Le Paris de Restif de la Bretonne

Illustration pour les Nuits de Paris (Restif de la Bretonne)   Bien qu’il s’en défende, Restif cherche à rivaliser avec Sébastien Mercier qui, de 1781 à 1788, fait paraître douze volumes de son Tableau de Paris. Mais Restif préfère le côté caché de la ville, transpose la théorie de Diderot sur les ténèbres et l’obscurité et crée le mythe d’un Paris équivoque promis à une brillante postérité, celui des Mystères de Paris (Eugène Sue), des Misérables (Hugo), des romans de Zola et de la modernité de Baudelaire.

   Restif a déjà écrit deux romans noirs, Le Paysan perverti et La Paysanne pervertie (1784) qui montrent sa fascination pour la mort, la violence et l’envers du décor. Les Nuits de Paris (ouvrage paru de 1788 à 1793) sont le journal de ses tentatives littéraires.

   L’observation de la capitale « pendant 1001 nuits » suffit à justifier l’adoption de la structure formelle des Mille et Une nuits : chaque nuit, Restif désennuie une marquise grâce à des anecdotes qui transforment Paris en un cadre exotique, voire fantastique. La ville devient le lieu de réflexions et de rêveries qui créent une véritable mythologie urbaine. Cédant à la pulsion autobiographique, il décrit avec complaisance ses errances nocturnes et se dédouble en personnages secondaires qui expriment son attirance/répulsion pour Paris. Le réalisme s’allie à l’onirisme : Restif nous transmet sa propre vérité. Sa curiosité, sous-tendue par un souci de moraliste, le conduit à montrer le peuple dans tous les domaines de la marginalité, bas-fonds, ruelles, recoins, bals, cafés, cachots et cimetières.

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