.

- Les lumières, un héritage pour demain : http://expositions.bnf.fr/lumieres/index.htm/

- Les essentiels de la littérature : http://expositions.bnf.fr/montesquieu/index.htm/

- Candide ou l'optimisme : https://candide.bnf.fr/

Liste des mémorialistes, chroniques et histoires du 18e siècle

Liste non exhaustive

   Les sources sur le siècle des Lumières sont innombrables. Il faut les recouper car elles ne sont pas toutes très sûres : le Journal de Madame de Créquy par exemple est apocryphe. Quant aux Mémoires de Madame Campan sur Marie-Antoinette, ils ne sont pas toujours fiables. Cependant, on peut s'appuyer, entre autres, sur les ouvrages suivants.

- Journal et Mémoires, marquis d'Argenson

- Mémoires, baron de Besenval, publiés par Ghislain de Diesbach, 1987

- Mémoires, duc de Luynes

- Mémoires et Lettres (1725-1757), Joachim de Pierre de Bernis, Mercure de France, 1980

- Mémoires, duchesse de Brancas

- Mémoires, duc de Choiseul, Mercure de France, 1983

- Mémoires, Mme du Hausset, Mercure de France, 1983 (dame de compagnie de Mme de Pompadour)

- Mémoires, Mme de Genlis

- Mémoires de la duchesse de Tourzel, gouvernante des Enfants de France de 1789 à 1795, Mercure de France, 1985

- Mémoires, Saint-Simon, La Pléiade

- Mémoires de la marquise de La Tour du Pin (1778-1815) suivis d'extraits inédits de sa Correspondance, Mercure de France, 1979

- Mémoires, Jean-Nicolas Dufort de Cheverny (introducteur des ambassadeurs)

- Mémoire inédit sur le XVIIIe siècle et la royauté française depuis 1756 jusqu’à nos jours, Madame de Genlis

- Mémoires sur Louis XV et Madame de Pompadour, Madame du Hausset

- Mémoires, Président Hénault

- Mémoires sur la Cour de Louis XV (1735-1738), duc d’Albet de Luynes

- Mémoires, Jean-françois Marmontel

- Mémoires inédits sur le XVIIIe siècle et la Révolution, abbé Morellet

- Mémoires sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789, baronne d’Oberkirch, Mercure de France, 1970

- Mémoires, Maréchal, duc de Richelieu, ouvrage publié par Soulavie, 1790-1793

- Mémoires du comte Alexandre de Tilly, Mercure de France, 1986

- Mémoires d'Outre-Tombe, Chateaubriand

- Journal (Chronique de la régence et du règne de Louis XV), Barbier (avocat)

- Journal, l’abbé de Véri

- Journal, Cléry (serviteur de Louis XVI au Temple), Mercure de France, 1987

- Journal inédit, duc de Croÿ

- Considérations sur les mœurs de ce siècle, Charles Pinot-Duclos, 1751

- Mes Souvenirs, Jacob-Nicolas Moreau

- Souvenirs d'une femme du peuple, 1777-1802, Marie-Victoire Monnard, préface de Claude Manceron, Dumerchez, 1989

- Souvenirs du marquis de Valfons, vicomte de Sebourg, Mercure de France 2003

- Souvenirs d'un page de la cour de Louis XVI, comte de France d'Hézecques, Librairie Académique Perrin, 1895

- Vie privée de louis XV ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne, Barthelemy-François Mouffle d’Angerville, Londres, 1781

- Histoire de la décadence de la monarchie française depuis l’époque où Louis XIV fut nommé le Grand jusqu’à la mort de Louis XVI, Jean-Louis Soulavie

- Mémoires historiques et anecdotiques de la Cour de France pendant la faveur de la marquise de Pompadour, ibidem

- Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV, XV et XVI, ibidem.

- Histoire de ma vie, Casanova, publié par Lacassin, 1993

- Maximes et Pensées, Chamfort

- Correspondance, Voltaire, La Pléiade

- Madame ma chère fille, correspondance de Marie-Thérèse d'Autriche et Marie-Antoinette, Choix de lettres, Mercure de France, 1996

- Marie-Antoinette, Correspondance 1770-1793, édition présentée et établie par Evelyne Lever, Tallandier, 2005

- Voyages en France en 1787, 1788 et 1789, Arthur Young, trad. H. Sée, Paris, 1931

- Petit Dictionnaire des Grands Hommes de la Révolution, Antoine Rivarol, Éditions Desjonquères, 1987

Remarque : les Mémoires inédits sur le XVIIIe siècle et la Révolution de l'abbé Morellet sont un document sociologique et historique exceptionnel : les Mémoires couvrent la fin du règne de Louis XV et celui de Louis XVI et nous livrent les portraits d’hommes mais aussi de femmes, comme Mme Helvétius, Mme Geoffrin ou Mlle de Lespinasse. Ils apportent un témoignage sur la condition difficile des hommes de lettres à l’aube des temps modernes et sur l’ascension sociale d’un petit abbé de province devenu académicien, encyclopédiste, familier des princes, des ministres et des salons mondains.   

