Mme Campan éducatrice

Mme Campan âgée   Sous le Directoire, Madame Campan ouvre un pensionnat à Saint-Germain-en-Laye et accueille notamment la fille de Joséphine, Hortense, alors âgée de 13 ans, Laure Permon (la future Mme Junot et duchesse d'Abrantès) et Zoé Talon (la future Mme du Cayla, favorite de Louis XVIII). Elle écrira plus tard : « Je me suis trouvée d’être l’institutrice d’une nichée de reines, sans m’en douter. » Hortense de Beauharnais, future reine de Hollande, Pauline Bonaparte, future princesse Borghèse et sa sœur Caroline, future reine de Naples... 

   Son bureau, de dimensions modestes, est meublé dans le goût de l’Ancien Régime et on remarque un vase de lys en soie sous le portrait de Marie-Antoinette. Elle est toujours sobrement vêtue de noir en guise de deuil perpétuel, avec une mantille ornée toutefois d’une complexe bordure de perles.

   Quid de l’éducation dans une société républicaine ? Les filles doivent apprendre à faire la soupe et à ranger leur chambre ! La pension est de trois mille francs annuels, ce qui est beaucoup. Toutefois, Mme Campan sait marier, dans son enseignement, les raffinements de l'Ancien Régime aux idées nouvelles : langues étrangères (anglais et italien), langue française et son bel usage, un peu de mathématiques, d'astronomie, de botanique, de physique et de chimie, géographie, dessin, solfège, chant, piano et danse. On y apprend l'art de la conversation : Mme Campan donne à ses élèves des thèmes sur lesquelles elles doivent improviser. À l'image de Mme de Maintenon, elle fait jouer des pièces de théâtre à ses élèves, notamment Esther (Racine).   

   Napoléon juge ainsi l’éducatrice : « Si je créais une république de femmes, je nommerais Mme Campan Premier consul. » Beau compliment pour un homme qui considère les femmes comme futiles et bavardes ! 

   Mme Campan s’adresse ainsi à son fils : « L’éducation, trésor plus solide que toutes les richesses, est le seul bien que nous pouvons vous laisser. » Et ailleurs : « Malheureusement on apprend jeune à dessiner, à chanter, à jouer des instruments, et l’expérience seule apprend à réfléchir, à connaître, à juger le mieux et à choisir. »

   Une fois aux Tuilerie, Joséphine lui demandera des conseils sur le protocole et le personnel car Mme Campan possède une expérience inestimable des us et coutumes de l'Ancien Régime ainsi d'ailleurs que Mme de Montesson et Mme de Genlis.

Sources : Passions et chagrins de Mme Bonaparte, op. cit.  

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