« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Pompadour mécène d'art

Introduction : Mme de Pompadour et la modernité

   Intelligente et cultivée, Mme de Pompadour a une influence profonde sur la cour et au-delà, établissant les règles de la mode et de la beauté, encourageant les arts décoratifs (peinture, sculpture, architecture) et les Belles-Lettres, notamment les philosophes comme Voltaire - il devient dans un premier temps l'historiographe du roi - et les Encyclopédistes comme Diderot.

   Non pas que l'on pense beaucoup à Versailles, où, sous Louis XV, on tient les écrivailleurs, les philosophes et les remueurs d'idées pour des trublions sans audience, en dehors des cafés et des salons parisiens. Le roi est particulièrement insensible au mouvement des idées ou à l'évolution des mœurs et Mme de Pompadour se met à dos le parti dévot de la cour.

   Par ailleurs, elle donne à la cour le goût de toutes les sensualités, notamment culinaires et jamais la cuisine des petits appartements n'est si raffinée qu'à cette époque de la monarchie. Il en est de même pour la propreté et l'hygiène : on surnomme la cour de Louis XV la « cour parfumée ».

   Allons plus loin.

   Dan son ouvrage Les Reines de France au temps des Bourbons (tome 3, Éditions de Fallois, 2000), Simone Bertière écrit :

   « Après le cadre étroit et fermé de la cour de Louis XIV, les femmes vivent dans une société ouverte, en pleine mutation et travaillée par des conflits. La cour a cessé d’être l’arbitre de la mode et du goût. C’est à Paris que se trouve l’initiative, c’est là que se lancent les idées, que bouillonne ce qu’on va bientôt nommer « l’opinion ». Dans les salons règnent des femmes d’esprit qui accueillent une assistance recrutée sur le seul mérite, sans égard du rang.

   Raison pour laquelle il est intéressant de remarquer que Jeanne de Pompadour, issue de la grande bourgeoisie d’affaires et d’argent, admirablement élevée en vue d’une vie mondaine où il lui faudra briller, fréquente ces salons avant de rencontrer Louis XV, y rencontre tout ce que la capitale compte d’hommes de lettres, se lie d’amitié avec des philosophes, professe un catholicisme tiède mâtiné d’une bonne dose de tolérance. Elle est le produit de ce qu’on commence à appeler les Lumières, elle incarne l’ouverture et la modernité. Son royal amant est lui aussi de son temps dans une certaine mesure, il appartient à une génération qui répugne aux contraintes, il rêve de liberté et de bonheur et déteste faire « son métier de roi » comme il dit.

   La prospérité engendre de nouveaux besoins et aspirations. D’autre part, elle disqualifie les hiérarchies sociales strictement codifiées sur lesquelles repose l’édifice monarchique. La noblesse d’épée, réduite par la paix au chômage technique, s’est reconvertie dans la politique, s’efforçant de bloquer le portillon où se bousculent les élites bourgeoises. Mais déjà les femmes sautent allègrement les barrières : filles de financiers épousant des fils de grands seigneurs, femmes d’esprit régnant en souveraines sur la république des lettres. La carrière de Mme de Pompadour n’est pas un cas isolé, comme l’avait été celle de Mme de Maintenon, mais un cas limite, exemplaire.

  Ce qui aggrave son cas aux yeux de la cour, c'est qu'elle sort d'une catégorie sociale bien déterminé, celle de la bourgeoisie d'affaires, des gros financiers détenteurs de richesses (elle épouse M. Le Normand d'Etiolles) et par là de pouvoirs considérables. Des gens dont on perçoit qu'ils incarnent l'avenir dans un monde où industrie et commerce ravissent le premier rôle à l'exploitation traditionnelle de la terre.  

   Ces nouveaux riches ont l'esprit plus ouvert, plus libre. Ils sympathisent avec le vaste mouvement de pensée qui s'interroge sur le fonctionnement des institutions. Non qu'ils épousent les hardiesses de tous les philosophes dans leur hostilité à l'Église : Montesquieu est leur homme, pas Diderot. Mais ils n'acceptent plus comme dogme la fixité de l'ordre établi. Ils aspirent à un changement qu'ils voudraient voir se faire en douceur, par leur accès aux instances dirigeantes.  

