Les Liaisons dangereuses, sommet de la culture livresque ?

   Dans Le Marquis de Sade et sa complice, Jean Paulhan écrit à propos de Laclos et des Liaisons dangereuses :

   « Pour ne prendre que le rival immédiat de Sade (son concurrent en quelque sorte dans le Mal), on voit assez que Laclos est pourri de littérature – dont il tire le parti le plus malin : le plus intelligent. Les Liaisons dangereuses, c’est la joute de l’amour courtois (car tout le problème est de savoir si Valmont saura mériter Mme de Merteuil), menée par des héroïnes raciniennes (il n’y manque ni Phèdre, ni Andromaque) dans la société facile des Crébillon, des Nerciat et des Vivant Denon (car enfin tout finit assez vite par des coucheries – tout est envisagé du point de vue de la coucherie). Telle est la clé de leur mystère : les Liaisons enferment, discrètement, un petit cours d’histoire de la littérature à l’usage des grandes personnes. Car les auteurs les plus mystérieux sont en général les plus littéraires, dont l’étrangeté tient précisément à leur disparate : à cette rencontre de personnages, venus des milieux – des œuvres – les plus éloignées, et tout surpris de se rencontrer. Laclos n’a jamais pu recommencer cet effort surhumain. »

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