« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Morphise ou Sirette, fille du peuple

Morphise (Boucher)    Née en 1737, fille d’un savetier irlandais et d’une revendeuse à la toilette, Louison O'Murphy lave la vaisselle et fait le gros ouvrage chez sa sœur aînée, la femme Melon.

   Les parents acceptent les 1 000 écus d’indemnité. Elle est présentée à Louis XV en 1752 et logée au Parc-aux-Cerfs, minuscule pavillon entourée d’un vaste jardin, situé derrière les écuries des Gardes du corps, et dont on a dit pis que pendre. Ce quartier reculé existe depuis Louis XIII qui y venait chasser, d’où le nom. Rien à voir avec un satyre – Louis XV – poursuivant des biches effrayées – les jeunes filles -. En fait, il n’y a pas plus d’une dizaine de filles en seize ans. Et elles semblent toutes satisfaites de leur sort.

   Louison y vit avec une femme de chambre, une cuisinière, deux laquais et une gouvernante, ancienne femme de chambre de Lebel, valet de Louis XV, et dispose d’un attelage. Louis XV la fait parfois venir au château et la montre à ses intimes. De l’avis unanime, elle est ravissante.

   Elle est soi-disant d’origine noble et l’on cherche à reconstituer ses titres de noblesse, nous dit d’Argenson, « afin de déclarer la pensionnaire du Parc-aux-Cerfs comme maîtresse en titre du roi. » Les ennemis – nombreux - de Mme de Pompadour se frottent les mains, à tort, car celle-ci est parfaitement au courant des fredaines du roi, qu’elle encourage, ne pouvant plus le satisfaire physiquement. 

   Le duc de Croy raconte qu'en janvier 1754, il remarque à la grand-messe de la Paroisse une jeune et jolie personne, mise simplement ; il s’informe et apprend « que c’est la demoiselle dont s’amuse le roi depuis dix-huit mois et qui commence à faire du bruit. » On la surnomme rapidement Sirette.

   Mme du Hausset, femme de chambre de Mme de Pompadour, est également au courant de tout et nous renseigne sur la gestion du Parc-aux-Cerfs : lorsque l’une des pensionnaires est enceinte, on l’évacue dans une maison discrète. L’enfant est richement doté et élevé loin de Versailles. Quant au roi, pour échapper à la surveillance incessante dont il fait l’objet, il use de stratagèmes pour s’y rendre, déguisé sous des habits bourgeois, avec un long manteau et une lanterne à la main…

   En juillet 1754, Louison met au monde une fille, Agathe-Louise de Saint-Antoine de Saint-André, qui mourra à l’âge de vingt ans, non sans avoir épousé un authentique marquis. Cette naissance accroît l’influence de Louison sur l’esprit du roi. Un complot se forme pour évincer la favorite en titre. Louison ose un jour demander au roi « comment se porte sa vieille. » Le roi ne supporte pas que l'on manque de respect à Mme de Pompadour, trouve un officier qui consent à l’épouser moyennant finances (50 000 livres), la dote de 200 000 livres et d’un trousseau quasiment royal.

   On ne sait plus rien d’elle, sauf qu’elle meurt en 1814, veuve. Mais Boucher nous laisse son portrait pour le moins croustillant...

Sources : G. Lenotre, Versailles au temps de rois.

Remarque

   Casanova la connut également, au sens biblique du terme. Il écrit ceci dans Histoire de ma vie : « Blanche comme un lys, elle avait tout ce que la nature et l'art des peintres peuvent réussir de plus beau. La beauté de ses traits avait quelque chose de si suave qu'elle portait à l'âme un sentiment indéfinissable de bonheur, un calme délicieux. Elle était blonde, et cependant ses beaux yeux bleus avaient tout le brillant des yeux noirs. »

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