Crébillon fils et Mme du Deffand

Le Sopha (Crébillon)   Mme du Deffand abhorre Crébillon auquel elle préfère Marivaux.

   * « … Vous m’avez fait relire le romans de Crébillon, ce sont les mauvais lieux de la métaphysique ; il n’y a rien de plus dégoûtant, de plus entortillé, de plus précieux et de plus obscène ; est-il possible que quelqu’un qui aime le style de madame de Sévigné (qui en excepte seulement les tendresses), estime Crébillon et conseille de le lire ?... » (A Horace Walpole, le mercredi 30 janvier 1768).  

   * « … Aimer Crébillon et nommément l’Écumoire ! Les Lettres de la marquise, etc. ne sont qu’abominables ; mais je sais bien pourquoi vous les aimez, parce qu’elles s’accordent à l‘opinion qu’en général vous avez des femmes. Pour Marianne et le Paysan parvenu, je les aime aussi, non que le style en soit bon, mais il est original et Marivaux, dans une seconde ou troisième classe, y est distingué… […] Rayez-moi sur tous les points dans la peinture que Crébillon fait des femmes ; c’est un faquin qui n’a jamais vécu qu’avec des espèces.  » (Au même, le dimanche 9 mars 1777).

   * « … Aimez donc toujours Crébillon, puisque c’est votre folie. Je n’ai point ses lettres, dont vous êtes si charmé ; je les ai lues autrefois et je me souviens qu’elles m’ont fort déplu. Pour son Tanzaï, son Sopha, ses Égarements de l’esprit et du cœur, ses Lettres athéniennes, tout cela n’est pas mauvais. Il a voulu contrefaire Marivaux pour le critiquer ; et puis il a cherché à imiter Hamilton, et il est bien au-dessous de tous les deux. Marivaux avait du génie, petit et un peu borné ; pour Hamilton, son style est charmant, et Crébillon lui ressemble comme l’âne au petit chien… » (Au même, le 23 mars).

   * « … Vous avez en vérité beaucoup d’esprit et de goût ; cependant ce dernier s’égare quelquefois, témoin le jugement que vous portez des Lettres de Crébillon ; j’ai voulu les relire, croyant que je m’étais trompée ; oh ! non, je persiste à les trouver insupportables ; c’est un petit esprit que cette marquise, qui se donne des airs, qui fait la jolie femme, qui n’a ni sentiment ni passion, et de la tournure des dames de Beauharnais (1), et de toutes nos prétendues spirituelles qui n’ont pas le sens commun. J’aimerais cent fois mieux être comparée aux héroïnes de Scudéry qu’aux bégueules de Crébillon… » (Au même, le 2 avril).

   * « … Vous avez raison de vous étonner qu’à mon âge mon âme ne vieillisse point ; elle a les mêmes besoins qu’elle avait à cinquante ans, et même à quarante ; elle était dès lors dégagée de ces sortes d’impressions des sens, dont M. de Crébillon a été un si vilain peintre. J’avais alors, et j’aurai jusqu’à dernier moment de ma vie besoin d’aimer et désir de l’être… » (Au même, le 8 février 1778).

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Notes

(1) Il s'agit de Fanny de Beauharnais, la tante de Joséphine. 

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