« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mme du Barry et Choiseul


Le duc de Choiseul.  Évidemment, Choiseul déteste Mme du Barry : « J'appris que mademoiselle Vaubernier s'appelait l'Ange de son sobriquet de fille ; qu'elle était entretenue par du Barry, surnommé le Roué, depuis plusieurs années ; que tous les jeunes gens la connaissaient et allaient chez elle ; que monsieur de Fitzjames l'avait, ainsi que monsieur de Sainte-Foix ; enfin que c'était ce qu'appellent les filles entre elles une fille du monde, c'est-à-dire une fille publique. » Il n'exagère pas et résume ainsi le parcours de Jeanne : « Elle avait été raccrocheuse dans les rues et livrée à tous les valets, avant que d'être entretenue par du Barry le Roué, chez lequel elle avait eu beaucoup de monde. Elle avait été raccrocheuse dans les rues et livrée à tous les valets, avant que d’être entretenue par du Barry le Roué, chez lequel elle avait eu beaucoup de monde […]. Personne n’imagina alors que cette vilenie dût avoir aucune suite. L'on croyait que le sort de cette fille serait comme celui de vingt autres plus honnêtes, que l'on avait renfermées au Parc aux Cerfs, à Versailles, lesquelles étaient destinées à employer leurs soins aux plaisirs que cherchait le Roi et qu'il trouvait difficilement. » 

   Comme pour Mme de Pompadour, il s’insurge de la présentation à la cour [1], et il n’est pas le seul : « Personne ne put croire dans le premier moment un éclat aussi infâme, parce que personne n’avait jusqu’alors jugé le Roi : la faiblesse de son âme, son air timide, qui tient beaucoup à sa bêtise, sa belle figure qui a le caractère de la décence, son âge, l’exemple qu’il devrait donner à des enfants aussi jeunes que les siens, le mariage proche de son petit-fils [2], tout concourait à faire mépriser le bruit d’une action aussi méprisable que celle de la présentation d’une fille supposée mariée, contre toutes bonnes mœurs, à l’infâme frère d’un homme de rien, qui tenait école publique d’escroquerie et de prostitution dans Paris. »

   C’est pourtant lui qui fournit madame de Béarn qui présentera officiellement Mme du Barry. La clique des dévots se ligue contre lui, Mme du Barry aussi. C’est que Mme de Gramont, sœur de Choiseul, prend la tête des vexations contre la favorite. Louis XV ordonne à Choiseul de quitter la cour. Attaqué de toutes parts, il y songe également : « Les personnes en qui j’avais confiance me firent faire la réflexion très juste qu’il y aurait de l’avantage pour moi, vis-à-vis du public, à être renvoyé et même maltraité ; qu’il était plus noble d’être chassé par madame du Barry que d’avoir l’air de faiblesse de déserter après avoir combattu, et qu’en attendant l’événement, qui naturellement devait être fort prochain, je pourrais peut-être empêcher ou diminuer le mal que les projets du chancelier [3] ou de l’abbé Terray pouvaient faire au royaume. »

   Et c'est l'exil doré à Chanteloup.

Sources : duc de Choiseul, Mémoires.

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[1] Elle a lieu le 22 avril 1769.

[2] Le dauphin épouse l’archiduchesse d’Autriche le 16 mai de la même année.

[3] Maupeou.

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