Favorites de Marie-Antoinette

Amitiés diverses

La princesse de Lamballe (Mme Vigée-Lebrun, 1781)   Comme on le sait, la mode était au culte de l'amitié. Marie-Antoinette, frustrée dans sa vie de femme, éloignée de Vienne, s'attacha quelques confidentes auxquelles elle témoignait de grandes démonstrations d'affection, ces « caquetages d'amitié » très répandus dans le monde aristocratique. On s'échangeait des mèches de cheveux, des portraits ; la manufacture de Sèvres vendait des biscuits représentant les « tendres amies » ou les « confidences de deux personnes ».

   Il est évident que ces amitiés étaient pures. Malheureusement, s'agissant de la reine, un tel comportement ne pouvait qu'exciter la jalousie et prêter à la calomnie. Elle avoue dans une lettre à sa mère : « Pour moi, je n'ai pas été épargnée ; on m'a très libéralement supposé les deux goûts, celui des femmes et celui des amants. »

   Donc, dans l'ordre, ou à peu près, voici la liste de ses favorites :

 * la princesse de Chimay, née Laure de Fitz-James, dame du palais. Cela dura peu.

* Louise-Thérèse de Roth, comtesse de Dillon, d'origine irlandaise, nièce de l'archevêque de Narbonne, maîtresse du prince de Guéménée. Elle la fatigua vite par d'incessantes demandes d’argent et de faveurs.

* Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, veuve après 16 mois de mariage. Mme Campan la décrit ainsi dans ses Mémoires : « C'est à l'époque des parties de traîneaux que la reine se lia intimement avec la princesse de Lamballe qui parut enveloppée de fourrure avec l'éclat et la fraîcheur de vingt ans : on pouvait dire que c'était le printemps sous le martre et l'hermine. » Marie-Antoinette la nomma surintendante de sa Maison. Mais les disputes continuelles avec la dame d'honneur et la dame d'atours lassèrent la reine. N'oublions pas toutefois qu'elle fut la seule à lui rester fidèle et qu'elle la suivit au Temple. Elle mourut atrocement assassinée lors des massacres de septembre 1792, dans les circonstances que l'on sait.

* Yolande-Gabrielle de Polignac (née Polastron) apparut à l'été 1775. Elle resta auprès de la reine jusqu'au 17 juillet 1789. Les faveurs plurent sur la famille Polignac et sur l'amant de Gabrielle, Vaudreuil. Elle était tout aussi impopulaire que la reine auprès du peuple. (voir infra)

* On peut citer aussi la princesse de Guéménée, fille du maréchal de Soubise, plus âgée que Lamballe et Polignac, amie d'élection mais à un degré moindre. Elle contribua à donner à la reine le goût du jeu. En décembre 1782, suite à retentissante banqueroute de son mari (32 millions de pertes), elle fut priée de quitter la cour.

* Geneviève de Gramont, nièce de Choiseul et épouse du comte d'Ossun, connut un moment elle aussi la faveur de la reine, sans pouvoir détrôner Mme de Polignac. Dame d'atours depuis novembre 1781 (après Mme de Mailly), elle ne demandait rien pour elle et tenta de freiner les dépenses de la garde-robe de Marie-Antoinette, surveillant les factures de Rose Bertin.

Sources : Louis XVI, Petitfils.

Mme de Polignac, sincère ou hypocrite ?

Mme de Polignac (1782, Mme Vigée-Lebrun)   Née en 1749, Yolande de Polastron épouse en 1767 le comte Jules de Polignac. Leur manque de fortune les oblige à vivre retirés sur leurs terres. Mais Yolande est la nièce de M. de Maurepas, principal ministre du roi et sa belle-sœur, Diane, bien que laide, bossue et méchante, est tellement spirituelle et drôle qu'on en oublie sa laideur, sa bosse et sa méchanceté. Nommée auprès de la princesse d'Artois comme « dame à accompagner », Diane s'empresse d'attirer à Versailles la « comtesse Jules », Yolande étant jugée par trop moyenâgeux.

   C'est une brune aux yeux bleus (d'autres témoignages disent qu'ils sont marron) dont le duc de Lévis, dans ses Souvenirs et Portraits, parle en ces termes : « Elle avait une de ces têtes où Raphaël savait joindre une expression spirituelle à une douceur infinie. D'autres pouvaient exciter plus de surprise et plus d'admiration ; on ne se lassait pas de la regarder. » 

   La comtesse de La Marck renchérit : « Jamais figure n'avait annoncé plus de charme et de douceur que celle de Mme de Polignac, jamais maintien n'avait annoncé plus que le sien, la modestie, la décence et la réserve. » 

   Alexandre de Tilly nous en livre un portrait circonstancié dans ses Mémoires : « Lorsque la comtesse Jules fut présentée pour la première fois à la cour, elle attira tous les regards sur elle, non seulement par les charmes de sa figure, mais encore plus par ces grâces touchantes qui font plus d'impression que la beauté même. Ses attraits séducteurs firent d'autant plus d'effet qu'ils étaient un don de la nature ; pas la moindre chose ne paraissait empruntée à l'art, rien n'était factice […]. J'essaierais en vain de peindre l'impression que j'éprouvai à la première vue de la comtesse Jules de Polignac. J'étais jeune alors ; elle venait de se lever, dans un négligé blanc comme la neige… Dans le simple appareil d'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.

