« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Gabriel Matzneff, le Tilly des temps modernes

Journal 2009-2013 - Mais la musique soudain s'est tue


Le Baiser dérobé (Fragonard)   Gabriel Matzneff, dit Gab la Rafale, aime le 18e siècle. Les Mémoires d’Alexandre de Tilly évoquent un libertinage élégant, tout comme le sien, qui pèchent certes par le style (je parle de Tilly) et moins bien écrits qu’Histoire de ma vie de son cher Casanova, mais le fond devrait lui plaire. Stendhal, que Gab cite souvent, adorait Tilly.

   Peu importe. Nous avons lu Tilly et Matzneff et nous nous proposons ici de relever dans son Journal 2009-2013, joliment titré Mais la musique soudain s’est tue (Gallimard, 2015), les passages où notre auteur, tout aussi mauvais sujet que Tilly, fait référence au 18e siècle, souvent sous forme de citations. L'ordre chronologique de son texte est respecté. Il évoque à plusieurs reprises Casanova mais aussi Mme du Deffand, Voltaire, quelques peintres, et il se livre à d'intéressantes considérations sur le siècle des Lumières. Même chose, avec moins de profondeur, semble-t-il, dans Mes Amours décomposés, Journal 1983-1984 (Gallimard, 1990).

   « Foutatif : qui excite le désir (Restif). »

   « J’aime mieux la Correspondance de Voltaire. L’ouverture du compas y est autrement plus large ! » [Jugement de Flaubert sur Balzac, Correspondance, Flaubert]

   « Stendhal appelle « le parti de l’éteignoir » Louis XVIII et ses fidèles lors de leur retour au pouvoir en 1815[1] (Journal). »

   « Prendre chez Payot pour la Mistigrette : Casanova, Discours sur le suicide. Sade, Voyage à Naples. »

   « Casanova est un de mes dieux, un des écrivains qui m’ont le plus marqué et qui m’accompagneront jusqu’à mon dernier soupir. Parler de lui, [...] quel plaisir ! »

   « Étudiez donc les œuvres des grands maîtres, étudiez-les d’aussi près que vous le pouvez. Considérez-les à la fois comme des modèles à imiter et des rivaux à combattre. (Reynolds, Discours sur l’Art, 1774). »

   « Un Chardin, de charmants Greuze. Le Baiser de Fragonard. Notes souvent illisibles prises au musée de l’Ermitage. »

   « Casanova et la vérole. Casanova sur le Sequere deum et l’instabilité. Sur l’athéisme de Casanova. [...] L’aventurier est toujours prêt, comme les scouts. [...] Sur l’utilité de la beauté. Sur Don Juan qui n‘aime personne. Si l’amour est oblatif, Casanova qui préfère sa destinée à toutes les installations... [Phrase inachevée] [...]. Laforgue a travesti le catholique Casanova en anticlérical. La lecture de Casanova aide à supporter la douleur. » [Notes pour la conférence sur Casanova que GB doit faire à Montpellier]

   « Le libertin note ses conquêtes, détaille ce qu’il fait au lit , mais ce qu’il ne dit pas, ou dit moins, c’est ce que, grâce à lui, ses très jeunes amantes ont appris, dans tous les ordres, et pas seulement au lit. Cette rage de se noircir. Un salmigondis de dévotions et de péchés. Casanova : « Je fis toute ma vie absorbé par le vice en même temps qu’idolâtre de la vertu. » « J’ai passé avec cette rare fille deux heures charmantes. » [...] Casanova (9, IX,) : sublime page sur l’état de bonheur où les désirs sont totalement comblés ; sur le refus de penser à l’avenir. » [Références à d’autres pages de Casanova]

   [Pour GB, réponse à une enquête] « L’émission « Apostrophes » idéale : Horace, La Rochefoucauld, Casanova, Byron, Baudelaire, Chestov. »

   « Cet imbécile de Maliardi : « la corruption de l’innocence. » Casanova avait une haute idée de lui-même ; et jamais, au grand jamais, séduisant une jeune personne, il n’eut le sentiment de la « corrompre » ! La petite Morphy de 13 ans [2]. »

   « Ce qu’écrit l’abbé Galiani à Mme du Châtelet : « Les demoiselles bannies, on attaquera les philosophes. »

   « J’ai un faible pour les intailles. J’en possède quelques-unes. Une cornaline avec la tête de Caligula, une autre ornée d’un phallus ailé qui date du 18e siècle et aurait appartenu à Casanova. »

