« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Bon à savoir sur les Liaisons

   Ces notes de lecture proviennent de la préface des Liaisons dangereuses de l’édition commentée par Béatrice Didier.

   * La littérature du moi, qui prend son essor au moment même des Liaisons, est redevable à la pratique religieuse des confessions et des lettres de direction. Le journal intime entretient des liens évidents avec l’examen de conscience, prélude à la confession (qui est un sacrement important). Univers encore très marquée par les structures religieuses (« retraite austère et éternelle » : lettre LXII de la mère de Cécile) et imprégné de culture chrétienne.

   * Les six premiers Livres des Confessions de Rousseau paraissent la même année que Les Liaisons (1782). Pas un hasard, air du temps.

   * Liens entre lettres et autobiographie : cf. Michel Foucault qui a vue dans les lettres de direction des stoïciens et des premiers Pères de l’Église l’apparition de la littérature du moi en Occident.

   * Lettres de direction très pratiquées aux 17e et 18e siècles.

   * Dans les Lettres, les ravages de la passion charnelle = les tragédies de Racine. Sentiments et passions => catastrophes. Critique de ce courant sensible (et vertueux) du siècle des Lumières et de toute forme d’exaltation morale.

   * Critique de l’éducation donnée dans les couvents : elle contrarie la nature et ne prépare pas à la vie en société. Les femmes sont laissées dans un état d’enfance.

   * Conséquences inquiétantes de la remise en question du code moral et de la corruption du monde.

   * Fonctionnement en vase clos d’une société oisive et totalement stérile : « Tremblez surtout pour ces Factions dans leur oisiveté, que vous nommez sensibles (cf. supra), et dont l’amour s’empare si facilement et avec tant de puissance. » (Merteuil, Lettre LXXXI) Privilégiés qui ont du temps et de l’argent : la seule distraction, dans les salons mondains, est le qu’en-dira-ton et les potins.

   * Lettres polyphoniques # roman épistolaire de La Vie de Marianne, où les lettres sont si longues qu’on l’oublie, d’autant qu’il n’y a pas de réponse => Roman monodique.

   * Différence entre les valeurs de la conscience noble officiellement respectée (sens de l’honneur, vertu) et le triomphe de la conscience vile (argent).

   * Malheurs : instruments de la Providence pour rabattre la superbe des uns et des autres.

   * Dilemme : montrer le vice pour inciter à la vertu ? Mais à force de montrer la vertu, n’a-t-on pas envie de vice ?

   * Rhétorique des sermonnaires : lien entre sentiment religieux et cette rhétorique qui permet une dramatisation de ce sentiment => souffle, élan, grandeur (cf. Bossuet, Massillon). Splendeur du 17e dans l’éloquence sacrée (moindre au 18e).

   * Les Mémoires s’affirment dans la première moitié du 18e siècle : elles sont propres à l’analyse intérieure ; s’y ajoute une dimension historique (Saint-Simon) ou pseudo-historique et racontent souvent une ascension sociale (Mémoires de Mme de Staal-Delaunay).

   * Roman épistolaire correspond à l’état de la société, siècle d’extrême sociabilité, lettres prennent le relais de la conversation dès que les interlocuteurs sont éloignés. Qualité littéraire de ces lettres, tenue et qualité du style car les lettres sont le produit d’une société dont les codes sont parfaitement formulés, aussi bien au niveau des règle sociales que des règles de grammaire. Rôle des confidences, du secret, de l’intimité => cf. le récit autobiographique du 19e siècle.

   * Au 18e, activité des hommes (et des femmes !) de lettre sont encore vues comme une déchéance dans la noblesse.

   * La licence des mœurs s’oppose à la conscience des interdits dans une société qui n’a pas encore rompu avec l’idéal moral et religieux de l’Ancien Régime.

   * Importance du théâtre et de l’Opéra, métaphores de la vie sociale. Lieux de sociabilité.

   * Valmont est présenté entouré de toute une légende. Le portrait est séduisant.

   * Mme de Rosemonde réduite par l’âge à la sagesse et au rôle de spectatrice et de censeur.

Questions diverses concernant l’écriture du texte

– expression subjectivité limitée ?

– aucune stratégie narrative : le contraire de l’ère du soupçon

– écrire, ce n’est pas dire la vérité, si tant est qu’elle puisse être dite, c’est créer une réalité autre (décalage entre écriture et réel)

– écriture type de l’intellectualité (cf. registre)

– monotonie répétitive ?

– possibles narratifs ?

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