« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mmes d'Epinay et d'Houdetot

Témoignages de Mme de Genlis sur Mmes d'Epinay et d'Houdetot (Mémoires)

 Louise d'Epinay    Mme de Genlis écrit dans ses Mémoires :

« … C’était [Mme d’Épinay] alors une femme de cinquante ans, très infirme, et qui ne sortait point ; elle me demandait avec instance d’aller la voir. Sa lettre était aimable, je me décidai à lui faire une visite ; elle me reçut si bien que je promis d’y retourner. M. Grimm (1) logeait chez elle et il était toujours en tiers avec nous. Je l’avais déjà vu à Venise et, sans le trouver aimable, sa conversation me plaisait parce qu’il avait beaucoup voyagé et qu’il répondait avec complaisance à toutes mes questions. Madame d’Épinay n’avait jamais dû être jolie, ses manières manquaient absolument de noblesse ; il y avait du commérage dans son ton, mais elle était naturelle, obligeante, elle n’avait nulle pédanterie ; son esprit me parut commun et son instruction fort bornée.

  

Sophie d'Houdetot   Je rencontrai chez elle madame d’Houdetot, sa belle-sœur, beaucoup plus spirituelle qu’elle ; je la regardai avec curiosité parce que j’avais lu, dans les Confessions de J.-J. Rousseau, qu’il avait été passionnément amoureux d’elle […]. Elle me fit beaucoup d’avances et d’invitations d’aller chez elle ; elle vint chez moi et je lui rendis sa visite, à l’heure où je savais que je trouverais rassemblée dans son salon toute sa société de beaux esprits. J’y vis pour la première fois M. de Saint-Lambert (2) ; je restai là une heure et demie, fort silencieuse et fort appliquée à écouter. La conversation manquait d’agrément parce que chacun n’était occupé que du désir d’y briller. C’était le second bureau d’esprit que je voyais et je ne le trouvai pas plus amusant que celui de madame Geoffrin (3) ; j’en vis, étant à Bellechasse, un troisième qui me plut davantage... »

   Il s’agit de Mme du Deffand.

 

 

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Notes

(1) Melchior Grimm (1723-1807), d’origine allemande, vint à paris en 1749 et fut introduit par Rousseau dans le monde littéraire parisien. Il fut alors étroitement lié aux milieux philosophiques (Diderot, d’Alembert, Holbach). En 1753, il prit la direction de la Correspondance littéraire, périodique manuscrit destiné à transmettre aux princes européens les nouvelles mondaines, littéraires et philosophiques. Il était l’amant de Mme d’Épinay qui réunissait ses amis « philosophes » (notamment Diderot) dans son château de la Chevrette. Lorsqu’elle se fâcha avec Rousseau (qui se fâchait avec tout le monde…), elle écrivit un roman autobiographique, Histoire de Mme de Montbrillant, dans lequel elle le dépeint comme un « artificieux scélérat ».    

(2) Saint-Lambert, amant de Mme d’Houdetot, après avoir été celui de Mme du Châtelet qui tomba enceinte et mourut en accouchant. Rousseau resta l’amoureux déconfit. Mais en 1757, alors qu’il était en train d’écrire La Nouvelle Héloïse dans une maison de campagne que lui avait prêtée Mme d’Épinay non loin de Montmorency, Mme d’Houdetot fit inopinément irruption chez lui, son carrosse venant de s’embourber. Rousseau vit aussitôt en elle l’incarnation de son héroïne, Julie.

(3) Épouse de l’administrateur de la Compagnie des Glaces de Saint-Gobain et jouissant d’une grande fortune, Mme Geoffrin (1699-1777) régna rue Saint-Honoré, sur l’un des salons le plus brillants de Paris à partir de 1749. Rien ne prédisposait cette jeune femme d’origine bourgeoise à un tel rôle. Tout ce que Paris et l’Europe comptait parmi les écrivains, les artistes et les têtes couronnés se pressait à ses dîners. Mme du Deffand la détestait.   

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