À lire sur Gallica

A propos des Mémoires

   Frédéric Briot, dans Usage du monde, usage de soi. Enquête sur les mémorialistes d’ancien Régime (Seuil 1994) nous dit : « Les Mémoires sont des évasions, dans et par l’esprit. »  

   Il suggère l'ambivalence qui réside dans le fait d'écrire sa vie : « la phrase pourrait se comprendre comme le récit, après coup, de ce qui a été, comme un solde de tout compte : raconter le passé de celui (ou celle) qui n’a plus d’avenir ; mais ce pourrait tout aussi bien être l’invention de l’existence et de son sens : raconter le présent et la futur de celui qui raconte son passé. »

   Il  poursuit : « Cette pratique d’écriture, pour soi et pour ses proches, fut très présente entre le XVe et le XVIIIe siècle, même si elle se réduit aujourd’hui à quelques noms (Commynes, Monluc, Retz, Saint-Simon…). Pendant longtemps les historiens n’ont voulu y lire qu’un regard sur la passé, regard déformé par l’amertume et le ressentiment. Et pendant longtemps les littéraires ont cru bon d’adopter ce préjugé. Ce fut sans doute faute de curiosité. Curiosité pour l’existence même de ces textes (abusivement unifiés sous le terme de « Mémoires »), curiosité pour leur diversité, les circonstances exactes de composition, les utilisations de manuscrits. Curiosité aussi pour les contenus, apparemment impersonnels, mais qui développent les replis intérieurs de l’âme, pour paraphraser le cardinal de Retz. Curiosité encore pour leur proximité avec le monde des collectionneurs (justement appelés alors des « curieux »), et pour les effets curatifs, joyeux et doux de l’écriture. Incitation donc à la curiosité, à la recherche de ces lisibilités perdues, et à (re)lire Marguerite de Valois, le maréchal de Bassompierre, Brienne le jeune, Mme Campan, et les autres. »

Essais et biographies

- Casanova, dernier amour, Pascal Lainé, Ramsay, 2000

- Louis XV, Michel Antoine, 1989

- Les Plaisirs de Versailles. Théâtre et musique, Philippe Beaussant, 1996

- La Vie quotidienne au temps de Louis XVI, François Bluche, 1980

- Maurice de Saxe, Jean-Pierre Bois, 1992

- Choiseul, Naissance de la gauche, Guy Chaussinand-Nogaret, 1998

- Mesdames de France. Les filles de Louis XV, Bruno Cortequisse, 1990

- La révolution, I, 1770-1814, François Furet, 1988

- Madame de Pompadour ou le pouvoir féminin, Danielle Gallet, 1985

- Madame de Pompadour, Goncourt, 1878

- Madame de Pompadour, Evelyne Lever, 2000

- Madame de Pompadour. L'amour et la politique, Jacques Levron, 1961

- Le Siècle de Louis XV, Pierre Gaxotte, 1933

- La Femme au XVIIIe siècle, Goncourt, Flammarion 1982

- La Mère de Louis XVI. Marie-Josèphe de Saxe, Monique de Huertas, 1995

- L'Ancien régime, II, 1715-1770, Emmanuel Leroy-Ladurie

- Quand les rois régnaient à Versailles, Daniel Meyer, 1982

- Le Régent, 1674-1723, Jean Meyer, 1985

- Louis XV et Marie Leszczynska, Pierre de Nolhac, 1928

- Louis XV et madame de Pompadour, ibidem

- Madame de Pompadour et la politique, ibidem, 1930

- Louis XV, libertin malgré lui, Maurice Lever, Payot, 2001

- Le Régent, Jean-Christian Petitfils, 1986

- Louis XVI, ibidem, Perrin, 2005 (voir infra)

- Le comte de Maurepas. Versailles et l'Europe à la fin de l'Ancien Régime, André Picciola, 2000

- Bernis, le cardinal des plaisirs, Jean-Marie Rouart, 1998

- La Cour de France, Jean-François Solnon, 1987

- Les Hommes de la Révolution, Louis Madelin, Plon, 1928

- La Crise de la conscience européenne, Paul Hazard, Gallimard, collection Idées, 2 tomes, 1961

- La vie quotidienne à la cour de Versailles aux XVIIe-XVIIIe siècles, Jacques Levron, Hachette, 1965