   « Rousseau juge de Jean-Jacques : « Son cœur transparent comme le cristal ne peut rien cacher de ce qui s’y passe ». « Le premier art de tous les méchants est la prudence c’est-à-dire la dissimulation. »

   « Pour me désangoisser j’ai ouvert le volume 2 des Lettres à Mme d’Épinay de mon cher abbé Galiani. »

   « Un homme comme Jean-Jacques Rousseau n’a pas trop de dix-huit heures par jour pour songer à tourner les phrases de son Émile. »  (Stendhal, La Chasse au bonheur). »

   « J’ai prévenu X [...] que je ne mangerai quasi pas, tel Cagliostro (ce qui, à table, impressionnait fort Casanova qui ne se laissait pas aisément impressionner, mais qui avait un appétit de tonnerre de Dieu). »

   « 15 novembre 2011, vernissage de l’exposition Casanova à la Bibliothèque nationale. Exposé, la lettre de rupture de Marion Belletti à Casanova, du 13 décembre 1759 : « Ne pensez pas à moi. De mon côté, je ferai tout ce qu’il me sera possible de faire pour vous oublier. » Cette lettre, je l’évoque au premier chapitre d’Ivre du vin perdu. »

   « Je feuillette le pesant catalogue de l’exposition Casanova. Le n° 78 n’est pas la lettre de rupture que j’évoque au premier chapitre d’Ivre du vin perdu, c’est une des lettres d’amour de la traîtresse : « Moi sans vous je suis un corps sans âme. »

   « Retour à l’expo. Reproduction d’une page des Capitulaires de Casanova conservés à Prague. Le cardinal de Bernis dit la Belle Babet. « Elle ne portera pas le titre de Confessions, car depuis qu’il a été proféré par un extravagant je ne puis plus le souffrir ; mais elle sera une confession si jamais il y en eut. » (Note relative à Histoire de ma vie). Véronique, d’un ton de regret, me dit, lisant dans une vitrine la lettre du prince de Ligne sur ses puces qui sautent de joie à l’idée de revoir le cher ami Casanova : - Avec cette exposition, tout le monde va connaître cette lettre sur les puces ! Avant, nous étions les seuls. Je lui objecte que Ligne est réédité en poche, mais elle a raison : Pulchrum paucorum hominum est. » [...] Lettre de Marguerite Brunet, entremetteuse, à Casanova (20 septembre 1759) sur les « beautés mercenaires ». Dans la salle sur le goût du jeu, une bague de tricheur.

  « Caffé charmant ta liqueur agréable

De Bacchus calme les accès

Ton feu divin dissipe de la table

Et les dégoûts et les excès. »

(En bas d’une gravure de François-Bernard Lépicié, d’après François Boucher).

   « L’espèce de plaisant » (Voltaire, sur Casanova).

[...]

   Claude-Alexandre de Bonneval (1675-1747), converti à l’islam, visité à Constantinople par Casanova.

   « Panier percé [...], point modeste, intrépide, courant les jolies femmes [...], je ne pouvais qu’être haï. » (Casanova)

[...] Joueur de biribi acharné.

   La Dormeuse. Sanguine voluptueuse (pose voluptueuse) de Louis-Marin Bonnet d’après François Boucher. »

   « Le 1er juillet 1775, la marquise du Deffand écrit à Walpole : « Vous dites qu’il n’y a que moi qui ne vieillit point ; vous vous trompez très fort en me tirant de la classe des décrépits, j’en ai tous les apanages : du dégoût pour tous les amusements et un fond d’ennui contre lequel je ne trouve nulle ressource. »

   « Exposition Artemisia Gentileschi au musée Maillol [...] Le Saint Jérôme [...], les délicats et tendres Vierges à l’Enfants peintes dans sa jeunesse. La Sainte Catherine d’Alexandrie [déjà vue] aux Offices. La charmante Vierge au rosaire. »

   « ... Chateaubriand, devenu vieux, refusa de voir la jeune Occitanienne qui rêvait de le rencontrer. Jusqu’à ce jour je lui donnais tort, je pensais qu’il avait perdu là une occasion de bonheur ; mais peut-être a-t-il eu raison. »