   L'ascension de Mme de Pompadour n'est pas seulement une victoire personnelle, elle est leur victoire et symbolise en haut lieu l'avènement d'une classe nouvelle, fille du commerce et des Lumières, au sein du Tiers-État.  

   « Tout le parti courtisan craint beaucoup son arrivée, et véritablement il est capable de donner de bons coups de collier pour la gloire et la sûreté du royaume, pour chasser la maîtresse roturière et tyrannique de la cour, et en donner une autre », écrit d'Argenson. Certes, mais il se trompe : Jeanne tiendra vingt ans, jusqu'à sa mort. 

   Lors de la présentation à la cour de Mme de Pompadour, le duc de Choiseul est furieux : « Alors une pareille présentation paraissait monstrueuse car il semblait que l'on violait toutes les règles de la police, de la justice et de l'étiquette en enlevant à un fermier général sa femme au milieu de Paris et, après lui avoir fait changer de nom, en la faisant femme d'une qualité à être présentée. Madame la princesse de Conti s’offrit- en échange, le roi paya ses dettes de jeu - et eut cet honneur. A cette occasion, je ne puis m'empêcher d'écrire une réflexion que j'ai faite depuis bien souvent : c'est qu'en général tous les princes de maison souveraine sont naturellement plus bas que les autres hommes, et que, dans tous les princes de l'Europe, ce sont les princes de la maison de Bourbon qui ont en partage la bassesse la plus méprisable. » (Mémoires

   Il est vrai que Choiseul écrit ses Mémoires durant son exil à Chanteloup et il a de quoi être amer : il fut un excellent premier ministre de Louis XV. » 

Mme de Pompadour et les écrivains

   On sait que Mme de Pompadour, très cultivée, est en bons termes avec la plupart des écrivains du siècle, leur faisant obtenir des emplois (à Voltaire notamment, cf. supra) et défendant les philosophes auprès du roi.

I. Voltaire

1) Bonnes relations

   Se fondant sur l'intérêt que Mme de Pompadour portait à l'Encyclopédie et sur quelques propos recueillis ici ou là, Voltaire compose (en inventant complètement) ce véritable article publicitaire pour défendre l'ouvrage : 

   « Un domestique (1) de Louis XV me contait qu'un jour le roi son maître soupant à Trianon en petite compagnie, la conversation roula d'abord sur la chasse, et ensuite sur la poudre à tirer.

   « Il est plaisant, dit M. le duc de Nivernois, que nous nous amusions tous les jours à tuer des perdrix dans le parc de Versailles, et quelquefois à tuer des hommes ou à nous faire tuer sur la frontière, sans savoir précisément avec quoi l'on tue. - Hélas, nous en sommes réduits là sur toutes les choses de ce monde, répondit Mme de Pompadour ; je ne sais de quoi est composé le rouge que je mets sur mes joues, et on m'embarrasserait fort si on me demandait comment on fait les bas de soie dont je suis chaussée. - C'est dommage, dit alors le duc de La Vallière, que Sa Majesté nous ait confisqué nos dictionnaires encyclopédiques, qui nous ont coûté chacun cent pistoles : nous y trouverions bientôt la décision de toutes nos questions. »

   Le roi justifia sa confiscation : il avait été averti que les vingt et un volumes in-folio, qu'on trouvait sur la toilette de toutes les dames étaient la chose du monde la plus dangereuse pour le royaume de France ; et il avait voulu savoir par lui-même si la chose était vraie, avant de permettre qu'on lût ce livre. Il envoya sur la fin du souper chercher un exemplaire par trois garçons de sa chambre, qui apportèrent chacun sept volumes avec bien de la peine.

   On vit à l'article « Poudre » (2) que le duc de La Vallière avait raison ; et bientôt Mme de Pompadour apprit la différence entre l'ancien rouge d'Espagne dont les dames de Madrid coloraient leurs joues et le rouge des dames de Paris.

