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Mme du Barry, un morceau de roi

Mme du Barry en Flore (Drouais, années 1770)   Mme du Barry est le dernier amour de Louis XV et devient sa maîtresse au printemps 1768, quatre ans après la mort de Mme de Pompadour. Entretemps, Louis XV se fournit au Parc-aux-Cerfs.

   Jeanne Bécu vient d’un milieu peu relevé Son charme fait des ravages dans le magasin de modes où elle est employée, « A la Toilette », propriété d'un sieur Labille, « temple de la coquetterie » que fréquentent courtisanes, libertines, femmes du monde, aristocrates, officiers, courtisans et courtisanes venus acheter éventails, plumes et chapeaux. Choiseul s'indigne.

   Elle est belle, grande, blonde, avec des yeux bleus en amande, le teint frais et délicat. Elle vit avec Jean du Barry, entremetteur pour les aristocrates en jolies femmes, demoiselles de magasin et actrices. Il vend les faveurs de la belle Jeanne au vieux duc de Richelieu, toujours fripon. Belle occasion pour elle de se montrer à la cour sous l'œil du roi, aussitôt séduit par son sourire et ses cheveux blonds. Il avoue : « C'est la seule femme qui ait trouvé le secret de me faire oublier que je suis sexagénaire. » On comprend bien qu'elle est experte au lit. On la marie très vite à un obscure et complaisant gentilhomme du Languedoc, Guillaume du Barry (de la famille de Jean), qui retourne gentiment dans sa province aussitôt la cérémonie religieuse achevée. Comme pour Mme de Pompadour, Louis XV cherche (c'est l'usage) une dame de haute noblesse pour la présentation à la cour. Richelieu trouve madame du Béarn. La cérémonie a lieu le 22 avril 1769.

   La belle blonde aux yeux bleus fait beaucoup d’effet sur la cour aux aguets : port de déesse, noble attitude et sourire désarmant. Mais le scandale est immense : indignation de Mesdames, filles du roi, des dévots et, d'une manière générale, de ce qu'on appelle alors « la vieille cour ». Même la dauphine Marie-Antoinette la méprise, c'est dire... Il est vrai qu'elle est bien jeune et influencée par Mesdames mais on comprend aussi que la toute jeune fille éprouve un certain malaise face à la sexualité triomphante de la favorite, elle qui restera vierge sept longues années... Et puis, la favorite ne l'a-t-elle pas traitée de « petite rousse » ? Quel affront ! La jeune Antonia refuse de lui adresser la parole mais, contrainte et forcée, elle parvient un jour à lui adresser cette phrase : « Il y a bien du monde aujourd’hui à Versailles. »

   Cependant, ce « morceau de roi » comme on la nomme, repose Louis XV : simple, un brin vulgaire dans son langage, aucune ambition, nulle envie de se mêler des affaires du royaume (il semble toutefois qu'elle ait joué un rôle dans l'exil de Choiseul), une petitesse, voire une certaine bassesse : elle ne rêve pas d'une grande destinée comme la Pompadour. 

Sources : Maurice Lever, Louis XV, libertin malgré lui, Payot, 2001.

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Date de dernière mise à jour : 28/10/2017

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