« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Sur M-Antoinette (Chénier)

   Voici un poème peu connu d'André Chénier sur la reine Marie-Antoinette : 

 « Mère du vain caprice et du léger prestige,

La fantaisie ailée autour d'elle voltige,

Nymphe au corps ondoyant, né de lumière et d'air,

Qui, mieux que l'onde agile ou le rapide éclair,

Ou la glace inquiète au soleil présentée,

S'allume en un instant, purpurine, argentée,

Ou s'enflamme de rose, ou pétille d'azur.

Un vol la précipite, inégal et peu sûr.

 La déesse jamais ne connut d'autre guide.

 Les Rêves transparents, troupe vaine et fluide,

D'un vol étincelant caressent ses lambris.

 Auprès d'elle à toute heure elle occupe les Ris.

L'un pétrit les baisers des bouches embaumées ;

L'autre, le jeune éclat des lèvres enflammées ;

L'autre, inutile et seul, au bout d'un chalumeau

En globe aérien souffle une goutte d'eau.

La reine, en cette cour qu'anime la folie,

Va, vient, chante, se tait, regarde, écoute, oublie,

Et, dans mille cristaux qui portent son palais,

Rit de voir mille fois étinceler ses traits. »

(André Chénier, « Sur la frivolité »)

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   Pr ailleurs, Sainte-Beuve admire André Chénier et cite volontiers un de ses poèmes sur Versailles dont voici la première strophe :

« Ô Versailles, ô bois, ô portiques !

Marbres vivants, berceaux antiques,

Par les dieux et les rois Élysée embelli.

À ton aspect dans ma pensée,

Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée,

Coule un peu de calme et d'oubli. »

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