« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mme Favart, comédienne en sabots

La Favart joue en sabots et la Camargo raccourcit ses jupes

Mme Favart   Née en 1727, Justine Cabaret du Ronceray est la fille du maître de chapelle et d’une chanteuse de la cour du roi de Pologne. Toute jeune, elle prend le nom de Mlle Chantilly, se fait comédienne et chanteuse à Paris. Favart (1) l’engage puis l’épouse en 1745. Il dirige alors le théâtre aux armées du maréchal de Saxe, elle le rejoint. Fort galant, Maurice de Saxe (cf. son aventure avec Adrienne Lecouvreur) l’a-t-il séduite ? Nous ne le saurons jamais… Son père la fait emprisonner comme comédienne (profession tout à fait contraire aux bonnes mœurs), elle sollicite l’intervention du maréchal de Saxe qui meurt en 1750 et peut reprendre sa vie commune avec son époux, après de nombreuses mésaventures. En 1752, elle entre à la Comédie-Italienne. Elle sait tout faire, déclamer, chanter, danser et elle « brûle les planches ». Pas belle certes, mais son jeu plaît au public qui la trouve naturelle, vive et vraie, trop selon les critiques. Elle opère une véritable révolution dans le costume de théâtre, en y introduisant le naturel : elle s’habille en paysanne quand il faut, portant de petits sabots dans La Bohémienne. Ce goût pour l'authentique correspond au retour vers la nature à la fin du 18e siècle.

   Mieux encore, elle écrit, notamment Les Amours de Bastien et Bastienne (1753), parodie du Devin du village de Rousseau, ainsi que des contes dans le style de Voltaire, élégants et badins. Selon son mari, ses œuvres sont dues au « teinturier (2) », l’abbé de Voisenon, ami intime du ménage, ou encore à un certain Lourdet de Santerre pour la pièce Annette et Lubin. Quand le succès vient, Favart annonce qu’il en est l’auteur… Qu’en penser ? Difficile de démêler la part de chacun.

   Dans les dictionnaires littéraires, les œuvres sont répertoriées sus le nom de M. et Mme Favart.

Remarque : Favart, fils de pâtissier, succéda d'abord à son père auquel on doit sinon l'invention du moins la consécration des échaudées, une pâtisserie légère faite avec de la pâte pochée dans l'eau bouillante puis séchée au four.

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Notes

(1) Auteur à succès.

(2) « Nègre » dans le langage actuel.

Sources : Dictionnaire de la Littérature française, 18e siècle.

La Camargo

La Camargo (Lancret)

   La Camargo a elle aussi modernisé le costume, raccourci les robes jusqu’au mollet, ce qui provoque une grave controverse : sous sa jupe, porte-t-elle ou non un caleçon ? On croit savoir que oui... Lors de son premier passage à Paris en 1750, Casanova peut admirer la Camargo en fin de carrière (elle a 40 ans). Avec elle, c’est véritablement la naissance de la chorégraphie moderne : on substitue au divertissement acrobatique l’expression dramatique des sentiments et au ballet de cour des pas nouveaux.

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