- Les Hommes de la liberté, tomes I et II, Claude Manceron, Laffont, 1972

- La République des Lettres, Daniel Roche, Fayard, 1988

- Le Monde des salons, Antoine Lilti, Fayard, 2005

- 1789 au jour le jour, J. Marseille et D. Margairaz, Albin Michel, 1988

- La Femme au temps de la Révolution, C. Marand-Fouquet, Stock, 1989

- La France des Lumières, Daniel Roche, Fayard, 1993 (voir infra)

- L'Homme des Lumières, collectif sous la direction de Michel Vovelle, Seuil, 1996 (voir infra)

- Les reines de France au temps des Bourbons, Marie-Antoinette l'Insoumise, t 4, Simone Bertière, Éditions de Fallois, 2002

- Madame du Deffand, Inès Murat, Perrin, 2003

- Le XVIIIe français au quotidien - Textes tirés des Mémoires, des Journaux et des Correspondances de l'époque (choisis et présentés par Roland Mortier, Éditions Complexe, 2002). Extraits, entre autres, du marquis d'Argenson, du cardinal de Bernis, de Madame Campan, Casanova, Mademoiselle Clairon, Diderot (lettres à Sophie Volland), de la comtesse de Genlis, d'Olympe de Gouges, de Julie de Lespinasse, du prince de Ligne, de Louis-Sébastien Mercier (Tableaux de Paris), de la princesse Palatine, de Restif de la Bretonne (Les Nuits de Paris) et de Saint-Simon.

- Le Siècle de Louis XV, Pierre Gaxotte, 1933

- La Mère de Louis XVI-Marie-Josèphe de Saxe, Monique de Huertas, 1995

- Varennes, Mona Ozouf, Gallimard, 2005

- La Duchesse d'Orléans, Michel de Decker, Pygmalion, 2001

- Philippe Egalité le Régicide, Jean Picollec, 1991

- Louis XVI, Jean-François Chiappe, Perrin, 1987

- Le Grand Massacre des chats, Robert Darnton, 1985

- Les Eclats du rire, Antoine de Baecque, Calmann-Lévy, 2000

- Quand l'Europe parlait français, Marc Fumaroli, Fallois, 2001

- Lexique historique de la France d'Ancien Régime, Guy Cabourdin et Georges Viard, Armand Colin, 2002

- Le Coût de la révolution française, René Sédillot, Perrin, 1987

- Louis XVI ou Le Voyageur immobile, Etienne Taillemite, Payot, 2002

- La Belle Histoire de Versailles, Alain Decaux, Perrin, 2007

- La Corruption sous la Terreur, Olivier Blanc, Laffont 1992

- Versailles au temps des rois, G. Lenotre, Éditions Grasset 2006 (première édition 1932)

- L'Amour à Paris au temps de Louis XVI, Perrin, 2002

- Le Roi s'enfuit, Timothy Tackett, Editions La Découverte, 2004

- La Carmagnole des Muses, sous la direction de William Blake et Jean-Claude Bonnet, Colin, 1988

Quelques notices

Louis XVI (Petitfils)   Louis XVI (Petitfils, Perrin, 2005)

   Cet ouvrage, publié chez Perrin en 2005 est une référence en la matière. Il était temps de réhabiliter le roi. On n'a généralement de lui qu'une image caricaturale (comme de la reine Marie-Antoinette d'ailleurs) : celle d'un homme débonnaire certes, mais lourd, faible, chassant ou forgeant des serrures. Prisonnier de son éducation traditionnelle et archaïque, il a été surpris et saisi par la Révolution.

Quatrième de couverture

   « S'appuyant sur une documentation considérable, cette biographie balaie les clichés ressassés et s'attache à restituer le vrai visage de Louis XVI : celui d'un homme intelligent et cultivé, d'un roi scientifique, passionné par la marine et les grandes découvertes, qui, en politique étrangère, joua un rôle déterminant dans la victoire sur l'Angleterre et dans l'indépendance américaine. Loin d'être un conservateur crispé, en 1787, il voulut réformer en profondeur son royaume par une véritable Révolution royale. De ce monarque complexe et secret, aucun portrait psychologique n'avait été jusque-là brossé avec autant de sérénité, sans oublier ses faiblesses, ses excès de scrupules et son caractère dépressif.

   Mais ce nouveau Louis XVI va plus loin. Il offre un tableau passionnant de la France pendant les quinze années du règne précédant la Révolution et explique, grâce à une interprétation neuve, les mécanismes qui ont conduit à la destruction de l'Ancien Régime. Il permet de comprendre pourquoi Louis XVI, qui aurait pu être le meilleur roi possible pour la Révolution, a finalement été rejeté par elle. »

   Jean-Christian Petitfils a publié plusieurs essais et biographies, notamment Fouquet et un Louis XIV, couronné par trois prix littéraires, dont celui de la Biographie historique de l'Académie française.