   « Mme du Deffand, dans une lettre à Voltaire du 2 décembre 1775, au lieu d’écrire « l’avant-veille », écrit « la surveille ». Joli. « ... quoique j’eusse faut diète la veille et la surveille... »

   « Je suis entouré de vieillards décrépits qui rouspètent réclament, engueulent les infirmières. C’est qu’ils ne veulent pas mourir, ces vieux débris ! « Ah ça donc, chiens, vous vouez vivre éternellement ? [Le roi Frédéric II de Prusse à des soldats peu disposés à monter à l’assaut].  « C’est exactement cela, Sire, ils veulent vivre éternellement. »

   « ... le mot de Chamfort : « Il faut que le cœur se brise ou se bronze. »  

   « Cette façon de juger les gens et les choses par le petit bout de la lorgnette, de prendre déterminément son cul pour ses chausses (comme dit mon cher abbé Galiani à propos de Voltaire) m‘étonne... »

   « Les amis intellos bouffeurs de curés [...] se figurent que si le catholicisme disparaissait d’Italie et de France, lui succéderait une société des Lumières, paisible, tolérante, fondée sur la raison et la science. Quelle naïveté ! [...] En France, si le catholicisme disparaît, n‘en déplaise aux anticléricaux durs et purs, ce n’est pas Voltaire qui le remplacera, c’est l’islam. Je conçois qu’au 18e siècle, voire au 19e, les hommes de progrès aient pu nourrir de charmantes illusions illuministes ; mais ce que nous avons vécu au 20e durant le règne de ces deux idéologies violemment antichrétiennes que furet le bolchevisme et le nazisme, devrait dessiller les yeux de toute personne intelligente... » [Note de GM à propos des illuministes : C’est un italianisme. En italien, les illuministes sont les hommes du dix-huitième siècle, les adeptes des lumières. En français, l’illuminisme n’a rien à voir avec l’illuminismo de Diderot et Holbach, c’est une école mystique, celle, par exemple, de Jakob Böhme, le philosophe médiéval cher à Berdiaef. » ]

   « Avant-hier, au musée du Barreau, [on] nous a montré quelques-uns de leurs trésors : les notes prises par les avocats de la reine Marie-Antoinette... »

   « Puis je l‘ai possédée par l’arrière-temple (comme disait Mirabeau)... »

   « Naguère, je l’appelais « Mon bonbon érotique ». Hier, elle a pleinement mérité cet élogieux sobriquet. [Note de GB : Goethe appelait Christiane Vulpius son « petit trésor érotique, « kleines Erotikon ». Je suis en bonne compagnie.»]

   « Hermann Hesse tient Casanova pour « un artiste du savoir-vivre. » 

   « J’ouvre au hasard le tome 2 de la correspondance de Mme du Deffand. Le 10 août 1772, Voltaire lui écrit : « Je passe mon temps à faire des gambades sur le bord de mon tombeau, et c’est en vérité ce que font tous les hommes. »

Gab la Rafale fait également quelques allusions au XVIIe siècle

   « L’extraordinaire premier paragraphe du panégyrique de saint Thomas de Canterbury par Bossuet. »

   « Sur le fanatisme, Boileau, Satire XII : « Car quel lion, quel tigre, égale en cruauté / Une injuste fureur qu’arme la Piété ? »

   « Spinoza, l’Éthique, IVe partie, scolie de la proposition XVIII : « La Raison ne demande rien contre la nature ; elle demande donc que chacun s’aime soi-même. » Et Spinoza précise : « La vertu n’est rien d’autre qu’agir selon les lois de sa propre nature. »

   « Bossuet, Sermon sur les démons (carême 1660, prêché aux Minimes) : « Les premiers des anges se sont endormis en eux-mêmes dans la complaisance de leur beauté. La douceur de leur liberté les a trop charmés. »

   [GB relève dans la scène 1 de L’École des femmes]  « patrociner, ma marotte, coqueter les femmes ».

   « Mes yeux tombent sur un verbe qui m’enchante : « s’affainéantir ». Et l’exemple que donne Littré est une phrase de mon cher Sorel, dans Francion, livre IV : « Les grandes possessions des biens de la fortune sont cause que l’on s’affainéantit et que l’on néglige de posséder les biens de la vertu. » Il y a aussi l’adjectif « affainéanti », devenu fainéant. »

   « C‘est le « Maudit soit La Rochefoucauld parce qu’il a toujours raison » de Byron.

