« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Révolution et Empire

Bibliothèque de l'Arsenal au 19e siècle   Mme de Genlis ressent les prémices de la Révolution. Elle écrit en effet dans ses Mémoires :

   « Depuis longtemps la Révolution se préparait, elle était inévitable, le respect pour la monarchie était tout à fait détruit et il était bon de braver en tout le Cour et de se moquer d’elle. On n’allait faire sa cour à Versailles qu’en se plaignant et en gémissant ; on répétait que rien n‘était ennuyeux comme Versailles et la Cour, et tout ce que la Cour approuvait était désapprouvé par le public ; les pièces de théâtre applaudies à Fontainebleau étaient communément sifflées à Paris. Un ministre disgracié était sûr de la faveur du public et s’il était exilé, tout le monde s’empressait de l’aller voir, non par véritable grandeur d’âme mais pour suivre cette mode de dénigrer et de blâmer tout ce que faisait la Cour. Les finances étaient en fort mauvais état ; on imagina, pour y remédier, d’assembler les états généraux. Il n’y a rien de pis que de demander des conseils en demandant de l’argent car on reçoit toujours alors des conditions fort dures. Quelques personnes dans la société prévirent des troubles et des orages mais en général la sécurité alla jusqu’à l’extravagance. […] Je n’étais d’aucun parti que de celui de la religion. Je désirais la réforme de certains abus et j’ai vu avec joie la démolition de la Bastille, l’abolition des lettres de cachet et des droits de chasse : c’était tout ce que j’avais désiré, ma politique n’allait pas au-delà de cela. En même temps personne plus que moi n’a vu avec douleur et horreur les excès qui ont été commis dès les premiers moments de la prise de la Bastille, dont, comme je l’ai dit, je n’ai aimé que la démolition. Je n’en pensais pas moins que cet acte arbitraire du peuple était un attentat à la souveraineté légitime ; mais je ne pus me défendre d’une vive émotion, en voyant la démolition de ce terrible monument, dans lequel avaient été renfermées et même avaient péri, sans aucunes formes judiciaires, tant de victimes innocentes (1). […] J’eus aussi la curiosité de voir le club des Cordeliers (2)... »

   Acquise aux thèses révolutionnaires - par intérêt ? - elle devient « citoyenne Brûlart (3) » en 1789 mais doit cependant émigrer en Allemagne à cause de ses intrigues en faveur de Philippe-Égalité.

   Après le coup d’état du 18 brumaire (9 novembre 1799), Mme de Genlis est autorisée à rentrer à Paris. Bonaparte l'accueille favorablement, la gratifie d'une pension de six mille francs et la nomme inspectrice des écoles primaires (!). Les parvenus de la cour impériale la fréquentent pour s'enquérir de l'étiquette. En 1802, Mme de Genlis obtient un logement à la bibliothèque de l’Arsenal et y ouvre un salon littéraire. Elle reçoit des médecins, hommes de lettres, savants et belles dames : Alibert, la comtesse de Choiseul, Fontanes, l’ex-Mme Tallien (devenue Mme de Caraman), le prince Jérôme, etc. Ses Mémoires sont un témoignage intéressant sur la société d'Ancien Régime. 

Bibliothèque de l'Arsenal ici

_ _ _

Notes 

(1) Mme de Genlis écrit elle-même en note : « On sait que la plupart de ces emprisonnements avaient lieu sans que le roi en eût connaissance et que le griffe d’un ministre malintentionné suffisait pour donner à une lettre de cachet toute son extension. »  

 (2) En note, Mme de Genlis ajoute un extrait de son ouvrage Les Parvenus : « Je vis là des orateurs savetiers et portefaix, et même leurs épouses et leurs amantes, monter dans la tribune et parler avec une grande force de poitrine contre les nobles, les prêtres et même avec plus de verve encore contre les riches. Je remarquai entre autres une poissarde qui répéta plusieurs fois qu’il ne fallait plus souffrir de préjugés mobilières (elle voulait dire nobiliaires) ; mais personne de la société ne fit attention à cette petite méprise et la harangueuse n’en fut pas moins applaudie. Au reste, j’observais que le plus grand plaisir de tous ces personnages était de contrefaire sérieusement le président et les membres des grandes assemblées. Tous ces artisans, rassemblés là pour déraisonner à l’instar des chefs de la république, me représentaient des enfants mal élevés et livrés à eux-mêmes, jouant à un vilain jeu, dont la forme les divertissait et les occupait beaucoup plus que le fond, et se croyant hors de l’enfance parce qu’ils imitaient ridiculement quelques manières des personnes qui les gouvernaient. Si on leur eût retranché la tribune, leur président et sa sonnette, et les formules de police établies à la Convention et aux Jacobins, ils auraient trouvé fort peu d’intérêt dans leurs assemblées. »  

 (3) A seize ans, Stéphanie-Félicité du Crest de Saint-Aubin, née le 25 janvier 1746 en Bourgogne au château de Champcéry, épouse Charles Brûlart de Genlis, marquis de Sillery. Elle meurt à Paris, relativement pauvre, le 31 décembre 1830.

* * *

Ajouter un commentaire