Population : natalité et mortalité

   La natalité permet à la France de 1789 d‘être la nation la plus peuplée d’Europe. On dénombre 23 millions d’habitants selon Calonne, 24,8 selon Necker et plus vraisemblablement 27 ou 27,5. C’est donc beaucoup plus qu’au début du siècle (19 millions en 1709), bien plus qu’en Espagne (10,5), en Angleterre (10), en Italie (18), en Autriche (20) et dans le Saint-Empire (20). La population française représente 15 % de toute la population européenne, Russie incluse, et environ le vingtième de la population du globe.

   Chaque année, sous Louis XVI, naissent de 900 000 à un million de Français. Le taux de natalité avoisine 37 pour mille. Deux siècles plus tard, il sera presque trois fois moindre et on en retrouvera d’aussi élevé que dans les pays du Tiers-Monde (36 pour mille en Inde dans les années 1971-1981).

   Toutefois, cette natalité exubérante donne déjà des signes de ralentissement dès 1770. La conscience collective réagit-elle contre les méfaits du surpeuplement ? Oui, la France est alors surpeuplée, compte tenu du maigre rendement des terres cultivables. Il aurait fallu améliorer la production agricole (la technique de l’assolement ne se répandra que plus tard) ou favoriser l’émigration (mais les Français d’avant 1789 répugnent à s’expatrier). On fait donc moins d’enfants, on se marie tardivement (25 ans pour les filles, 30 pour les garçons) et on utilise des moyens de contraception.

   Mais la natalité reste vigoureuse dans les provinces que n’atteignent pas les tendances de la mode : la Bretagne notamment et l’ensemble de la France paysanne. Chaque couple, en moyenne durant les années 1770-1789 engendre 5, 27 enfants.

   Le record revient à l’année 1794 avec plus de 1 200 000 naissances. La guerre stimule la natalité.

   Plus généralement, la Révolution (et l’Empire) est propice aux mariages : le consentement des parents n’est plus exigé qu’avant 21 ans (précédemment 25 pour les filles et 30 pour les garçons) et surtout dans la mesure où le mariage évite le départ pour les drapeaux.

   La mortalité, de son côté, est en recul avant la Révolution, au moins chez les adultes. Les grands fléaux ont disparu : la dernière épidémie de peste remonte à 1720, la derrière famine à 1710, après le « grand hiver » qui ruina les récoltes, détruisit les vignobles, fit éclater les arbres fruitiers, abattit le bétail, bloqua les fleuves et les ports, répandit les loups dans la nature. De 40 pour mille dans la première moitié du siècle, le taux de mortalité tombe au-dessous de 33 avant 1789.

   Mais la longévité ne varie guère : sur 1 000 nouveau-nés avant 1789, 450 atteignent l’âge de 20 ans, et 180 l’âge de 60 ans.

   Le premier recensement ne date que de 1801. Sous l’Ancien Régime, on se contente de dénombrements approximatifs : on se contente d’évaluer le nombre de feux et de le multiplier par un coefficient moyen d’occupation, ou bien, comme Necker, de multiplier le nombre de naissances par un coefficient variable selon les villes et les provinces. Les États-Unis ont ouvert la voie à l’établissement des statistiques démographiques dès 1790.  

   La centralisation et l’urbanisation se poursuivent timidement : la France reste pour l’essentiel paysanne à 78 %. Mais elle tend à se féminiser, la guerre fauchant les hommes. Dans la génération des filles nées entre 1785 et 1790, 14 % d’entre elles resteront célibataires.      

Sources : Le Coût de la Révolution française (René Sédillot, Perrin, 1987).

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