Mme de Lambert

Salon

Mme de Lambert   Son salon rue de Richelieu est réputé. Elle l'ouvre en 1710 et reçoit le mardi le gens de lettres, le mercredi les personnes de qualité. Mais la distinction n'est pas aussi rigoureuse. On peut citer Fontenelle, Montesquieu, Marivaux, le marquis d'Argenson, le président Hénault (amant de Mme du Deffand, autre salonnière célèbre), l'abbé de Saint-Pierre, et bien d'autres. Parmi les femmes : Mme de Staal-Delaunay, Mme Dacier, Mme d'Aulnoye, Adrienne Lecouvreur, Mme de Tencin.   

   Jusqu'en 1733, son salon, face aux divertissements frivoles de la cour de Sceaux (duchesse du Maine) et des débauches du Palais-Royal, demeure l'asile du bon goût et des beaux esprits : être admis à ses « mardis » passe pour un honneur. Au début du 18e siècle, elle fait revivre la préciosité du siècle précédent mais soutient contre les partisans des Anciens la cause des Modernes.

   Ces « mardis » commencent vers une heure de l'après-midi. On dîne. Puis s'ouvrent les « conférences académiques » sur un sujet philosophique ou littéraire. Chaque invité se doit d'émettre une opinion personnelle ou bien lit quelques fragments de ses dernières oeuvres. Le salon de Mme de Lambert est l'antichambre de l'Académie. « Elle avait fait nommer la moitié des académiciens », prétend le marquis d'Argenson.

   Les flatteurs déclarent : « Sous les traits de Lambert, Minerve tient sa cour. » Il est vrai que son salon n'est pas dépourvu d'une certaine affectation et les réunions manquent de naturel : le matin, on prépare des traits d'esprit pour l'après-midi. Elle fait des envieux qui l'accusent de tenir « bureau d'esprit ».      

   Fontenelle déclare à son propos : « Toute jeune, elle se dérobait souvent aux plaisirs de son âge pour aller lire en son particulier et elle s'accoutuma dès lors, de son propre mouvement, à faire des extraits de ce qui la frappait le plus. C'étaient déjà ou des réflexions fines sur le cœur humain, ou des tours d'expressions ingénieux, mais le plus souvent des réflexions. »   

   Les deux ouvrages cités plus bas (Avis d'une mère à son fils, 1726, Avis d'une mère à sa fille, 1728) sont des livres d'éducation manifestement inspirés des idées pédagogiques de Fénelon. Mme de Lambert écrit également des Réflexions sur les femmes. Elle s'insurge contre l'éducation limitée qu'on donne aux filles et accuse Molière « d'avoir attaché au savoir la honte qui était le partage du vice. » Il faut fortifier les femmes contre leurs passions : le vide de la pensée peut les conduire à la dépravation morale. Mais elle tient à ce qu'elles gardent le charme de leur féminité et développent leurs dons naturels. Elle ne cache pas sa dette envers Fénelon : « J'ai trouvé dans Télémaque les préceptes que j'ai donnés à mon fils et dans L'Éducation des filles les conseils que j'ai donnés à la mienne. »

   Une citation de Mme de Lambert : « J'aime beaucoup la société ; tout le monde m'écoute et je n'écoute personne. » Charmant...

Ouvrages

   Voici un extrait de la préface à l'édition des Oeuvres de madame la marquise de Lambert (1647-1733), parue en 1747 à Lausanne :

   « ...Son extrême sensibilité sur les discours du public fut mise à une bien plus rude épreuve. Elle s'amusait volontiers à écrire pour elle seule, et elle voulut bien lire ses écrits à un très petit nombre d'amis particuliers ; car quoiqu'on n'écrive que pour soi, on écrit aussi un peu pour les autres sans s'en douter. Elle fit plus, elle laissa sortir ses papiers de ses mains, sous les serments les plus forts qu'on lui fit de la fidélité la plus exacte. On viola les serments ; des auteurs ne crurent point qu'une modestie d'auteur ne peut être sincère ; ils prirent des copies qui ne manquèrent pas d'échapper. Voilà les Avis d'une mère à son fils, les Avis à sa fille imprimés, et elle se croit déshonorée. Une femme de condition faire des livres, comment soutenir cette infamie ! 

   Le public sentit bien cependant le mérite de ces ouvrages, la beauté du style, la finesse et l'élévation des sentiments, le ton aimable de vertu qui y règne partout. Il s'en fit en peu de temps plusieurs éditions, soit en France, soit ailleurs, et ils furent traduits en anglais. Mais Mme de Lambert ne se consolait point, et on n'aurait pas la hardiesse d'assurer ici une chose si peu vraisemblable, si après ces succès, on ne lui avait vu retirer de chez un libraire et payer au prix qu'il voulut, toute l'édition qu'il venait de faire d'un autre ouvrage qu'on lui avait dérobé... »

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