   « En raison de la bizarre mise en scène de X, cette générale de la Phèdre de Racine a duré plus de deux heures quinze. C’est trop, beaucoup trop. Des lenteurs excessives, des silences inutiles, comme étaient inutile, voire déplaisante, cette musique qui parfois couvrait la musique des vers et carrément grotesques cette radio et ce micro destinés, si j’ai bien compris, à « faire moderne ».

   « J’ai lu quelques pages d’un recueil des lettres de saint François de Sales. En janvier 1603, celui-ci écrit à Mme de Beauvilliers, abbesse de Montmartre : « Votre sexe veut être conduit, et jamais, en aucune entreprise, il ne réussit que par la soumission ; non que bien souvent il n’ait autant de lumière que l’autre, mais parce que Dieu l’a ainsi établi. » Voilà qui ferait bondir nos féministes. »

   « Et s’il me plaît à moi d’être battue ? » (Molière) [À propos des adolescentes de banlieue soumises aux petits caïds].

  Et Gab la Rafale, qui apprécie le bon vin, n’utilise jamais le terme « bouteille » mais « flacon », comme au temps passé. Il a bien raison ! On apprécie son écriture élégante, jamais vulgaire, même lorsqu'il tombe dans des travers avec lesquels on n'est pas forcément d'accord...

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Notes

[1] Coquille de Gallimard : « 1915 » !

[2] Cf. Louis XV.

Journal 1983 - 1984 : Mes Amours décomposés

Le Verrou (Fragonard)   « Mes Amours décomposés recouvre une période de mon existence particulièrement dissolue, donjuanesque : c’est le journal intime de ce qu’au 18e siècle on appelait un mauvais sujet. Si inconstant que je fusse, il y avait néanmoins une maîtresse à qui je demeurais fidèle : la langue française. » (Avant-Propos)

   « Il me dit que l‘affaire du Coral [scandale, qui valut à Matzneff la suppression de sa chronique au Monde] reproduit avec exactitude le trio du 18e siècle : le Roi (ou le Régent), le chef de la police d‘Argenson ou un autre) et les « pervers », les roués. » - Cette cabale policière pour vous abattre est ignoble, mais c’est une tradition très française. »

   [En lisant Les Affinités électives de Goethe] : « Goethe est présent à chaque page de ce roman autobiographique [ceci n’engage que Matzneff]. On l’y voit vivre, réagir, observer. [Citation :] « Pas de héros pour son valet de chambre, dit-on. C’est uniquement parce que le héros peut, seul, reconnaître le héros. Le valet de chambre, lui, saura vraisemblablement apprécier ses semblables. » 

   « Du 19 au 19 octobre 1823, Goethe fait une lecture approfondie de Byron qui lui inspire le personnage d’Euphorion dans Faust II. Charlotte à Édouard : « Femme, j’ai vieilli, alors que toi, homme, tu as conservé ton âge. », « En dépit du nombre des années, Édouard avait encore quelque chose d’enfantin qui plaisait particulièrement à la jeunesse d’Odile. » Édouard, voyant un mendiant auquel, la veille, il a fait la charité : « O toi, qui est digne d’envie, tu peux encore vivre de l’aumône d’hier, et moi, je ne peux plus vivre du bonheur d’hier ! »

   « C’est, je crois, Chamfort, qui a dit (je cite de mémoire) : « Il y a les amis qui vous aiment, les amis qui ne vous aiment pas et les amis qui vous haïssent. » M. Matzneff, c’est effectivement Chamfort, la citation exacte étant : "Dans le monde, disait M... [Chamfort ?] vous avez trois sortes d'amis : vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se soucient pas de vous, et vos amis qui vous haïssent."

   [À propos d’une jolie fille] : « Un visage très 18e siècle français, comme échappé d’une toile de Watteau. » Cf. infra.

