Chez Marivaux

Au programme de l'agrégation de Lettres 2019 :

- La Dispute

- La Fausse suivante

- La Double inconstance   Marivaux (Van Loo)

   Le terme « marivaudage » a pris une connotation légèrement péjorative (échange de propos galants et précieux). C'est bien dommage pour Marivaux, qui inventa « la métaphysique des cœurs » ! Cependant, il ne fut pas toujours apprécié à sa juste valeur en son temps par les « grands » auteurs et il ne fut admis à l'Académie française en 1742 (soutenu par Mme de Tencin) non pas en raison de « la multitude d'ouvrages que le public a lus avec avidité » mais de « l'amabilité de son caractère. »

   Qu'est-ce donc que le marivaudage ? À la finesse de l’analyse correspond une extrême subtilité du langage. Le spectateur doit être sensible aux moindres nuances dans les termes, dans l’intonation, comme le sont les personnages eux-mêmes. Les maîtres ont le langage des salons, tandis que les valets font renaître la préciosité ridicule. Mais le marivaudage n’est pas une affectation car il n’est pas seulement un style : « C’est la solidité du fond qui soutient la précieuse fragilité de la forme », écrit Brunetière. Diderot, dans sa Lettre sur les Aveugles, écrit à propos des « écrivains qui ont l’imagination vive », songeant surtout à Marivaux : « Les situations qu’ils inventent, les nuances délicates qu’ils aperçoivent dans les caractères, la naïveté (vérité) des peintures qu’ils ont à faire, les écartent à tout moment des façons de parler ordinaires, et leur font adopter des tours de phrases qui sont admirables toutes les fois qu’ils ne sont ni précieux ni obscurs. »

   On a souvent reproché à Marivaux de traiter toujours le même sujet, à savoir la surprise de l’amour, avec de légères variantes. Il écrit lui-même : « J’ai guetté dans le cœur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l’amour lorsqu’il craint de se montrer, et chacune de mes comédies a pour objet de le faire sortir d’une de ses niches. Dans mes pièces, c’est tantôt un amour ignoré des deux amants ; tantôt un amour qu’ils sentent et qu’ils veulent se cacher l’un à l’autre ; tantôt un amour timide qui n’ose se déclarer ; tantôt enfin un amour incertain et comme indécis, un amour à demi-né, pour ainsi dire, dont ils se doutent sans en être bien sûrs et qu’ils épient au dedans d’eux-mêmes avant de lui laisser prendre l’essor. » L'obstacle à l'amour n'est donc plus extérieur (Molière) ou fatal (Racine) mais psychologique (peur, scrupule, souvenir d'une amère expérience).

   Voltaire lui reproche de « trop détailler les passions et de manquer quelquefois le chemin du cœur en prenant des routes un peu détournées » et de « peser des œufs de mouche dans des balances de toile d’araignée. »

   Ce qui n'empêche pas que sa pièce La Mère confidente soit jouée à Vienne, lors des fêtes précédant le mariage de Marie-Antoinette et du dauphin de France (15 avril 1770)...

   Après un long oubli au 19e siècle, ses œuvres ont à nouveau droit de cité sur nos scènes de théâtre. Quant à son roman La Vie de Marianne, il figurait au programme de l'agrégation de Lettres en 2015. Il en serait sans doute le premier surpris, lui dont la nonchalance n'égalait que - il faut bien le dire - l'amertume.

   Une citation : « J'ai guetté dans le cœur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l'amour lorsqu'il craint de se montrer, et chacune de mes comédies a pour objet de le faire sortir d'une de ces niches. » (Marivaux). 

   Une autre : « Lorsque je l'ai aimé, c'était d'un amour qui m'était venu ; à cette heure je ne l'aime plus, c'est un amour qui s'en est allé ; il est venu sans mon avis, il s'en retourne de même ; je ne crois pas être blâmable. » (La Double Inconstance, III, 8).

   Dans ses Pensées sur la clarté du discours (1719), Marivaux énonce son projet : il s'agit, selon lui, de « faire entrevoir » les perpétuelles et rapides « modifications » du sentiment et leur « étendue non exprimable de vivacité » par un art de la suggestion et du demi-mot qui remplace la simple déclamation des passions.  

   Giraudoux et Anouilh entre autres seront les continuateurs de Marivaux.

   Sauf mention contraire, mes sources pour Marivaux proviennent de Marivaux, Théâtre complet, Éditions du Seuil, 1964 (Préface de Jacques Scherer, Présentation et notes de Bernard Dort).  

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