« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

La Mère coupable

La Mère coupable (Beaumarchais)   Beaumarchais écrivit Le Barbier de Séville en 1775, La Folle journée ou le Mariage de Figaro en 1784 et La Mère coupable en 1792. La trilogie était au programme de l'agrégation de Lettres 2016.  

   Naturellement, Le Mariage entretient des liens étroits avec la dernière pièce de la trilogie, La Mère coupable. On y découvre en effet que Rosine a fini par céder aux avances de Chérubin, un mauvais sujet devenu libertin (comme Figaro l’avait prévu dans Le Mariage) ; elle a même eu un enfant de lui. Figaro et Suzanne ont vieilli ensemble : ils s’aiment toujours et servent toujours le couple déchiré des Almaviva On a donc affaire aux mêmes personnages qui ont vieilli. Là s’arrêtent cependant les rapprochements entre la deuxième et la troisième pièce, La Mère coupable étant un drame bourgeois relativement sinistre et pétri de bons sentiments, où l’on peine à reconnaître l’esprit, la gaieté, la folle joie des autres pièces. Beaumarchais était parfaitement conscient d’avoir écrit une trilogie : il parle même du « roman de Figaro », dont les trois pièces racontent en effet l’histoire.  

   Le vieillissement est donc le sujet central de sa dernière pièce à laquelle Charles Péguy, dans Clio, accorde une grande importance. Donnant la parole à l’Histoire, il lui fait dire : « Je vois qu’on ne parle jamais de cette Mère coupable. C’est pourtant une pièce fort curieuse […]. Si j’étai professeur d’histoire de France et peut-être d’histoire du monde, je ferais lire cette pièce à mes élèves [...]. Je leur lirais d’abord les deux comédies ; et ensuite je leur lirais le drame […]. Rien ne permettrait autant de mesurer la différence du temps, la différence de ton, enfin ce qui fait proprement l’histoire et l’âge et l’événement d’un peuple et du monde. Je voudrais donner à mes élèves le goût même, la saveur pour ainsi dire physique de ce que c’était que 1775, 1784, 1792 : je leur lirais simplement ces trois pièces. »

   Le titre exact de la pièce est L’Autre Tartuffe ou La mère coupable. Il s’agit donc de démasquer un « Tartuffe de la probité » et celui du libertinage : les masques tombent, apparaissent la faute et la culpabilité, conséquences de la débauche.

   Le thème de l’enfant naturel et du remords est esquissé dans Le Mariage :

- Bartholo : Des fautes si connues ! une jeunesse déplorable !

- Marceline, s’échauffant par degrés : Oui, déplorable, et plus qu’on ne croit ! Je n’entends pas nier mes fautes, ce jour les a trop bien prouvées ! mais qu’il est dur de les expier après trente ans d’une vie modeste ! […] Tel nous juge si sévèrement, qui peut-être en sa vie a perdu dix infortunées ! »

   Figaro verse quelques larmes mais se réjouit surtout de ne pas épouser Marceline sous peine d’inceste. Allons, ce sera la bien-aimée Suzanne ! Jouissons de la vie ! Les plaisirs du présent sollicitent l'attention des personnages.   

   Dans La Mère coupable, en revanche, l’intrigue s’attarde sur les événements du passé qui hante la conscience de chaque personnage. Après le plaisir, vient sa punition : il faut expier le péché. Point d’enfant dans Le Mariage ; Sade ne dit-il pas : « Ne faites jamais d’enfants, rien ne donne moins de plaisir » ? L’enfant, c’est le gage de l’union, élevé au statut de vertu citoyenne sous la Révolution. La comtesse a eu un fils légitime, un libertin qui vient de se faire tuer dans un duel puisque il ne saurait survivre, par ses vices, à l’Ancien Régime, et un fils adultère de Chérubin, Léon, vertueux et patriotique. De son côté, le comte est le père de Florestine qu’il présente comme sa pupille. Tout le monde est coupable, la comtesse pleure souvent. Sur les fautes de sa jeunesse ou bien, l’âge venant, sur l’impossibilité d’en commettre ?

Sources : Un air de liberté, Chantal Thomas, Payot, 2014.

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