« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

A la ferme

   La ferme de Rambouillet au 18e siècle

   Marie-Antoinette ne fut pas la seule à posséder un efreme, un hameau et une laiterie, loin de là. La laiterie de Rambouillet était très célèbre et Mesdames, filles de Louis XV, avaient également leur ferme. Rousseau faisait des émules…

   Mme de Genlis écrit dans ses Mémoires :

   « ... Chevilly (1) était un lieu charmant et ne ressemblait à aucun autre. La maison n’était qu’une ferme ornée, mais commode et charmante à habiter. Elle était placée entre une grande cour et un bois délicieux, surtout au printemps, car il était exactement tapissé de violettes doubles et de muguet […]. Il y avait dans ce corps de logis appelé La Ferme, une laiterie célèbre alors ; elle était neuve, éblouissante, tout en coquillages nacrés et en marbre blanc, et les vases en porcelaine. On y trouvait à toute heure et en abondance de la crème excellente. Le jardin de Chevilly avait, je crois, quarante arpents, il était tout entier planté d’arbres fruitiers ; sa forme était carrée et entourée de quatre terrasses élevées ; chaque terrasse bordée de rosiers superbes disposés en talus du côté du jardin et contenue par un treillage vert au bas duquel on voyait une guirlande de fraisiers entourant le jardin ; de l’autre côté de la terrasse était un mur à hauteur d’appui, au-dessus duquel on découvrait la campagne ; par-delà ce mur, était un profond fossé, faisant tout le tour du jardin et défendu par des pointes de fer. Au bout de chaque terrasse se trouvait un petit pavillon bâti en pierres de taille, renfermant un joli salon, au-dessus duquel était une terrasse à l’italienne, on y montait par un petit escalier. Au milieu de ces magnifiques vergers, s’élevait un grand pavillon bâti aussi en pierres de taille et d’une élégante architecture. L’intérieur était composé d’un très beau salon au rez-de-chaussée, élevé de cinq marches, on y entrait par une grande porte de glace, le plancher était en marbre blanc, les murs peints à fresques en paysages ; il était superbement meublé, toutes les chaises étaient recouvertes d’étoffe d’argent. Au-dessus de ce vaste salon, se trouvait un petit appartement de trois jolies pièces, c’était là notre logement ; des arbustes et des fleurs formaient autour de ce pavillon un double couronne, rompue seulement vis-à-vis de la porte de glace, pour laisser le passage libre. Ainsi, nous étions là au milieu des fleurs et des fruits de toute espèce. Très souvent on venait pendre des glaces ou faire des collations dans le salon et alors j’étais chargée d’en faire les honneurs. […] J’ai oublié de dire que dans un des côtés de la cour on voyait d’immenses volières remplies de toutes les espèces de poules les plus rares, la plus utile des collections puisqu’elle produisait d’excellents œufs. Derrière l’un des côtés du jardin, se trouvaient en outre de vastes basse-cours. J’ai vu depuis en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, etc., de superbes habitations, je n’en ai jamais vu de si riante et de si agréable à mon gré… »

La ferme de Rambouillet aujourd'hui

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Notes

(1) Petit village alors situé à 12 km de Paris au sud de Sceaux.

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