La Culture des apparences (Daniel Roche, Fayard, 1989)

La Culture des apparences (Daniel Roche)   Présentation de l’éditeur

   En prenant pour objet et fil conducteur l'histoire des vêtements et des modes, Daniel Roche ne propose pas une histoire légère, articulée autour du futile et du frivole : retraçant cette histoire, des débuts du règne de Louis XIII aux premières gloires napoléoniennes, il donne à comprendre la complexité de la civilisation matérielle, sa dimension politique et symbolique.

   L'histoire des vêtements est un moyen direct d'aller au cœur du social, de ses jeux de pouvoir et de ses codes de civilité. Le vêtement est l'élément clef des débats sur la richesse et la pauvreté, l'excès et le superflu, l'être et le paraître. Comme l'affirmait Fernand Braudel, pour l'Occident, la mode a été une maîtresse de civilisation.

Plan de l'ouvrage

1. POUR UNE HISTOIRE DU VÊTEMENT

  • Vêtements ou costumes ?
  • L' "effet Quicherat” et ses ruptures
  • Histoire, modes et systèmes vestimentaires du XVIIe au XIXe siècle

1. L'ECONOMIE DES GARDE-ROBES

  • Pour connaître le système vestimentaire parisien
  • L'entretien du vêtement : de la bienséance à la propreté

III. VÉRITÉS ET MASQUES

  • Les vêtements de roman
  • Raison et santé vestimentaires
  • Modes de la raison et raisons de la mode : la naissance de la presse de mode en France.

La France des Lumières (Daniel Roche, Fayard, 1993)

La France des Lumières (Daniel Roche)   Avec Les Républicains des Lettres (Fayard, 1988), La Culture des apparences (Fayard, 1989) et La France des Lumières (Fayard, 1993), Daniel Roche est devenu l'un des plus éminents spécialistes du 18e siècle. Il a reçu le grand prix national d'histoire pour l'ensemble de son oeuvre.

Présentation de l'éditeur

   À la fin du 17e siècle, la majorité des Français pensaient comme Bossuet. Au 18e siècle, les Français pensent comme Voltaire, dit-on.

   Le 18e siècle se situe bien entre deux mondes. D'un côté, il vit encore au rythme des contraintes et des traditions, et repose sur l'antique association du religieux et de l'État. À la tête de cet édifice, le roi-prêtre, agent principal du politique, dont les hommes sont à la fois les moyens et la fin. Mais en même temps un autre système de références se dessine : l'heure des montres et des horloges, qui succède au temps sacré des églises, tout comme la maîtrise de l'espace transforment la vie ordinaire des Français. Une autre société se met en place, celle de l'échange et du développement du commerce, celle des grands ports et celle des grandes cités de l'entreprise. Au sein même de la France profonde apparaît une France plus ouverte, plus mobile. Elle revendique un ordre humain autonome où l'individu devient la mesure de toutes choses. Les problèmes de fiscalité, de justice, de sécurité montent sur le devant de la scène, et cette contestation sociale et politique contribue à former l'opinion publique : la personne du roi, la Cour sont désormais soumis à la critique.

   Comment les contemporains ont-ils compris ce basculement du monde ? Comment en ont-ils été les acteurs ? Comment, tandis que la société se désacralisait, leurs croyances, leurs valeurs et leurs habitudes se sont-elles modifiées ? Cette histoire de La France des Lumières nous plonge dans les racines de la modernité. Elle nous invite à une passionnante relecture d'un siècle qui fit l'apologie du négoce, exalta la nature, la science et le progrès, d'un temps aussi qui crut au bonheur pour tous. 

Histoire des choses banales (Daniel Roche, Fayard, 1997)

Histoire des choses banales (Daniel Roche)   Dans son Histoire des choses banales, Daniel Roche poursuit son inventaire de la vie quotidienne.

Présentation de l’éditeur

   « Les choses aujourd’hui banales ne l’ont pas toujours été. De l’alimentation à l’habitat, la vie de nos ancêtres était conditionnée par les excès ou les insuffisances de la nature, et les objets qu’ils utilisaient chaque jour passaient d’une génération à l’autre, sans que nul ne songe à en acquérir de nouveaux. C’est à une vaste réflexion sur le passage de cette société traditionnelle à la société moderne que nous invite ici Daniel Roche.

   Les changements sont perceptibles bien avant la Révolution. Dès le 17e siècle, l’exemple des villes et des riches, le développement des échanges commerciaux, la multiplication des innovations et des inventions commencent à bouleverser les rapports que les hommes entretiennent avec les objets. Les exigences et les sensibilités de chacun évoluent. Peu à peu, car « tous nos besoins se tiennent », les modes de vie vont se transformer : les maisons et leur ameublement, leur chauffage et leur éclairage ; les vêtements et la nourriture, sous l’effet de l’accélération des modes et de la montée du goût ; ou encore les usages de l’eau, lés à un souci d’hygiène croissant.