   « Casanova tripotant sa fille de dix ans : 9, VIII. » Casanova sur le vieillissement et les femmes qu’il faut payer : 12, VII. Important. » [...] « Casanova note qu’à partir de l’âge de trente-deux ans, il lui est arrivé parfois d’être nul, de ne pouvoir bander. »

   « Le 1er novembre 1769, Voltaire écrit à Mme du Deffand : « J’ai ouï parler d’un jeune homme fort aimable, d’une jolie figure, ayant de l’esprit, des connaissances, un bien honnête, qui, après voir fait un calcul du bien et du mal, s’est tué à Paris d’un coup de pistolet. Il avait tort, puisqu’il était jeune, et que par conséquent la boîte de Pandore lui appartenait. »   

   « Commentant la décision de la troisième fille de Louis XV de se faire carmélite, Mme du Deffand écrit à Voltaire : « Cela ne vous fait-il pas pitié ? Notre espèce est étrange ! Quand on n’est pas malheureux ni par les passions ni par la fortune, on se le rend par des chimères. »

   « Le 24 juin 70, elle écrit à Voltaire : « La vie se passe en absences, on est toujours entre le souvenir et l’espérance ; on ne jouit jamais ; si du moins on pouvait dormir, ce ne serait que demi-mal. Dormez-vous, mon cher Voltaire ? »

   « ... À la clinique de la rue Nicolo. Je lis Casanova, mon complice dans ce domaine aussi. « Huit jours après ce bon œuvre, je me suis découvert atteint d’une vilaine grosse maladie, que j’avais déjà eue trois fois et dont j’étais guéri par la force du mercure et de mon bon tempérament. [...] Cette maladie, qu’en bonne compagnie il n’est pas permis de nommer, me surprenait fort mal à propos, c’est-à-dire en de mauvaises circonstances, car elle ne peut jamais venir à propos. J’étais à la veille d’entreprendre un voyage de mer pour traverser tour l’océan Atlantique, et quoique Vénus soit née dans cet élément... (Casanova, vol. 10, chapitre 2). Je n’ai pas la vérole, c’est beaucoup moins grave...»

   « [Matzneff hésite à entreprendre un voyage] Que faire ? Mon bon Casanova me souffle la réponse : « Rien n’est plus facile que de faire changer de résolution et d’avis un homme malade, triste, qui n’a point de projet, qui cherche fortune et qui avec la maxime du Sequere Deum ne sait pas où elle l’attend. »

   « L’éréthisme de Casanova et les fiascos de Stendhal nous passionnent parce que celui-ci en a fait Armance et celui-là Histoire de ma vie. »

   [À propos d’une fille sans tempérament, Matzneff cite Sade et son Histoire de Juliette] : « Mais Honorine, toujours novice, n’inventant rien, ne faisait que se prêter, que mettre la pudeur et la timidité à la place de la débauche et de la luxure ; elle ne me donnait pas le quart des plaisirs que j’éprouvais avec la Borghèse. »

   « [Elle] y joue le rôle qu’a joué durablement dans celle de Goethe la jolie, gourmande, sensuelle Christiane, qu’il appelait son « petit trésor érotique, kleines Erotikon. » [Matzneff reprend cette comparaison 30 ans plus tard dans Et soudain la musique s’est tue.]

   « Dans son Idée sur les romans, Sade raille Restif, son « style bas et rampant » ; dans Juliette, il ne cite Mirabeau que pour l’insulter. »

   [À propos de l’exposition « Diderot et les peintres de son temps » en octobre 1984 à l’Hôtel de la Monnaie] : « La Jeune Fille de Greuze. Son Jeune Berger. L’étonnant Baptême russe de Jean-Baptiste Leprince. La Nuit par un clair de lune de Vernet. Je ne partage pas la sévérité de Diderot pour Les Trois Grâces de Carle Van Loo que je trouve, au contraire, charmant. »

   [À propos de film Amadeus de Milos Forman] « Des gens sont, paraît-il, indignés par le Mozart buveur, coureur de filles, odieux, que montre Milos Forman dans Amadeus, ce film leur gâchant le Mozart séraphique et vertueux qu’ils s’étaient forgé. Les pauvres cons, ils croyaient que « Vivan le femmine ! Viva il buon vino ! » n’était que de la littérature ! »

   « Je lis Saint-Simon, toujours avec enthousiasme et délice. Tome IV, dans son étourdissant portrait du duc de Noailles, il emploie l’adjectif « excogité » : « ... les noirceurs les plus longuement excogitées, et pourpensées... ». [...]Intéressant emploi de l’adjectif « homogène », au sens de semblable, d’accordé. [...] Sur Effiat qui ne débuchait (???) dans le monde que courtement, « car il n’était bien qu’avec ses grisettes et ses complaisants. »

   « [...] est une Française du 18e siècle. Par son joli minois, son éclat, ses rondeurs, son amour du plaisir, elle semble échappée d’une toile de Fragonard ou de Watteau. » (cf. supra).  

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