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Esclavage et traite des Noirs

Fers d'esclave   L’indignation était répandue parmi les élites cultivées. Dans De l’Esprit des lois (Livre XV, Chapitre 5), Montesquieu avait dénoncé le phénomène avec ironie : « Les Peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre à l’esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres. Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-même des chrétiens. » Dans le chapitre 2, on peut lire : « L’esclavage est aussi opposé au droit civil qu’a droit naturel. »

   Les lecteurs ne restent pas insensibles à l’épisode de Candide (Voltaire) où l’esclave noir, à qui le trafiquant hollandais avait coupé une main et une jambe, concluait son récit par la phrase célèbre : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. »  

   Simples condamnations de principe d’un mal qui semblait inévitable.

   Il fallut attendre 1770 et la parution anonyme de l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, de l’abbé Raynal, pour que soit lancée une accusation circonstanciée contre les atrocités du colonialisme et de la traite des esclaves. Brûlée en place publique, l’Histoire suscita un enthousiasme général. Toutefois, écrite à la hâte et à plusieurs mains, elle manquait d‘unité et présentait des contradictions.

   C’est avec Condorcet que la cause de l’abolitionnisme trouva en France son premier grand défenseur. Publiées en 1781 en Suisse sous un faux nom, ses Réflexions sur l’esclavage des nègres traitaient le problème à fond : il fallait abolir l’esclavage. Mais pour que cette cause se transforme en un véritable mouvement politique, il fallut attendre 1788 quand, outre Condorcet, se mobilisèrent Brissot, La Fayette, Mirabeau, Kersaint, l’abbé Grégoire, Sieyès et d’autres Girondins. Le 4 novembre 1794, la Convention décréta la fin de l’esclavage dans tous les territoires français (rétabli par Napoléon).

   Notons enfin que Mme de Staël choisit comme héroïne d’une de ses premières nouvelles, Mirza, une jeune Sénégalaise qui se livre aux négriers à la place de l’homme qu’elle aime avant de se donner la mort. Toute sa vie, elle exprimera son indignation contre l’esclavage et la traite des Noirs.  

Sources : Benedetta Craveri, Les derniers libertins, Flammarion, 2016.

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Date de dernière mise à jour : 03/05/2021