Le renouvellement de la comédie au 18e siècle

   Si la tragédie décline dans la première moitié du siècle (cf. Voltaire), la comédie est renouvelée par Lesage (Turcaret, 1709) et surtout Marivaux (1688-1763), puis Beaumarchais à la fin du siècle.

   Deux traits essentiels caractérisent le théâtre de Marivaux : la fantaisie, qui place l’action dans une société idéale et l’analyse subtile de l’amour, qui est le fond même de ses pièces. Il ne s’agit pas d’un amour mystique, passionné ou romanesque, mais un sentiment naturel, exempt de tragique, au manège compliqué, ce que Voltaire nomme le « marivaudage ».   Amour délicat, scrupuleux, timide, qui craint de se révéler, se créant à lui-même des obstacles, ne se découvrant que malgré lui. Malentendus créés nécessairement par deux cœurs qui se cherchent dans les réticences et les bouderies, dans les retards de l’aveu, bref dans tout un jeu de cache-cache sentimental. Psychologie subtile et nuancée qui s’accorde au style léger, souple, mobile et raffiné.   

   L’œuvre de Marivaux, ami de Fontenelle et contemporain de Watteau, fond curieusement la liberté d’esprit du premier avec le charme délicat de l’autre. On connaît assez mal sa vie. Ruiné par le système de Law, il crée des « journaux d’observation morale » qui font faillite, écrit des romans inachevés (La Vie de Marianne et Le Paysan parvenu) et trouve finalement la gloire avec son théâtre.   

   Il travaille surtout pour la Comédie-Italienne, rétablie par le Régent en 1716, où il se trouve plus libre qu’à la Comédie-Française. Le public y vient seulement pour se divertir par des scènes qu’il n’aurait pas tolérées sur la scène de la comédie classique.

   On peut parler en ce qui le concerne de « comédie amoureuse », si du moins il faut le classer dans un genre. Ajoutons qu’il est un spécialiste du cœur féminin avant tout, avec ses Angélique, Silvia ou Amarinte.    

   On a pu dire de Marivaux : « C’est un Racine en miniature. » À discuter évidemment selon les modalités suivantes à développer :

* Étude de l’amour chez les deux, surtout chez les femmes

* Mais (et surtout) grandes différences, outre le tragique vs comique   

- amour-tendresse chez Marivaux qui peut durer toute une vie / amour-passion chez Racine qui aboutit à des catastrophes, un amour fatal, menacé et victime.

- amour sincère et vertueux chez de jeunes gens / amour violent dans ses états de crise aiguë ou d‘angoisse.

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