   Autant de changements dans la vie matérielle qui sont les prémisses de la société de consommation, et dont les répercussions sont aussi bien sociales que politiques. L’homme entouré d’objets n’est-il pas prisonnier, se demande Rousseau ? À peine apparaissent les premiers signes de l’accroissement de la production que déjà s’engage un débat sur la valeur morale des choses, sur l’écart qui se creuse entre le développement du commerce et de l’industrie, gage de la civilisation, et le recul de la solidarité entre les hommes. » 

Remarques

   Ces dames mangent et s'habillent, vont et viennent, bref mènent une vie somme toute assez banale. Toute littérature s'inscrit dans l'Histoire. Mais qu'est-ce que l'Histoire ? Elle est faite des petits événements de la vie quotidienne, des mœurs et des coutumes qui paraissent fort éloignées de nous.

   Il semble donc intéressant de se pencher sur les coiffures, les vêtements, les repas et les demeures de ces dames.

   Elles en parlent peu dans leurs témoignages : nous sommes au siècle du classicisme où l'on ne met en mots que les grands sentiments et les nobles idées ; les trouvailles que l'on peut y faire sont rares et d'autant plus précieuses.

   Dans son ouvrage Histoire des choses banales (Fayard, 1997), Daniel Roche rappelle en substance que depuis l’École de Annales, les historiens s’intéressent au poids réel du quotidien et racontent l’histoire de la vie matérielle, des comportements biologiques, de l’alimentation, des vêtements, des maladies.    

   Le vêtement est un fait social de consommation, qui traduit aussi l’évolution de la culture, de la sensibilité et des techniques. La mode se prête à tous les jeux du pouvoir. C’est bien un agent de civilisation. Le vêtement est également une expression de l’être : tout changement induit des transformations de la personne et des choses qui l‘environnent. 

  L'Homme des Lumières (collectif sous la direction de Michel Vovelle, Seuil, 1996)

L'Homme des Lumières   Quatrième de couverture

   « Le tableau s'organise autour de quelques grandes rubriques : les acteurs, pièces fondamentales de la société d'ancien style, le noble, le guerrier ; ou de nouveaux venus sur la scène sociale, comme l'entrepreneur. Viennent ensuite les porte-parole, dont c'est l'heure de gloire, comme porteurs du nouveau discours des Lumières, même s'ils tiennent encore à l'ancien monde par tant de liens de dépendance : l'homme de lettres, l'homme de science ou l'artiste, l'explorateur enfin qui fait reculer les limites du monde connu. A l'entreprise volontariste du remodelage de la société, il faut des agents de transmission, ces intermédiaires culturels, sur lesquels l'attention se porte aujourd'hui : le prêtre jouera-t-il ce rôle nouveau ? En tout cas, le fonctionnaire, élément essentiel dans le cadre des monarchies absolutistes éclairées qui rêvent de rationaliser l'Etat, fait une apparition remarquée.

   La femme tient dans ce dispositif général une place ambiguë que ce siècle lui donne : elle connaît une promotion certes, qui en fait la reine des salons philosophiques, l'objet d'une attention renforcée et inquiète tout à la fois, mais qui la maintient, dans sa considération générale, dans une situation de dépendance dont il lui faudra encore bien longtemps pour s'émanciper. »

L'Age de la conversation (Benedetta Craveri, Adelphi, 2001)

L'Age de la conversation (Benedetta Craveri)   L'Âge de la conversation est paru en 2001 chez Adelphi Edizioni (Milan) et chez Gallimard pour la traduction française que l'on doit à Éliane Deschamps-Pria en 2002.

Présentation de l’éditeur

   Du règne de Louis XIII à la Révolution, la société française a élaboré un art de vivre dont la conversation fut l'ingrédient essentiel. Née comme un simple passe-temps, comme un jeu destiné au délassement et au plaisir, bientôt élevée au rang de rite cardinal de la société mondaine, elle s'ouvrit peu à peu à l'introspection, à l'histoire, à la réflexion philosophique et scientifique, au débat d'idées. Son théâtre privilégié était les " ruelles ", puis les salons où la noblesse, ayant déposé les armes et exclue de la sphère politique, fondait désormais sa supériorité sur un code raffiné de bonnes manières et un idéal de perfection esthétique. Dans cet espace de liberté disjoint de la Cour, ce sont les femmes qui dictaient la règle du jeu et présidaient aux échanges entre mondains et gens de lettres, contribuant ainsi de façon décisive à la formation du français moderne, au développement de nouvelles formes littéraires, à la définition du goût.

