« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mme du Barry vieillit

Toujours belle ?

Mme du Barry (Cosway, années 1790)   Nous sommes à Londres (1), où Mme du Barry, attendant la restitution de ses bijoux volés, a le temps de poser pour le peintre Cosway qui l'embellit, quelque peu, évidemment.

   En effet, le marquis de Bouillé la décrit ainsi : « Mme du Barry était alors âgée de près de quarante-sept ans [49 en fait], et il était un peu tard pour faire connaissance [au sens biblique] avec une femme dont la beauté avait fait le mérite, la fortune et la renommée. Cependant, quoique la fraîcheur et le premier éclat de ses charmes eussent déjà disparu depuis longtemps (2), il en restait encore assez de traces pour laisser concevoir l’effet qu’ils avaient dû produire. On retrouvait ses grands yeux bleus pleins de la plus douce expression, ses beaux cheveux d’un blond châtain, sa jolie bouche, la forme arrondie de son visage, dont le teint échauffé ne détruisait pas l’agrément ; cette taille noble et élégante qui, malgré un peu d’embonpoint, avait encore de la souplesse et de la grâce ; enfin ses formes toutes voluptueuses que déguisait peu sa toilette, surtout celle du matin. Son ton n’avait rien de commun, encore moins de vulgaire ; sans avoir un esprit brillant, elle n’en manquait point autant qu’on s’est plu à le dire, et sa bonté ainsi que sa simplicité eussent pu porter d’ailleurs à y faire moins d’attention.

   Je ne tirai pas de ses conversations autant de parti que j’aurais pu le faire dans d’autres temps. Nous étions trop absorbés par le sentiment douloureux de la situation du Roi et de la Reine ; et ce dont je fus aussi frappé que touché, cette femme, qu’ils avaient l’un et l’autre traitée si durement à leur avènement au trône, ne pouvait distraire ses pensées de leurs malheurs et leur donnait des larmes aussi sincères que continuelles. »

Sources : Marquis de Bouillé, Souvenirs, édition de 1859. 

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Notes

(1) Mme du Barry séjourna plusieurs fois en Angleterre pour récupérer ses bijoux volés. Cf. infra.  

(2) Avec l’âge elle avait pris un certain embonpoint et avait le teint « échauffé », comme Mme de Montespan. A deux jours de sa mort, paraissant devant Fouquier-Tinville, interrogée sur son identité, elle se rajeunit et n’avoua que 42 ans au lieu de 50.   

Morte pour des bijoux

Vol des bijoux de Mme du Barry (BNF)

   Beaujon, le banquier de la cour, paie les bijoux, sans jamais discuter le prix. Les mémoires des joailliers s’élèvent à plus de deux millions de livres entre 1768 et 1774. Autres prodigalités royales : un million deux cent mille livres de pension annuelle et 150 000 livres de rentes viagères, un nombreux personnel composé de couturières, parfumeurs, suisses, postillons, cochers, piqueurs, coureurs, valets de pied, femmes de chambre. Ajoutons les oeuvres d’art, les meubles, les robes, les équipages… Aucune favorite avant elle n'a connu un train de vie semblable, nous dit Maurice Lever dans sa biographie de Louis XV (Louis XV, libertin malgré lui).

   Suivons l'épopée desbijoux :   

* janvier 1791 : vol à Louveciennes des bijoux de Jeanne, retrouvés à Londres en février.

* février-mars 1791 : premier séjour de Jeanne à Londres, avril-mai : deuxième séjour, mai-août : troisième séjour. Difficultés juridiques pour récupérer ses bijoux. Jeanne fréquente les émigrés. Blache, espion, note tous ses faits et geste.

* octobre 1792-mars 1793 : quatrième séjour à Londres. Elle tombe sous le coup de la loi contre les émigrés, les scellés sont posés à Louveciennes.

* été 1793 : Greive (agitateur professionnel), Zamor (son ancien page) et Salanave (ancien domestique) montent un dossier pour la perdre, espérant piller ses biens ; le rapport rédigé par Blache les y aidera. Suspectée du crime d’émigration, Jeanne est inquiétée puis momentanément disculpée.  

* septembre 1793 : loi contre les suspects (le 17). Commencement officiel de la Terreur. Le 22 septembre, Jeanne est arrêtée et enfermée à Sainte-Pélagie. Louveciennes est livrée au pillage.

* 6 et 7 décembre 1793 : Jeanne comparaît devant Fouquier-Tinville.

* 8 décembre 1793 au soir : exécution de Jeanne.

Sources : « Repères chronologique », La Presque Reine, Pascal Lainé, Éditions de Fallois, 2003.

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