« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Le moi à l’œuvre

Une littérature du moi

   Mme de Staël laisse volontiers transparaître sa personnalité dans ses ouvrages.  

   Même dans son ouvrage De l’Allemagne, certains chapitres (chapitre XIX de la 3e partie : L’Amour dans le mariage, chapitre VI de la 4e partie : De la douleur, chapitre X de la 4e partie : De l’enthousiasme) sont l’expression de ses sentiments intimes.

    Mais avant tout, on peut dire que ses deux romans, Delphine (1802) et Corinne (1807) sont de véritables autobiographies. Par là, elle prépare avec Rousseau (Delphine est d’ailleurs un roman épistolaire comme La Nouvelle Héloïse) et en même temps que Chateaubriand (avec René) la littérature romantique.

   Ses deux héroïnes sont deux femmes supérieures, l’une par le cœur (Delphine), l’autre par l’intelligence (Corinne), toutes deux victimes des conventions sociales au-dessus desquelles elles se sont élevées. Elles représentent Mme de Staël elle-même qui apprend à ses dépens que le bonheur de la femme est dans l’amour et que la société, hostile aux femmes remarquables, les condamne à la solitude. Antinomie des lois de la société et des lois de l’individu qui sera l’un de thèmes familiers du romantisme.

   Dès 1800, elle écrit : « S’il existait une femme séduite par la célébrité de l’esprit, et qui voulût chercher à l’obtenir, combien il serait aisé de l’en détourner, s’il en était temps encore ! On lui montrerait à quelle affreuse destinée elle serait prête à se condamner. Examinez l‘ordre social, lui dirait-on, et vous verrez bientôt qu’il est tout entier armé contre une femme qui veut s’élever à la hauteur de la réputation des hommes. » (De la Littérature).

   Remarque

     Dès sa parution en 1816, le roman de Benjamin Constant, Adolphe, est soupçonné d'être une simple retranscription de sa liaison avec Mme de Staël. Il est conduit à lui ajouter deux dissertations explicatives, une « Lettre à l'éditeur » et une « Réponse » qui présentent le livre comme le récit d'une anecdote destinée à illustrer les méfaits de l'amour. On peut raisonnablement en douter...

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