   Chacun se jetait sur les volumes comme les filles de Lycomède (3) sur les bijoux d'Ulysse ; chacun y trouvait à l'instant tout ce qu'il cherchait. Ceux qui avaient des procès étaient surpris d'y voir la décision de leurs affaires. Le roi y lut tous les droits de sa couronne.

   « Mais vraiment, dit-il, je ne sais pourquoi on m'a dit tant de mal de ce livre. - Eh ! ne voyez-vous pas, Sire, lui dit le duc de Nivernois, que c'est parce qu'il est fort bon ? On ne se déchaîne contre le médiocre et le plat en aucun genre. Si les femmes cherchent à donner du ridicule à une nouvelle venue, il est sûr qu'elle est plus jolie qu'elles. »

   Pendant ce temps-là on feuilletait ; et le comte de C.. dit tout haut :

   « Sire, vous êtes trop heureux qu'il se soit trouvé sous votre règne des hommes capables de connaître tous les arts, et de les transmettre à la postérité. Tout est ici, depuis la manière de faire une épingle jusqu'à celle de fondre et de pointer vos canons, depuis l'infiniment petit jusqu'à l'infiniment grand. Remerciez Dieu d'avoir fait naître dans votre royaume ceux qui ont servi ainsi l'univers entier. Il faut que les autres peuples achètent l'Encyclopédie ou qu'ils la contrefassent. Prenez tout mon bien si vous voulez, mais rendez-moi mon Encyclopédie. - On dit pourtant, répartit le roi, qu'il y a bien des fautes dans cet ouvrage si nécessaire et si admirable. - Sire, reprit le comte de C.., il y avait à votre souper deux ragoûts manqués ; nous n'en avons pas mangé et nous avons fait très bonne chère. Auriez-vous voulu qu'on jetât tout le souper par la fenêtre, à cause de ces deux ragoûts ? »

   Le roi sentit la force de la raison ; chacun reprit son bien ; ce fut un beau jour.

   L'envie et l'ignorance ne se tinrent pas pour battues ; ces deux sœurs immortelles continuèrent leurs cris, leurs cabales, leurs persécutions : l'ignorance en cela est très savante.

   Qu'arriva-t-il ? Les étrangers firent quatre éditions de cet ouvrage français proscrit en France, et gagnèrent dix-huit cent mille écus.

   Français, tâchez dorénavant d'entendre mieux vos intérêts. » 

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Notes

(1) Domestique : ici gentilhomme attaché à la maison royale dans des fonctions importantes.

(2) Poudre : cet article figure dans le tome XII, paru en 1765 : or, la marquise est morte en 1764.

(3) Lycomède : roi de l'île de Scyros (mer Égée). La divinité Thétis lui avait confié son fils Achille pour qu'il échappe à la guerre de Troie. Ulysse le découvrit sous son déguisement de femme parmi les filles du roi car il fut le seul à ne pas se précipiter sur des bijoux apportés.

2) Fâcherie

   Mme de Pompadour, ouverte à l'esprit des philosophes, soutient donc le jeune Voltaire, en dépit de son royal amant qui se méfie de tous les littérateurs.

   Lorsqu'elle met en place le « Théâtre des Petits Cabinets », elle choisit l'une de ses pièces, L'Enfant prodigue. Voltaire, trop sûr de lui, compose alors ces vers :

« Ainsi donc vous réunissez

Tous les arts, tous les goûts, tous les talents de plaire ;

Pompadour, vous embellissez

La Cour, le Parnasse et Cythère.

Charme de tous les cœurs, trésor d'un seul mortel,

Qu'un sort si beau soit éternel !

Que vos jours précieux soient marqués par des fêtes !

Que la paix dans nos champs revienne avec Louis !

Soyez tous deux sans ennemis,

Et tous deux gardez vos conquêtes. »

   Louis XV se fâche, soutenu par sa fille aînée, Mme Adélaïde, indignée qu'on « ose comparer les conquêtes du roi à celles de la Pompadour. » La favorite se garde d'intervenir.

   Voltaire s'enfuit au château de Cirey puis à Lunéville, en compagnie de Mme du Châtelet. C'en est fini de son amitié avec la favorite.

