Julie ou La Nouvelle Héloïse

 Julie ou La nouvelle Héloïse

   Julie ou La Nouvelle Héloïse (Rousseau) est un best-seller absolu pour l'époque. On compte 50 000 lecteurs en trois ou quatre langues. C’est le plus grand succès de librairie du siècle : plus de cinquante éditions en quarante ans. Au sujet de cet ouvrage, le baron Melchior von Grimm écrit dans sa Correspondance littéraire : « Les femmes passaient à le lire les nuits qu’elles ne pouvaient pas mieux employer et fondaient en larmes. C’est là que Rousseau ose ce que jamais nul romancier n’avait imaginé : rendre deux amants heureux avant la fin du premier volume lorsqu’il en reste trois, dont tout autre n’aurait su que faire. »

   Il est lu dans toute l’Europe cultivée, notamment en Allemagne après sa traduction, soit en 1765, où il devient le bréviaire des jeunes préromantiques allemands. « Le sentiment est tout », dira Faust et Goethe écrira son Werther. Le sentiment de la nature et la description des paysages ravissent l’âme germanique.

   Rousseau écrit son roman chez Madame d’Épinay, la maîtresse de Grimm, à l’Ermitage, situé au milieu de la forêt de Montmorency. Commencée en 1756, La Nouvelle Héloïse est terminée en 1758 et paraît en 1761 sous le titre Julie ou la Nouvelle Héloïse. Lettres de deux amants, habitants d’une petite ville au pied des Alpes. Rousseau fait ici allusion à l’histoire d’Héloïse (1101-1164) qui épouse secrètement son précepteur, le théologien Abélard (1079-1142), doit renoncer à son amour et devient abbesse du Paraclet, monastère fondé par Abélard.

   Ce séjour à l’Ermitage d’Ermenonville, à partir de 1756, permet à Rousseau d’expérimenter son amour de la paix et de la vie champêtre qu’il intègrera dans ses ouvrages du moment. Notamment dans ce roman, entorse à son hostilité avouée pour ce genre littéraire, qui lui est comme imposé par les circonstances et lui offre une sorte de revanche sur sa vie sentimentale (il aime vainement Sophie d’Houdetot) : « L’impossibilité d’atteindre aux êtres réels me jeta dans le pays des chimères », écrira-t-il dans les Confessions (livre IX). Et l’incipit de la préface, d’une agressivité orgueilleuse, est clair : « Il faut des spectacles aux grandes villes, et des romans aux peuples corrompus. »

   Quels sont les éléments à l’origine du grand succès de l’ouvrage ? Ils sont dans l’air du temps : sensibilité, épanchement des sentiments, nature, idéal de vie rustique, solitude, vertu et conscience morale.

   Une phrase à retenir : « Fatal présent du ciel qu’une âme sensible. » (Saint-Preux dans La Nouvelle Héloïse, Lettre XXVI).

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