Censure

   Du latin censura, « charge de censeur » qui consistait notamment à surveiller les mœurs des citoyens romains. Il s’agit du contrôle exercé par les pouvoirs religieux ou politique sur le contenu des œuvres afin d’interdire partiellement ou complètement leur diffusion.

   À la censure religieuse de l’Université de Paris, exercée au nom du pape, se superpose puis succède la censure politique, destinée à asseoir le pouvoir royal absolu : Richelieu instaure en 1629 le « privilège du roi » qui, seul, donne l’autorisation de faire paraître un ouvrage. La prison, l‘exil et même, jusqu’au 17e siècle, la condamnation à être brûlé vif, pouvaient s’y ajouter. De nombreux écrivains furent ainsi persécutés (Viau, les libertins, les philosophes des Lumières).

   C’est surtout au 18e siècle que les écrivains s’élèvent contre la censure. Voltaire s’en moque dans ses contes (Zadig, Micromégas) et dénonce ses sources : l’intolérance religieuse et l’arbitraire du pouvoir absolu. Le long monologue du Mariage de Figaro de Beaumarchais (acte V, scène 3) aborde le même sujet. Mais la censure ne vise pas seulement l’expression directe d’idées dangereuses pour le pouvoir. Elle s’exerce aussi sur les formes artistiques nouvelles qui commencent souvent par choquer le goût officiel. Elle s’oppose, en somme, à l’essence même de l’art.

   Si la censure a pu durablement empêcher l’accès à certaines œuvres (Sade, les ouvrages de l’Enfer » de la Bibliothèque Nationale), les écrivains la déjouent souvent par la conception même de leurs livres. Ainsi l‘Encyclopédie masque ses idées les plus audacieuses par un système de renvois entre les articles, et ce sont les sujets les plus anodins en apparence qui contiennent les critiques les plus fortes. Le libertinage, la critique politique et sociale se travestissent sous des habits antiques ou exotiques (Contes de Voltaire), utilisent de l’utopie, de l’antiphrase.      

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