   Elle avait une rose dans les cheveux et se trouvait placée devant une glace qui, en réfléchissant ses traits, en doublait pour ainsi dire le charme […]. Il est assez singulier que la première et vive impression que fit alors sur moi la comtesse de Polignac, n'ait eu aucune durée ; je l'ai vue par la suite plusieurs fois, sans être touché de sa beauté ; mais je le fus toujours de son maintien enchanteur. Sa démarche portait l'empreinte d'un abandon séduisant, qui la distinguait d'une manière particulière des autres femmes de la cour qui n'avaient que le remuant et l'orgueil de la vanité… »

   Dans ses Mémoires, Mme de Genlis évoque ainsi Mme de Polignac : « … [Mme de Polignac] avait une vilaine taille, quoique parfaitement droite, mais petite, sans délicatesse et sans élégance ; son visage eût été sans défaut, si elle avait eu un front passable ; ce front était grand, d’une forme désagréable, et un peu brun, quoique le reste de son visage fût très blanc. Quand la mode s’établit de rabattre les cheveux presque jusqu’aux sourcils, le visage de la comtesse Jules devint véritablement enchanteur ; il y avait dans sa physionomie une candeur touchante et en même temps de la finesse ; son regard et son sourire étaient célestes. Les portraits qui restent d’elle sont très enlaidis et ne donnent pas l’idée de ce délicieux visage. Elle était douce et bienveillante, ses manières étaient simples et par conséquent aimables, et la faveur dont elle a joui depuis n’a jamais rien changé à son extérieur. On disait qu’elle avait peu d’esprit ; pour moi, je ne la trouvais dans la société ni bornée ni même insipide… »

   C'est cette beauté et sa grâce nonchalante qui attire la reine Marie-Antoinette à l'été 1775. Elle l'installe dans un appartement au château et ne peut plus se passer d'elle, provoquant ainsi la jalousie de Mme de Lamballe. 

   Madame de Polignac - rusée ou influencée par son clan - prétexte de ses faibles moyens financiers pour quitter la cour : « Nous ne nous aimons pas encore assez pour être malheureuses si nous nous séparons. Je sens que cela arrive déjà. Bientôt je ne pourrai plus vous quitter : prévenons ce temps-là. Je ne suis pas faite pour la cour. » La voiture est prête à partir, la reine pleure, l'embrasse, lui prend les mains, la conjure, la presse, se jette à son cou. En voyant la reine par la porte entrouverte, le comte d'Artois se met à rire et sort en disant : « Ne vous gênez pas ! » Cette anecdote rapportée par le prince de Ligne (Fragments de l'histoire de ma vie), est aussitôt connue de toute la cour et abondamment commentée.

   L’abbé de Véri écrit dans son Journal : « Dans le mois dernier [octobre 1783], la Reine devait aller souper à Saint-Hubert, un rendez-vous de chasse à cinq lieues de Versailles. Le Roi avait même dit, le matin, avec son ton de gaieté maussade : « Ce soir, nous aurons des dames à souper. » En conséquence, les relais avaient été placés sur la route et les gardes du corps avaient été mis en marche pour relever ceux qui accompagneraient la Reine au sortir de Versailles. Dans la journée, elle apprit que la comtesse Jules de Polignac, sa favorite encore dominante, était arrivée à Paris de son voyage des eaux. Le désir de la voir prévalut sur toute autre considération. On lui représenta vainement que les relais de garde et de chevaux ne pouvaient plus se transporter sur la route de Paris. « J’irai, dit-elle, sans relais et sans gardes ! » Personne n’osa lui dire ce que la décence lui dictait par rapport au Roi et ce motif ne l’arrêta nullement. Elle oublia tout pour sa favorite et ne fut pas à Saint-Hubert. [...] Les soupçons que le public avait eus sur des goûts supposés pour quelque amant sont maintenant dissipés, on est désabusé à cet égard. La malignité sait toutefois se retourner : on lui attribue des goûts du même genre pour des personnes de son sexe. » 

   Les faveurs pleuvent sur la famille Polignac et sur l'amant de Gabrielle, Vaudreuil. Elle est tout aussi impopulaire que la reine auprès du peuple. La duchesse de Polignac, sur ordre de Marie-Antoinette, quitte Versailles le 17 juillet 1789 et meurt à Vienne quelques années plus tard, de chagrin, dit-on… Le prince de Ligne, également à Vienne, raconte qu'ils s'entretenaient tous deux des malheurs de la reine.

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