« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Catherine II et Mme du Deffand

Catherine II dans les années 1780   Mme du Deffand évoque quelquefois Catherine II avec Voltaire ou Horace Walpole, qu’elle nomme la czarine, selon l'appellation du temps. Elle ne l'apprécie guère.

   * « … Il n’y a point d’humeur noire qui puisse tenir à l’éloge que vous me faites de votre Sémiramis du Nord ; ces bagatelles que l’on dit d’elle au sujet de son mari, et desquelles vous ne vous mêlez pas, ne voulant point entrer dans les affaires de famille, feraient même rire le défunt (1) ; mais le pauvre petit Ninyas voyage-t-il avec Mme sa mère ? je voudrais qu’elle vous le confiât ; j’aimerai mieux pour lui vos instructions que ses beaux exemples. J’admire son zèle pour la tolérance, elle ne se contente pas de l’avoir établie dans ses États, elle l’envoie prêcher chez ses voisins par cinquante mille missionnaires armés de pied en cap. Oh ! c’est la véritable éloquence ! qu’en dira la Sorbonne ? Ses décrets me font grand plaisir. Cette compagnie vous sert à souhait et elle concourt, autant qu’il lui est possible, au succès de vos écrits. Le fanatisme dans tous les gens fait dire et faire bien des absurdités ; il n’y a point d’extravagance dont on doive s’étonner… » (À Voltaire, le 26 mai 1767).

   * «… Il [Voltaire] ne me répond point sur l’article de ma lettre où je lui parlais de la Czarine ; je ne serais point étonnée qu’il l’allât trouver (2). On m’attribue un bon mot sur les philosophes modernes, dont je ne me souviens point, mais que j’adopterais volontiers. On disait que le roi de Prusse ou le roi de Pologne vantait beaucoup nos philosophes d’avoir abattu la forêt des préjugés qui nous cachait la vérité ; on prétend que je répondis : Ah ! voilà donc pourquoi ils nous débitent tant de fagots (3) ?... » (A Horace Walpole, le dimanche 3 avril 1768).  

   [Remarque : si l’admiration de Mme du Deffand pour le style de Voltaire est sincère, elle n’aime pas toutefois les philosophes.]  

   * « ... On m'a raconté l'ambassade que vous avez reçue de Catau la Sémiramis : une boîte tournée de ses propres mais non innocentes mains, son portrait, vingt beaux diamants, une belle fourrure, le code de ses lois et une très belle lettre. Pourquoi me laisser ignorer ce qui peut me la rende recommandable ? Son estime pour vous et les témoignages qu'elle vous en donne sont tout ce qui peut lui faire le plus d'honneur..." (À Voltaire, le mardi 21 mars 1769).  

   * « … Je ne saurais admirer votre Catherine : elle est tout ostentation ; elle achète des tableaux, des diamants, des bibliothèques pour éblouir l’univers de ses richesses. Elle ne met point d’impôts, mais vous savez qu’où il n’y a rien, le roi perd ses droits ; elle augmente la paye de ses troupes, mais elle ne leur donne que du papier. Vous lui savez trop de gré de l’admiration qu’elle a pour vous ; qui est-ce qui n’en a pas ? Il est bruit ici d’une révolte qui a pensé arriver, et qui a fait exiler un grand nombre de gens en Sibérie… » (À Voltaire, le 24 août 1772).  

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Notes

(1) Elle fomenta l’assassinat de son époux et s’empara du pouvoir.

(2) Elle se trompe. C’est Diderot, qu’elle n’apprécie guère, qui rendra visite à Catherine II. Voltaire, lui, séjournera chez le roi de Prusse, Frédéric II.

(3) Écrits médiocres.

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