   De la marquise de Rambouillet à Madame du Deffand et Julie de Lespinasse, en passant par la duchesse de Longueville, la marquise de Sévigné, Ninon de Lenclos, autant de figures emblématiques par lesquelles Benedetta Craveri s'est laissé guider pour retracer de l'intérieur, dans sa chatoyante diversité, l'histoire de cette société mondaine qui fut un phénomène unique en Europe. Et son livre, élégant, savant sans en avoir l'air, comme le demandait l'idéal de la conversation, nous fait comprendre pourquoi ce monde disparu continue d'exercer un attrait irrésistible. C'est alors qu'est née l'idée d'une élite fondée sur le principe de la cooptation entre des hommes et des femmes qui se voulaient égaux et se choisissaient sur la base d'affinités réciproques. C'est alors que l'homme moderne a fait de la sociabilité un art et l'a portée à sa suprême perfection.

   Benedetta Craveri, professeur d’université en Italie, spécialiste de la civilisation française des 17e et 18e siècles, est l’auteur notamment de Madame du Deffand et son monde (1987), qui, traduit en plusieurs langues, a reçu de nombreuses distinctions, dont le Prix du meilleur livre étranger. L’Age de la conversation a reçu le Prix du Mémorial – Grand Prix littéraire d’Ajaccio (2003) et le Prix Saint-Simon (2003).

Le Principe de délicatesse (Michel Delon, Albin Michel, 2011)

Le Principe de délicatesse (Michel Delon)   Compte-rendu de lecture

   Le Principe de délicatesse, tel est le titre choisi par Michel Delon (Albin Michel, 2011) pour son ouvrage, avec le sous-titre Libertinage et mélancolie au XVIIIe siècle, deux vocables contradictoires qui, selon lui, résument le siècle.

   Dans l’introduction, Michel Delon cherche à nous faire sentir la « présence lente et pleine des êtres et des choses qui nous entourent. Seul le passé « lointain et suggestif donne sens à notre existence, […] ouvre des perspectives, fait respirer les lieux. […] Le regard historique met dans la balance la mémoire des habitants, le poids des souvenirs et des légendes. À la brutalité des réalités économiques et de la hiérarchie sociale, on peut opposer la vérité de la vie vécue et rêvée par chacun. »

   L’auteur a le souci de « relativiser nos techniques par le respect des livres, des manuscrits, des objets anciens qui laissent entendre, à qui sait les écouter, le murmure des générations perdues. Non pas que quelque bel hier soit préférable au brutal aujourd’hui ; ou que l’on puisse regagner les vers paradis des rives enfantines. Les échecs et les leçons du passé ne valent que par contraste et pour relativiser nos petites évidences du moment. »

   La nécessité du matériel, dont nous sommes devenus esclaves, n’a été créée que récemment : « Pendant des siècles, les hommes ont consacré une part de leur énergie et de leur existence à parfaire des mots et des formes pour les transmettre au-delà d’eux-mêmes. »

   Le 18e siècle semble être un moment privilégié, « une ligne d’horizon : au-delà, le regard se brouille. » En effet, à la survivance de l’Ancien Régime se mêle l’effacement des évidences traditionnelles et, à l’élitisme aristocratique, les revendications de l’opinion publique. D’où les croisements, tensions et contradictions. L’auteur oppose ainsi l’Église à l’Encyclopédie, le cœur à la raison, le jardin à la française au jardin à l’anglaise, Voltaire à Rousseau, les « convulsions de l’inquiétude » à la « la léthargie de l’ennui. » Car trop de bonheur ennuie. Ainsi, « le siècle change sans cesse de rythme » : aux amours juvéniles succèdent les interrogations sur la solitude et la souffrance, l’incertitude et la mélancolie ; aux lendemains de fête succèdent « les noirceurs et pesanteurs du réel. » A la légèreté faite d’ironie, d’esprit, d’élégance, d’irrévérence et de liberté répondent encore lourdeur, autoritarisme et prétention.

   Pour lui, le passé « affûte notre présence à l’actualité et l’attention à nos proches, fournit des mots et des attitudes pour parler et écouter. » Il faut savoir « être avec les disparus pour savoir se conduire avec les vivants. » Il insiste sur notre « familiarité avec un passé que nous pourrions croire fané, dépassé, inutile mais qui n’est que discret » dans le vacarme ambiant.