II. Marmontel

Marmontel (Roslin)   Marmontel raconte ici une visite intéressée à Mme de Pompadour en compagnie de l’abbé de Bernis - qui deviendra ambassadeur, ministre des affaires étrangères, archevêque et cardinal - et de Duclos - homme de lettres qui mourra secrétaire perpétuel de l’Académie française -.

   « L’abbé de Bernis et Duclos allaient la voir ensemble tous les dimanches ; et, comme ils avaient l’un et l’autre quelque amitié pour moi, j’allais en troisième avec eux. Cette femme, à qui les plus grands du royaume et les princes de sang eux-mêmes faisaient la cour à sa toilette, simple et bourgeoise, qui avait eu la faiblesse de vouloir plaire au roi et le malheur d’y réussir, était dans son élévation la meilleure femme du monde. Elle nous recevait tous les trois familièrement quoique avec des nuances de distinction très sensibles. A l’un elle disait d’un air léger et d’un parler bref : « Bonjour, Duclos » ; à l’autre, d’un air et d’un ton plus amical : « Bonjour, Abbé » en lui donnant parfois un petit soufflet sur la joue ; et à moi, plus sérieusement et plus bas : « Bonjour Marmontel ». L’ambition de Duclos était de se rendre important dans sa province de Bretagne ; l’ambition de Duclos de l’abbé de Bernis était d’avoir un petit logement dans les combles des Tuileries et une pension de cinquante louis sur la cassette ; mon ambition à moi était d’être occupé utilement pour moi-même et pour le public sans dépendre de ses caprices. C’était un travail assidu et tranquille que je sollicitais. « Je ne me sens pour la poésie qu’un talent médiocre, dis-je à Mme de Pompadour ; mais je crois avoir assez de sens et d’intelligence pour remplir un emploi dans les bureaux ; et quelque application qu’il demande j’en suis capable. Obtenez, madame, qu’on en fasse l’épreuve ; j’ose vous assurer que l’on sera content de moi. » Elle me répondit que j’étais né pour être homme de lettres ; que mon dégoût pour la poésie n’était qu’un manque de courage ; qu’au lieu de quitter la partie, il fallait prendre ma revanche, comme avait fait plus d’une fois Voltaire, et me relever, comme lui, d’une chute par un succès. Je consentis, pour lui complaire, à m’exercer sur un nouveau sujet. Mme de Pompadour me demandait souvent où en était ma nouvelle pièce ; elle voulut la lire lorsqu’elle fut finie, et, avec assez de justesse, elle y fit quelques critiques de détail, mais l’ensemble lui parut bien.

   Il me revient ici un souvenir qui va peut-être égayer un moment le récit de mon infortune. Tandis que le manuscrit de ma pièce était encore dans les mains de Mme de Pompadour, je me présentai un dimanche à sa toilette, dans ce salon où refluait la foule des courtisans qui venaient d’assister au lever du roi. Elle en était environnée, et soit qu’il y eût quelqu’un qui lui choquât la vue, soit qu’elle voulût faire diversion à l’ennui que tout ce monde lui causait, dès qu’elle m’aperçut : « J’ai à vous parler », me dit-elle ; et quittant sa toilette, elle passa dans son cabinet où je la suivis. C’était tout simplement pour me rendre mon manuscrit, où elle avait crayonné ses notes. Elle fut cinq à six minutes à m’indiquer les endroits notés et à m’expliquer ses critiques. Cependant tout le cercle des courtisans était debout autour de la toilette, à l’attendre. Elle reparut, et moi, cachant mon manuscrit, je vins modestement me remettre à ma place. Je me doutais bien de l’effet qu’aurait produit un incident si singulier ; mais l’impression qu’il fit sur les esprits passa de très loin mon attente. Tous les regards se fixèrent sur moi ; de tous côtés, on m’adressa de petits saluts imperceptibles, de doux sourires d’amitié et, avant de sortir du salon, je fus invité à dîner au moins pour toute la semaine. Le dirai-je ? Un homme titré, un homme décoré, avec qui j’avais dîné quelquefois chez M. de la Popelinière (1), le M. D. S. (2), se trouvant à côté de moi, me prit par la main et me dit tout bas : « Vous ne voulez donc pas reconnaître vos anciens amis ? » Je m'inclinai, confus de sa bassesse, et je me dis en moi-même : « Oh ! qu'est-ce donc que la faveur, si son ombre seule me donne une si singulière importance ? » (Mémoires d'un père, tome I, livre IV).

