« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Le Barbier de Séville et du Deffand

Le Barbier de Séville (Beaumarchais)   Mme du Deffand entretient longuement Horace Walpole du Barbier de Séville (Beaumarchais) :    

* «… Nous attendons aujourd’hui un grand événement, le jugement du procès de ce Beaumarchais dont je vous ai parlé, et dont je suis résolue à vous envoyer les Mémoires ; je serais surprise s’ils ne vous amusent pas, surtout le quatrième. Cet homme a certainement beaucoup d’esprit ; M. de Monaco l’a invité ce soir à souper, pour nous faire la lecture d’une comédie de sa façon, qui a pour titre : Le Barbier de Séville. On la devait jouer il y a huit jours ; madame la Dauphine [Marie-Antoinette] y devait venir : on reçut la veille la défense de la représenter : elle aurait eu certainement un grand succès, quand même elle aurait été détestable. Le public s’est affolé de l’auteur. On le juge tandis que je vous écris. On prévoit que le jugement sera rigoureux, et il pourrait arriver qu’au lieu de souper ce soir avec nous, il fût condamné au bannissement, ou même au pilori ; c’est ce que je vous dirai demain… » (Lettre à Horace Walpole du samedi 26 février 1771).  

   * « … Hier, samedi 26, M. Beaumarchais (sic) et ses consorts furent jugés ; madame Goetsman et lui sont condamnés être blâmés ; mais comme vous n’êtes point au fait de l’affaire, il faut que vous lisiez les Mémoires avant d’apprendre le jugement ; vous aurez le tout ensemble. Le dit Beaumarchais ne vint pas souper chez M. de Monaco ; le parlement resta assemblé depuis cinq heures du matin jusqu’à près de neuf heures du soir… ». (Au même, le lendemain).  

   * « … J’étais à la comédie de Beaumarchais, qu’on représentait pour la seconde fois ; à la première elle fut sifflée ; pour hier, elle eut un succès extravagant ; elle fut portée aux nues ; elle fut applaudie à tout rompre, et rien ne peut être plus ridicule ; cette pièce est détestable : vos parents regrettaient beaucoup de n’avoir pu l’entendre ; ils peuvent s’en consoler. Comment va le goût en Angleterre ? Pour ici, il est entièrement perdu ; et, grâce à nos philosophes qui raisonnent sur tout, nous n’avons plus le sens commun ; et s’il n’y avait pas les ouvrages du siècle de Louis XIV, plusieurs de ceux de votre pays, et les traductions des anciens, il faudrait renoncer à la lecture. Ce Beaumarchais, dont les Mémoires sont si jolis, est déplorable dans sa pièce du Barbier de Séville. (Au même, le lundi 27 février 1775).

   Il est vrai que Le Barbier fut, au départ, très critiqué.

   À preuve la Lettre de la critique du Barbier de Séville, de Beaumarchais : « Ce pauvre Figaro, fessé par la cabale en faux-bourdon et presque enterré le vendredi, ne fit point comme Candide ; il prit courage, et mon héros se releva le dimanche avec une vigueur que l'austérité d'un carême entier, et la fatigue de dix-sept séances publiques n'ont pas encore altérée. » [Les expressions en italiques sont extraites du chapitre 6 de Candide (Voltaire) où le héros est « épouvanté » par les violences de l'Inquisition. Beaumarchais dénonce ainsi le fanatisme de ses juges en usant de l'ironie voltairienne qui s'ajoute à la sienne.]

Remarques à propos d'Horace Wapole

   Fils du Premier ministre anglais Robert Walpole, il lance la mode du roman gothique avec son roman Le Château d’Otrante (1764) et l’architecture délirante de sa maison de Strawberry Hill à Londres. Sa correspondance, notamment avec Mme du Deffand (qui en est tombée amoureuse à un âge fort avancé), est le reflet de la société du 18e siècle en ce qui concerne la vie intellectuelle et mondaine. À partir de 1763 en effet, suite au traité de paix qui met fin à la guerre de Sept ans, les visiteurs traversent la Manche dans un sens comme dans l’autre. Walpole écrit « Notre passion pour tout ce qui est français n’est rien auprès de la leur pour tout ce qui est anglais. » Après la Révolution, l’Angleterre accueille de nombreux immigrés.     

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