« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mme du Barry : présentation à la cour

Présentation à la cour de Mme du Barry le 22 avril 1769

Mme du Barry dans les années 1770 (Drouais)   Nous disposons ici de deux témoignages, celui de Mme de Genlis et de Mme du Deffand. Qu'en disent-elles ? Quelques méchancetés ? Sont-elles objectives ?  Que dire ? Nous ne sommes en possession que de portraits, par définition flatteurs.  

Mme de Genlis (Mémoires)

   « … J’allais à la présentation [à la cour] de ma tante (1) et je m’amusai beaucoup ce jour-là, parce que c’était justement celui de la présentation de madame du Barry. Nous la rencontrâmes partout, elle était mise magnifiquement et de bon goût. Au jour sa figure était passée et des taches de rousseur gâtaient son teint. Son maintien était d’une effronterie révoltante, ses traits n’étaient pas beaux, mais elle avait des cheveux blonds d’une couleur charmante, de jolies dents et une physionomie agréable. Elle avait beaucoup d’éclat à la lumière. Le soir au jeu nous arrivâmes quelques minutes avant elle. Quand elle entra toutes les femmes, qui étaient contre la porte, se jetèrent les unes contre les autres du côté opposé, pour ne pas se trouver assises près d’elle ; de sorte qu’il y eut, entre elle et la dernière femme du cercle, l’intervalle de quatre ou cinq pliants vides. Elle vit avec le plus grand sang-froid ce mouvement si marqué et si singulier, rien n’altéra son imperturbable effronterie Lorsqu’à la fin du jeu le roi parut, elle le regarda en souriant ; le roi sur-le-champ la chercha des yeux : il paraissait avoir de l’humeur et ne resta qu’un moment. L’indignation à Versailles était portée au comble ; en effet, on n‘avait jamais rien vu d’aussi scandaleux, pas même madame de Pompadour ; il était sans doute bien étrange de voir à la Cour madame la marquise de Pompadour, tandis que son mari, M. Le Normand d’Étiolles, était fermier général ; mais il était encore plus odieux de voir présenter avec pompe à toute la famille royale une fille publique. Ces indécences inouïes et tant d’autres ont cruellement dégradé en France la royauté et contribué par conséquent à la Révolution… »

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Notes

(1) Mme de Montesson, épouse morganatique du duc d’Orléans.  

Mme du Deffand (Correspondance)

   « … On prétend que demain est le grand jour, jour où une toilette décidera peut-être du destin de l’Europe, de la destinée des ministres, etc. Il y a des paris ; le petit nombre et pour la robe de chambre (1), je suis de ceux-là. Le plus grand nombre est pour le grand habit ; on s‘appuie sur les témoignages de tailleurs, des couturières, des maîtres à danser. Ce sont bien en effet des prophètes qu’on peut croire. Tour cela dépend d’un degré de chaleur, et ce degré est, dit-on, au plus haut ; on n’aime plus le jeu ni la chasse, les dames de soupers sont négligées, les courtisans désœuvrés, ils ne sont pont encore admis dans les sacrés mystères, ils ont le ton frondeur ; ils en changeront bien vite, si la toilette change […]. Je suppose que vous êtes au fait de la divinité en question ; c’est une nymphe tirée des plus fameux monastères de Cythère et de Paphos… » (Lettre à Horace Walpole, le 14 janvier 1769).

   La présentation à la cour tarde. Mme du Deffand poursuit : « … Ce que je craignais pour mercredi n’est point arrivé, mais le glaive est toujours suspendu ; je crains que cette année-ci ne soit fort orageuse… » (Au même, le dimanche 29 janvier).

   « … Hier [le dimanche], après que je vous eus écrit ce que vous venez de lire, quelqu’un vint me dire que la présentation se devait faire sur les six ou sept heures du soir ; je ne voulus point fermer ma lettre, pour pouvoir vous mander ce grand événement. Nous sûmes le soir qu’il n’était point arrivé. La grosse [Mme d’Aiguillon ? Mme de Forcalquier ?] me dit que M. de la Vauguyon avait été chargé par le roi d’informer Mesdames, et que madame du Barry avait été chez leurs dames d’honneur (c’est le protocole). On a nommé plusieurs dames d’honneur qui devaient la présenter mais cela ne s’est point vérifié, et l’on prétend aujourd’hui que ce sera le premier gentilhomme de la chambre qui la présentera au roi et chez Mesdames et fera les honneurs… » (Au même, le lundi 30).  

   « … La journée d’hier n’a rien produit de nouveau ; j’ai appris seulement quelques circonstances du dimanche ; c’est en effet M. de la Vauguyon qui fut apprendre à Mesdames la présentation. Madame lui demandé si c’était de la part du roi qu’il lui annonçait cette nouvelle ; Non, dit-il, c’est M. de Richelieu qui m’a chargé de le dire à Votre Altesse Royale. Madame lui tourna le dos et le congédia. On est persuadée que ce qui a empêché la présentation, dimanche, a été la foule prodigieuse du monde, et qu’elle se fera en coup fourré ; mais enfin elle n’est pas encore faire… ». (Au même, le mardi 31 à midi).

   « … M. de la Vauguyon a eu une conduite abominable ; il est certain qu’il a voulu persuader à madame Adélaïde qu’il était de son intérêt et de son devoir de se soumettre de bonne grâce à la volonté du roi, et il a joint à ses beaux propos toute la gaucherie qui en pouvait augmenter l’infamie. Madame Adélaïde en a été indignée, elle a écrit au roi. Le reste n’est que conjectures. On juge que cette lettre a retardé la présentation, mais on ne croit pas qu’elle en ait fait perdre le dessein… » (Au même, le lundi 6 février 1769). 

   Finalement, la présentation a donc lieu en avril 1769.

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Notes

(1) robe de chambre : toilette relativement simple. 

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