« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Education

   Belle société au 18e siècle

   La question de l’éducation des femmes parcourt le siècle. Des traités pédagogiques paraissent. Avec les salons, les femmes acquièrent définitivement le droit de participer à la vie intellectuelle et sociale.

   Certains (trop peu nombreux encore) les défendent. Grimm, lucide, écrit : « Il semble que les hommes aient voulu, dans tous les temps, se venger par la médisance de l’empire qu’elles exercent sur eux par les attraits de leur beauté, et par les prestiges de charmes auxquels rien ne résiste. »

   Mais le chemin est encore long ! Malgré un courant « féministe » représenté par d’Alembert, Condorcet et Voltaire, le public accueille favorablement les propositions de Rousseau concernant les femmes (Sophie, compagne idéale d’Émile dans Émile ou de l’éducation, n’est qu’objet de désir, faite pour son mari) que le siècle suivant cantonnera encore au rôle de mère et épouse. Dans les Mémoires de deux jeunes mariés (1842), Balzac présente avec Renée un double de Sophie.

   Il semble bien que Rousseau n’applique le prétexte suivant qu’aux hommes : « Tout ce que nous n’avons pas à notre naissance, et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l’éducation. » Il écrit en effet dans l'Émile : « Toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utile, se faire aimer et honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes. » Sachons aussi qu'il tempête contre certaines guenons savantes qui emplissent les salles de spectacle, « tournant en effronterie la mâle et ferme assurance de l'homme », déshonorant « à la fois leur sexe et le nôtre » - celui des hommes donc - par cette « odieuse imitation ». Il reproche aux femmes les « intervalles d'inaction » lors de leurs écoulements sanguins. (Propos rapportés par d'Alembert).

   En Amérique, Benjamin Franklin publie de 1732 à 1757 un almanach pour assurer « la propagation de l’instruction parmi le peuple », avec des « sentences proverbiales […] propres à inspirer l’amour du travail et de l’économie, comme le moyen d’arriver à la fortune, et, par conséquent, d’affermir la vertu. » Là encore, on peut douter que cet almanach s’adresse aux femmes…

   Quant à Casanova, il n'aime pas davantage les femmes savantes que Rousseau et, en cela, ne se distingue pas de l'opinion commune au 18e. Il écrit dans Histoire de ma vie : « La femme d'esprit qui n'est pas faite pour faire le bonheur d'un amant est la savante. Dans une femme, la science est déplacée ; elle fait du tort à l'essentiel de son sexe et, encore, elle ne va jamais au-delà des bornes communes. Nulle découverte scientifique faite par des femmes. Pour aller plus ultra, il faut une vigueur que le sexe féminin ne peut avoir. Mais dans le raisonnement simple, et dans la délicatesse des sentiments, nous devons céder aux femmes. Quel insupportable fardeau pour un homme qui aurait par exemple l'esprit de Mme Dacier ! Dieu vous en préserve, mon cher lecteur. » 

   Mentionnons ici Jeanne Gacon-Dufour, ancienne lectrice de Louis XVI qui écrivit en 1805 un traité intitulé De la nécessité de l’instruction pour les femmes, par une femme qui ne se pique pas d’être une femme de lettres.

   En allant plus loin, on peut dire que l’image féminine de la résistance à l’oppression (masculine) forgera à la Révolution l’une des images de la République, comme le montre Delacroix.

La Liberté guidant le peuple (Delacroix)* * *