Vers le roman d'apprentissage

Tradition pédagogique du 18e siècle à l'origine du roman d'apprentissage du 19e siècle

Silhouette de Goethe vers 1775   La tradition pédagogique du 18e siècle aboutit au roman d’apprentissage du 19e siècle. On peut citer Le Rouge et le Noir (Stendhal, 1830), Le Père Goriot (Balzac, 1835), Les Illusions perdues (Balzac, 1837-1843), L’Éducation sentimentale (Flaubert, 1869) et Bel-Ami (Maupassant, 1885).

   En effet, le roman d’apprentissage raconte le parcours d’un jeune homme, incarnation d’un type humain, confronté aux réalités de l’existence et présente donc une portée générale, valable pour tout jeune homme à ses débuts dans la vie.

   Ainsi, il s’inscrit dans la continuité des récits pédagogiques traditionnels qui visaient à instruire en amusant. Le lecteur fait l'apprentissage du monde dans son fauteuil. Chaque romancier imprime à son ouvrage sa propre vision du monde, fruit d'une réflexion à partir de sa propre expérience : recherche du bonheur chez Stendhal, culte de l'énergie chez Balzac, désenchantement chez Flaubert et pessimisme chez Maupassant.  

1) On peut citer un texte fondateur, Les Aventures de Télémaque (1699), écrit pour éduquer sans ennuyer le duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, par Fénelon. On y trouve un enseignement à la fois moral et politique : valeur éducatrice de l’erreur, rôle du voyage dans la formation.

   Notons que Robespierre a surnommé Fénelon le « précepteur du genre humain », preuve que ce texte dépasse le contexte aristocratique de sa création.  

2) L’éducation des Lumières

   Voltaire et Rousseau ne sont pas en reste.

   * Voltaire utilise ses contes philosophiques (Candide, 1759) pour raconter, sous une forme plaisante, toutes les catastrophes qui s’abattent sur son héros et propose une philosophie pratique : « Cultivons notre jardin ». C’est la conclusion de Balzac dans Illusions perdues, qui montre David Séchard (beau-frère de Lucien de Rubempré) rentrant dans le rang et renonçant à la marginalité de l’inventeur.   

   * En 1762, Rousseau propose son Émile ou De l’éducation qui propose une nouvelle méthode d’éducation afin de prépare l’enfant à sa vie de citoyen : former le corps, le cœur et l’intelligence d’abord au contact de la nature afin d’affronter la culture et la société des hommes. Le roman d’apprentissage retiendra cette leçon de Rousseau : l’état de culture est une corruption inévitable de l’homme.

3) Wilhelm Meister (Goethe), premier roman d’apprentissage

   Goethe écrit la première partie des Années d’apprentissage de Wilhelm Meister entre 1777 et 1785. Wilhelm, fils de négociant, est tenté par le théâtre et s’en va sur les routes en compagnie d’une troupe de comédiens ambulants. Sans le savoir, il est guidé par une société de sages qui le conduit à renoncer finalement au théâtre et à s’intégrer à la société.

   La seconde partie du roman (1821-1829) propose le voyage de Wilhelm Meister avec son fils dont il veut former à son tour le caractère.

   Ce roman a un retentissement considérable sur les auteurs du 19e qui font vivre à leurs héros (soutenus par bien des femmes...) des aventures formatrices et des voyages (province => Paris).    

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