Mmes du Châtelet et du Deffand

Mme du Châtelet (Latour)   Mme du Deffand serait-elle jalouse ? Voilà en tout cas un portrait au vitriol !

   « Représentez-vous une femme grande et sèche, le teint échauffé, le visage aigu, le nez pointu, voilà la figure de la belle Émilie ; figure dont elle est si contente, qu’elle n’épargne rien pour la faire valoir : frisure, pompons (1), pierreries, verreries, tout est à profusion ; mais comme elle veut être belle en dépit de na nature et qu’elle veut être magnifique en dépit de la fortune, elle est obligée, pour se donner le superflu, de se passer du nécessaire, comme chemises et autres bagatelles.

   Elle est née avec assez d’esprit ; le désir de paraître en avoir davantage lui a fait préférer l’étude des sciences les plus abstraites aux connaissances agréables : elle croit par cette singularité parvenir à une plus grande réputation et à une supériorité décidée sur toutes les femmes.

   Elle ne s’est pas bornée à cette ambition, elle a voulu être princesse, elle l’est devenue non par la grâce de Dieu ni par celle du roi, mais par la sienne. Ce ridicule lui a passé comme les autres, on s’est accoutumé à la regarder comme une princesse de théâtre, et on a presque oublié qu’elle est femme de condition.

   Madame travaille avec tant de soi à paraître ce qu’elle n’est pas qu’on ne sait plus ce qu’elle est en effet ; ses défauts mêmes ne lui sont peut-être pas naturels, ils pourraient tenir à ses prétentions ; son peu d’égard à l’état de princesse, sa sécheresse à celui de savante et son étourderie à celui de jolie femme.

   Quelque célèbre que soit madame du Châtelet, elle ne serait pas satisfaite si elle n’était pas célébrée et c’est encore à quoi elle est parvenue, en devenant l’amie déclarée de M. de Voltaire ; c’est lui qui donne de l’éclat à sa vie, et c’est à lui à qui elle devra l’immortalité. » 

Remarque

   D'une manière générale, Mme du Châtelet est considérée comme une personne déroutante. Mme de Tencin la qualifie de « singulière créature ». Peut-être parce qu'elle s'intéresse aux mathématiques et à la physique ?

Le Discours sur le bonheur de Mme du Châtelet ici.

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Notes

(1) Voltaire la surnommait Pompon-Newton.

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