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Notes  

(1) La Popelinière : fermier général recevant dans sa maison de Passy des écrivains et des gens du monde. Marmontel était son protégé.

(2) Initiales d'un grand seigneur non identifié.

Mme de Pompadour et le théâtre

   Le théâtre est à la mode et chaque grand bourgeois veut avoir son théâtre privé. Les amateurs se produisent dans un cadre restreint, devant un petit cénacle de spectateurs choisis. On reste entre soi et l'on tend à la microsociété dont on se flatte de faire partie, un miroir où s'admirer et se railler tour à tour. A Etiolles, avant de devenir la maîtresse du roi, Mme de Pompadour s'adonnait déjà aux plaisirs du théâtre.

   Ainsi, elle crée le théâtre dit « des Cabinets ou des Petits Appartements » qui dure trois saisons, de 1747 à 1750. La saison théâtrale, relativement courte, commence à l'automne, s'interrompt pour le carême et reprend ensuite pour cesser aux beaux jours. Au total, on donne 95 représentations : comédies, opéras, la tragédie Alzire de Voltaire (encore apprécié à la cour à cette époque). Elle se ménage ainsi habilement la surintendance de l'Opéra et donne aux acteurs une consistance et une considération nouvelles.

   Mais la cour vit mal cette initiative soutenue par Louis XV qui, une fois de plus, se divertit en privé alors que le roi se doit au public : « Dans la société de cour, tout est public, parce que tout geste est chargé de signification. Lorsque quelque élément que ce soit cesse d'être public, l'ensemble du système de significations est ébranlé. Le caractère privé du théâtre de Mme de Pompadour, le fait que d'autres règles que celle de l'étiquette, fussent-elles celles de l'amitié ou de la communauté des goûts, président au choix des participants et des invités est une fêlure dans la structure même du système ; et il n'est pas insignifiant que ce soit un duc [Richelieu] qui s'y oppose. Louis XV fragilise son autorité en lui donnant tort » écrit Philippe Beaussant.

   Le théâtre est en effet une activité éminemment sociale et le roi est coupable de ne pas partager ce plaisir avec les courtisans, d'autant que l'initiative de ce théâtre privé vient d'une Parisienne, d'une bourgeoise, à qui la spécificité de la société curiale reste étrangère, même si elle parvient à en assimiler en partie les usages.

   Sachons par ailleurs que Louis XV s’ennuie au théâtre. Mais il s’ennuie partout...

Sources : Philippe Beaussant, Les Plaisirs de Versailles, Fayard, 1996.  

Mme de Pompadour et les peintres

   Innombrables sont les portraits de Mme de Pompadour. Son peintre favori fut Boucher qui devint un véritable ami. Il exécuta pour elle une Suite chinoise, La Toilette de Vénus, Vénus consolant l’Amour et un portrait, tout comme La Tour. Elle encouragea Vien (Visitation), Cochin (qui lui dessina un Panorama de Rome). Nattier en fit sa Diane. Van Loo la représenta en Sultane (portant un pantalon bouffant).       

Analyse du portait de Mme de Pompadour par Boucher ici

Analyse du portrait de Mme de Pompadour par La Tour ici

   Il est intéressant de comparer les deux visions.

Mme de Pompadour et les sculpteurs

Vertumne et Pomone (Lemoyne)   Les sculpteurs lui doivent également beaucoup : la Pomone de Lemoyne (1760), l’Amitié de Pigalle, la Musique de Falconet, la Diane de Tassaert, l’Abondance d’Adam. 

   Pomone est un hommage à la relation entre le roi et la favorite : le sculpteur évoque le triomphe de Mme de Pompadour à Versailles dans le rôle de Pomone, nymphe protectrice des fruits, séduite par Vertumne dont elle serait la femme, selon la légende d'Ovide. L'opéra Vertumne et Pomone est représenté le 15 janvier 1749.

