Chez Beaumarchais

Beaumarchais (Nattier, 1755)

   Beaumarchais, censuré en son temps est devenu un classique dans les manuels scolaires. Il fricote pas mal dans divers milieux plus ou moins louches mais enfin, mais enfin... L'auteur du Barbier et du Mariage sait de quoi il parle et analyse finement la psychologie féminine.

   Sans doute Beaumarchais a-t-il mis beaucoup de lui-même dans cette tirade de Figaro (Le Mariage) : « Ô bizarre suite d'événements ! Comment cela m'est-il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d'autres ? Qui les a fixées sur ma tête ? Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, comme j'en sortirai sans le vouloir, je l'ai jonchée d'autant de fleurs que ma gaieté me l'a permis : encore je dis ma gaieté sans savoir si elle est à moi plus que le reste, ni même quel est ce moi dont je m'occupe : un assemblage informe de parties inconnues ; puis un chétif être imbécile ; un petit animal folâtre ; un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les goûts pour jouir, faisant tous les métiers pour vivre ; maître ici, valet là, selon qu'il plaît à la fortune ; ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux... avec délices ! orateur selon le danger ; poète par délassement ; musicien par occasion ; amoureux par folles bouffées, j'ai tout vu, tout fait, tout usé. »

   Certains, quelque peu inconséquents, analysent ses textes comme des prémisses à la Révolution... Il faudrait nuancer ce jugement.

   « Que s’est-il passé au théâtre entre l’âge d’or du classicisme et la bataille d’Hernani ? Un inventaire superficiel de l’histoire littéraire ne laisse apercevoir que ceci : deux génies de la comédie, un projet ambitieux, mais voué à l’échec et l’interminable décadence du classicisme. Marivaux et Beaumarchais paraissent isolés par leur réussite même, par leur singularité qui interdit de les rattacher trop nettement à quelque mouvement que ce soit ; le projet ambitieux, moral, esthétique, et pour tout dire, philosophique qui se perd dans les sables est celui de Diderot, l’invention du drame (…) Mais si, détournant le regard et le portant vers l’histoire du théâtre et l’esthétique dramatique, on considère la place du spectacle dans la vie sociale et intellectuelle du XVIIIe siècle, le contraste est frappant. » (Pierre Frantz, L’esthétique du tableau dans le théâtre du XVIIIème siècle, PUF, Paris 1998)

   Et, pour conclure, deux citations de Beaumarchais :

   « Boire sans soif et faire l'amour en tous temps, madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes.»

   « J’ai pensé, je pense encore qu'on n'obtient ni grand pathétique, ni profonde moralité, ni bon et vrai comique au théâtre, sans des situations fortes qui naissent toujours d'une disconvenance sociale dans le sujet qu'on veut traiter. » (Préface du Mariage de Figaro).

Signature de Beaumarchais* * *

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