   Il voit dans le 18e siècle, à la différence d’aujourd’hui, « un temps de latence, un recul » qu’il associe à « un style ». Un style fait de « fidélité dans le tâtonnement, de quiproquo et de subtilité dans le changement » et, paradoxalement, un « besoin de singularité et de différence. »

Un air de liberté (Chantal Thomas, Payot)

Un Air de liberté (Chantal Thomas)   Dans la préface de son ouvrage Un air de liberté, Variations sur l’esprit du 18e siècle, Chantal Thomas réfléchit sur la possibilité ou non de faire revivre le passé, particulièrement à travers une biographie :

   « … Le passé, tel qu’il nous appartient de l’approcher ou de le ressusciter n’existe pas en tant que réalité objective, strate conservée intacte. Il ne peut être qu’une construction ancrée dans notre univers, notre personnalité, notre inconscient. Mais ce n’est pas pour autant une construction de fantaisie. Comme le note Marguerite Yourcenar à propos de ses recherches pour les Mémoires d’Hadrien : « Quoi qu’on fasse, on reconstruit toujours le monument à sa manière. Mais c’est déjà beaucoup de n’employer que des pierres authentiques » ; ou bien : « Un pied dans l’érudition, l’autre dans la magie, ou plus exactement, et sans métaphore, dans cette magie symbolique qui consiste à se transposer en pensée à l’intérieur de quelqu’un. »

   Elle rejoint en cela l’analyse de J.-C. Petitfils qui écrit magnifiquement : « On ne peut juger alors qu’avec les yeux d’alors. »

Les Français au temps de Louis XVI (François Bluche, Hachette Littératures,1980) 

Les Français au temps de Louis XVI (François Bluche)   François Bluche, historien, a été l'un des pionniers de l'histoire des mentalités. On lui doit de nombreux ouvrages sur l'Ancien Régime français et étranger, notamment La Noblesse française au XVIIIe siècle (Hachette, 1995), Le Despotisme éclairé (Hachette Littératures, 2000), Louis XIV (ibidem), Le Grand Règne (Fayard, 2006), Dictionnaire du Grand Siècle, 1589-1715 (Fayard, 2005).

   François Bluche écrit que s’il lui fallait trouver un texte pour servir d’exergue général à son ouvrage La Noblesse française au XVIIIe siècle, il adopterait la formule du comte d’Allonville : « La société se présente à nous comme un fait, et non comme un système. » On note en effet une homogénéité complice du monde aristocratique où la sociabilité raffinée, la sûreté de goût et l’expérience du commandement ne sont pas considérées comme des valeurs acquises par système mais comme des états de fait appartenant à sa nature et à sa place dans l’humanité.

   Voici la quatrième de couverture de l'ouvrage Les Français au temps de Louis XVI :

   « La passion et les querelles d'école ont accumulé bien des légendes, noires ou roses, sur la France des années qui précédèrent la révolution. Mais ici, nulle légende. François Bluche ne s'embarrasse pas de stéréotypes. Sans cacher les défauts ou les grippages de l'Ancien Régime, il nous promène dans un pays roche et envié, dont la production industrielle rivalise avec celle de l'Angleterre. Un petit Français sur deux est passé par l'école. Si les terres sont souvent parcellaires, 90% des paysans sont propriétaires. L'éducation et le mode de vie rapprochent, chaque jour davantage, la bourgeoisie de la noblesse. De la cour de Versailles aux plus pauvres villages du Forez, des évêques mondains jusqu'aux bagnards de Brest ou de Toulon, des chasses du roi jusqu'aux actes d'association des épiciers parisiens, l'auteur nous invite à un passionnant tour de France. »

Le Monde des salons, sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle (Antoine Lilti, Fayard, 2005)

Le Monde des salons (Antoine Lilti)   Présentation de l'éditeur

   « Il est banal de dire que le XVIIIe siècle a vu se déplacer la vie, sociale de la Cour vers la Ville, de Versailles vers Paris. Mais il ne suffit pas d'énumérer des anecdotes prenant pour cadre les salons de Mme du Deffand et de Mme Geoffrin, et de citer les écrivains ou les artistes qui les ont fréquentés. Ce qu'il faut comprendre, c'est la signification historique d'une forme de sociabilité. Ce livre offre, pour la première fois, une véritable histoire sociale et culturelle des salons parisiens du XVIIIe siècle, et permet de réviser de nombreuses idées reçues. Ces salons n'étaient pas, comme on le dit trop souvent, des lieux de discussion critique permettant de diffuser largement les idées des Lumières, mais bien plutôt les centres de la sociabilité mondaine, dévolus aux plaisirs de la table et du mot d'esprit, au théâtre de société comme aux intrigues politiques. C'est dans les salons que se recomposent les identités aristocratiques, que se forment les réputations littéraires et politiques, et que se prépare l'accès à la Cour. Le loisir lettré et les pratiques culturelles des salons deviennent alors un élément essentiel de la distinction aristocratique et de l'imaginaire national, tandis que de nombreux écrivains des Lumières adhèrent aux pratiques et aux idéaux des élites parisiennes et de la noblesse de Cour. Antoine Lilti propose ainsi une histoire de la mondanité au XVIIIe siècle qui permet de comprendre comment s'est noué, durablement, dans la société et la culture françaises, le lien entre les élites du pouvoir et la littérature. Antoine Lilti est maître de conférences à l'Ecole Normale Supérieure où il enseigne l'Histoire moderne. Ce livre est issu d'une thèse soutenue en 2003, sous la direction de Daniel Roche. »