Un ministère des Beaux-Arts

   Par le truchement du ministère de la culture de l’époque, la Direction générale des Bâtiments, elle fit de son oncle Tournehem le successeur d’Orry en 1745 et de son frère le survivancier en 1747 puis son titulaire de 1751 à 1773. Abel Poisson, marquis de Marigny, s’était fait marquis de Vandières (« marquis d’avant-hier », ricanait-on). Elle l’envoya à Rome à l’Académie de France entre 1749 et 1751, en compagnie de l’abbé Le Blanc et du jeune architecte Soufflot. Durant ses trois années de formation, il put découvrir les ruines d’Herculanum et de Pompéi, admirer la Renaissance, s'initier à l’architecture du Palladio. Il en revint plein d'idées et de projets et fut un précurseur du néo-classicisme.

   Associé à sa sœur, il épaula Soufflot et Vien, encouragea et protégea Chardin, Doyen, Pigalle, Vernet, Boucher, Van Loo. Il donna à Natoire la direction de l’Académie de France à Rome, ordonna la reprise des travaux du Louvre, obtint que la nouvelle église Sainte-Geneviève soit construite par Soufflot. Au goût féminin de sa sœur, il opposa la peinture du Grand Siècle et la grande peinture d’histoire (cf. Le Brun).

Sources : Louis XV, François Bluche, Perrin, 2000.

Mme de Pompadour et la porcelaine de Sèvres

   Elle se tourna vers la manufacture de porcelaine de Vincennes, alors en pleine déconfiture financière, et la fit transporter à Sèvres, au pied de son château de Bellevue - où habitèrent plus tard les filles de Louis XV et qui fut détruit à la Révolution - et s'attacha à la développer, en faisant une vitrine pour son mécénat artistique.

   Elle en soutint le financement, surveilla de près le travail, exigea la qualité, fit profiter les maîtres faïenciers de son goût très sûr, encouragea les initiatives, créa des modèles et surtout, ce qui est très nouveau, assura ce que nous appelons aujourd'hui la « promotion » de la production.

   La vaisselle plate d'or et d'argent était jusque-là le signe irremplaçable de la grandeur et de la richesse. Profitant des restrictions financières imposées par la guerre de Sept Ans, elle mit à la mode - du moins à la cour et dans la noblesse - la vaisselle de porcelaine.

   La France se libéra ainsi de la concurrence étrangère et bientôt toute l'Europe s'arracha services de table, vases et figurines, tandis que la marquise donnait son nom à une qualité particulière de rose, le « rose Pompadour ».

Bref historique de la porcelaine de Vincennes devenue porcelaine de Sèvres

Vase en porcelaine de SèvresLe rose Pompadour

   En 1738, Gilles et Robert Dubois, ouvriers transfuges de la Manufacture de Chantilly, reçoivent l'autorisation de s'installer dans les locaux inoccupés de la tour du Diable à Vincennes. Hautement protégés, ils découvrent avec leur ami Gravant le secret de la pâte tendre et achètent celui de la technique d'application de l'or à un bénédictin de Saint-Martin-des-Champs, ce qui leur fait obtenir un privilège en 1745 et le titre de Manufacture Royale en 1753. L'emploi de l'or est une prérogative exclusive de Vincennes, tandis que l'usage de riches fonds colorés rend la Manufacture encore plus célèbre.

   Le « rose Pompadour » y est perfectionné et le « bleu céleste » donne le fameux « bleu de Sèvres » en 1763. L’adoption du « biscuit » en 1752 permet une grande innovation au niveau de la forme. On livra à Louis XV un service composé de 1744 pièces à fond bleu céleste et décor de bouquets polychromes. C’est en 1756 sur l’initiative de Mme de Pompadour que la manufacture déménagea à Sèvres.

Plus tard, tous les ans, les pièces de porcelaine sorties de la manufacture royale sont exposées dans les salons du château de Versailles. Louis XVI semble prendre plaisir à ce déballage et à ce remballage, puisqu'il note dans son journal : « Arrivée des porcelaines ; vu, sur la terrasse, un homme qui faisait des vers à cheval ; vu un faiseur de tours à la petite écurie ; départ des porcelaines... »

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