Voltaire et l'éducation des femmes

Femmes, soyez soumises à vos maris (Voltaire, 1768, extrait)

   Femmes, soyez soumises a vos maris (Voltaire)Voltaire soutient la cause des femmes dans l’essai Femmes, soyez soumises à vos maris (1768). En voici un extrait :

   [Mme de Grancey vient de lire la lettre de saint Paul dans laquelle il écrit : « Femmes, soyez soumises à vos maris » et fait part de son indignation à M. de Châteauneuf.]

   « ... Sommes-nous donc des esclaves ? N’est-ce pas assez qu’un homme, après m’avoir épousée, ait le droit de me donner une maladie de neuf mois, qui quelquefois est mortelle ? [...] Ne suffit-il pas que je sois sujette tous les mois à des incommodités très désagréables pour une femme de qualité, et que, pour comble, la suppression d’une de ces douze maladies par an soit capable de me donner la mort sans qu’on vienne me dire encore : Obéissez ?

   Certainement la nature ne l’a pas dit ; elle nous a fait des organes différents de ceux des hommes ; mais en nous rendant nécessaires les uns aux autres, elle n’a pas prétendu que l’union formât un esclavage. Je me souviens bien que Molière a dit [1] : « Du côté de la barbe est la toute-puissance. »

   Mais voilà une plaisante raison pour que j’aie un maître ! Quoi ! Parce qu’un homme a le menton couvert d’un vilain poil rude, qu’il est obligé de tondre de fort près, et que mon menton est né rasé, il faudra que je lui obéisse très humblement ? Je sais bien qu’en général les hommes ont les muscles plus forts que les nôtres, et qu’ils peuvent donner un coup de poing mieux appliqué : j’ai peur que ce ne soit là l’origine de leur supériorité.

   Ils prétendent avoir aussi la tête mieux organisée, et, en conséquence, ils se vantent d’être plus capables de gouverner ; mais je leur montrerai des reines qui valent bien des rois. On me parlait ces jours passés d’une princesse allemande [2] qui se lève à cinq heures du matin pour travailler à rendre ses sujets heureux, qui dirige toutes les affaires, répond à toutes les lettres, encourage tous les arts, et qui répand autant de bienfaits qu’elle a de lumières. Son courage égale ses connaissances ; aussi n’a-t-elle pas été élevée dans un couvent par des imbéciles qui nous apprennent ce qu’il faut ignorer, et qui nous laissent ignorer ce qu’il faut apprendre. Pour moi, si j’avais un État à gouverner, je me sens capable d’oser suivre ce modèle. »

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Notes

[1] C’est ce que dit Arnolphe à Agnès dans L’École des Femmes.

[2] L’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche.

Education de Mlle Corneille

   Si Diderot s'occupe assidument de l'éducation de sa fille, Voltaire n'est pas en reste. Il héberge à Ferney Mademoiselle Corneille, arrière-petite-nièce du grand Corneille, plus précisément la petite-fille d'un oncle de Corneille, magistrat ruiné pour s'être porté caution en faveur d'un ami, ce qui entraîne l'indigence de sa descendance. Voltaire l'adopte en 1760 ; elle est alors âgée de 18 ans. Il la surnomme Mlle Rodogune.  

   Il fait part en ces termes de l'éducation qu'il lui donne :

   « Nous allons reprendre nos leçons d'orthographe. Le premier soin doit être de lui faire parler sa langue avec simplicité et noblesse. Nous la faisons écrire tous les jours : elle m'envoie un petit billet, et je le corrige ; elle me rend compte de ses lectures ; il n'est pas encore temps de lui donner des maîtres ; elle n'en a point d'autres que ma nièce (1) et moi. Nous ne lui laissons passer ni mauvais termes ni prononciations vicieuses ; l'usage amène tout. Nous n'oublions pas les petits ouvrages de la main. Il y a des heures pour la lecture, des heures pour les tapisseries de petit point. »

   Les ouvrages de dames font partie de l'éducation d'une jeune fille accomplie : il faut savoir broder ; très souvent, cette tapisserie au petit point qu'évoque Voltaire décore le sièges des fauteuils selon un thème récurrent ne présentant aucun risque, celui des Fables de La Fontaine.

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Notes

(1) Mlle Denis.

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