Autres comédies

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Arlequin poli par l’amour

   La pièce, donnée en 1720 au Théâtre-Italien, est décisive dans la carrière dramatique de Marivaux : un seul acte construit autour d’un thème principal, celui du rôle de la passion dans l’éveil d’une âme ; d’où l’importance d’une initiation pour des êtres naïfs et les aspects artificiels des amours à la mode. Le canevas reste sans doute mince (comme le demande le Théâtre-Italien) mais le sujet est profond. Avec cette pièce, Marivaux fait évoluer le personnage d’Arlequin (jusque-là un personnage de farce), non seulement en le faisant polir par l’amour mais en le rendant bien plus complexe. Et la comédie italienne, trop conventionnelle, s’ouvre à davantage de grâce et de fraîcheur, celles d’un amour naissant. La pièce doit attendre 1892 pour entrer au répertoire de la Comédie-Française.

   Une fée se désole : elle a enlevé un jeune homme charmant dont elle est amoureuse, Arlequin, qui ne pense hélas qu’à dormir et à manger. Arlequin rencontre la bergère Silvia, qui ignore tout de la coquetterie. Le véritable amour se révèle alors à Arlequin qui raconte naïvement son émoi amoureux à la fée. Elle menace les deux amoureux de ses sortilèges. Mais Arlequin s’empare de la baguette magique. Ce n’est pas tant la magicienne dépossédée de son pouvoir surnaturel qui est vaincue, que la femme. Tout finit bien, au milieu des chants et des danses.

La Surprise de l’amour

   Ce premier chef-d’œuvre de Marivaux est créé le 3 mai 1722. L’intrigue des trois actes repose sur le souhait des deux protagonistes : Lélio et la Comtesse, c’est-à-dire Silvia. Ils ont juré de ne pas aimer pour des raisons dont on ignore tout car l’intérêt de l’œuvre se porte sur le mécanisme sentimental qui va les forcer à s’aimer, dès l’apparition du Baron. Leurs mouvements sont repris parallèlement par un couple de valets, Arlequin et Colombine (1), ceux-ci doublés à leur tour par des amoureux patoisants, Pierre et Jacqueline. D’où trois mariages en perspective. Le marivaudage en est encore à ses balbutiements mais pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.

La Fausse Suivante ou le Fourbe puni

   La pièce est créée le 8 juillet 1724. Le sous-titre annonce une comédie morale et le titre une comédie romanesque, d’autant que la fausse suivante est d’abord un faux chevalier : Silvia en prend le costume pour savoir à quoi s’en tenir sur son prétendant Lélio. Le travesti s’installe ainsi dans le théâtre de Marivaux, tradition certes romanesque, mais art essentiel du marivaudage où la morale, la psychologie et le langage relèveront chez lui d‘une technique généralisée du travesti.

Le Triomphe de l’amour

   Le titre renvoie à un opéra de Quinault et les données de la pièce aux imbroglios d’Astrate ou du Feint Alcibiade. La tragédie galante ayant élu Sparte comme son haut lieu, Marivaux fait de même pour garantir la parfaite invraisemblance du sujet. La maison de campagne où le philosophe conspirateur Hermocrate cache et élève l’héritier légitime du trône, Agis fils de Cléomène, est à un quart d’heure du palais royal où Léonide, nièce de l’usurpateur, rêve à une restauration depuis qu’elle a rencontré Agis. Mais la politique n’a que faire ici puisque l’amour se charge de tout. Tromperies et mensonges ne s’accumulent qu’au service de la seule vérité qui soit, celle de l’amour. Rien de lourd dans cette comédie faussement antique : les « hallebardiers […] et pis des soudards et pis des carrioles dorées » restent « au bas du jardin ». Nul cortège royal ne contrecarre celui des sentiments

Le Legs

   Créée à la Comédie-Française, le 11 juin 1736, cette pièce en un acte… et 25 scènes connaît un grand succès, dont l’argent, étrangement, est le principal ressort : calculs sordides autour d’un héritage qui n’intéresse la noblesse que s’il est déjà gagné, sinon elle déroge.

L’Épreuve

   Encore une variation en un acte sur un schéma cher à Marivaux (un jeune homme, Lucidor, veut savoir s’il est aimé et pour cela met une jeune fille, Angélique, à l’épreuve) et sur un thème qui lui est familier (on ne sent violemment l’amour que dans la souffrance). Lucidor, fils d’un riche négociant, veut s’assurer que l’amour d’Angélique, d’origine humble, est désintéressé. Il lui propose donc un parti avantageux venu de Paris en la personne de son valet Frontin déguisé en « habit de maître ». Épreuve cruelle : même si Lucidor est disposé ensuite à réparer le mal qu’il fait à Angélique, son attitude n’est pas exempte d’un certain sadisme (avant la lettre). C’est l’actrice Silvia, seule survivante de la troupe italienne qui avait joué Arlequin poli par l’amour vingt ans auparavant, qui interprète le rôle d’Angélique dans cette comédie de 1740 qui marque l’adieu de Marivaux aux Comédiens Italiens. Reçu à l’Académie Française, Marivaux donne désormais ses pièces, plus rares d’ailleurs, au Théâtre-Français (notre Comédie Française). Cette pièce révèle l’intérêt croissant de l’auteur pour la disparité des conditions de fortune. Alors que Les Fausses Confidences montrent l’ascension sociale d’un jeune homme séduisant mais dépourvu de fortune, L’Épreuve met en scène la fille du concierge du château appartenant à Lucidor. Mais tout est bien qui finit bien : Angélique épousera par amour son riche Lucidor... La pièce est inscrite au répertoire de la Comédie-Française depuis 1793, la même année que Les Fausses Confidences.

Sources : Dictionnaire de la Littérature française, 18e siècle, op. cit.

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(1) On pense au Dépit amoureux, de Molière.

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