A propos des frères Goncourt

   On connaît l'engouement des Goncourt pour le 18e siècle. Bien entendu, nous avons aujourd'hui une vision quelque peu différente du siècle des Lumières mais, à leur décharge, ils sont les premiers à en tenter une reconstitution. Ils collectionnent les gravures, portraits et tableaux. « Pour entrer dans la société du XVIIIe siècle, pour la toucher du regard, ouvrons un carton de gravures, et nous verrons ce monde comme sur ses trois théâtres : dans le salon de 1730, dans le salon de 1760, dans le salon de 1780 », écrivent-ils dans La Femme au XVIIIe siècle

Voici une liste de leurs ouvrages concernant cette période :

  • Histoire de la Société française pendant la Révolution, 1854, réédité à Genève, Slatkine, 1971
  • La Révolution dans les mœurs, 1854, ouvrage qui oppose la famille bourgeoise du XIXe siècle et la famille aristocratique du XVIIIe siècle
  • Sophie Arnould, 1857, réédité à Genève, Minkoff, 1979 (cantatrice)
  • Portraits intimes du XVIIIe siècle, 1857
  • Histoire de Marie-Antoinette, 1868, réédité à Paris, Olivier Orban, 1983
  • Les Maîtresses de Louis XV, 1860. Réédition fragmentée de Madame de Pompadour (Olivier Orban, 1982)
  • La Femme au XVIIIe siècle, 1862, réédité à Paris, Flammarion, 1982, avec une préface d'Élisabeth Badinter
  • La Saint-Huberty, 1882, réédité à Genève, Minkoff, 1973 (actrice)
  • Mademoiselle Clairon, 1890 (tragédienne)
  • La Guimard, 1893, réédité à Genève, Minkoff, 1973 (danseuse)
  • L'Art au XVIIIe siècle, 12 fascicules, 1859-1875, avec des fascicules sur Watteau, Chardin, Boucher, La Tour, Greuze, les Saint-Aubin, les Vignettistes, Debucourt, Fragonard et Prud'hon. On peut lire, sous le titre L'Art au XVIIIe siècle, des notules, additions et errata, réédités à Paris, Hermann, 1967.

   Nous leur devons le « Prix Goncourt ». En 1896, par testament, Edmond constitue une société littéraire qui doit décerner chaque année un prix destiné à aider les jeunes auteurs. Le testament est attaqué par les héritiers naturels. En 1897, le testament est reconnu valide mais les héritiers font appel. En 1900, la validité du testament est confirmée en appel. Le 19 janvier 1903, l'Académie Goncourt est reconnue d'utilité publique. Le premier prix Goncourt est décerné en décembre de la même année.

   Ils se veulent « raconteurs du présent » mais en s'inspirant de la méthode des historiens qui sont des « raconteurs du passé. »

   Du reste, quelle est leur vision du 18e ? Aux bassesses bourgeoises du 19e dans lequel ils vivent, ils opposent, pour le fétichiser, la grandeur absolue du siècle précédent. Collectionneurs invétérés, fous d'objets et de peinture, ces deux frères misogynes qui ne fréquentent que les putains, leur servante, Mme Daudet et la princesse Mathilde, passent leur temps chez les brocanteurs et les libraires à la recherche des vestiges de leur époque préférée. Ils prennent pour objet la femme et, comme modèle symbolique, la femme du 18e siècle.

   Dans la hiérarchie des valeurs proposées par Jules et Edmond, la femme noble de l'Ancien Régime apparaît comme l'incarnation des plus belles grandeurs de la civilisation. Leur idéal est sans doute Madame de Pompadour, « se gracieusant » (sic).

   Quant à la femme révolutionnaire, elle est porteuse, pour les Goncourt, de toutes les tares d'une époque heureusement révolue. Aussi est-elle toujours pitoyable. En se lançant dans l'action politique, elle cesse d'être femme pour se déguiser en citoyen romain et, en défendant de belles idées émancipatrices, elle fait preuve de ridicule.

   Ceci dit, ils écrivent dans Idées et sensations que « l'anecdote, c'est la boutique à un sou de l'Histoire » : ne seraient-ils pas conscients qu'ils sont, comme on a pu le dire, « les concierges de leur siècle » ?...

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