« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mode et beauté

   La Marchande de mode (Boucher)

   Inutile d'épiloguer longuement sur la notion de beauté, toute relative : les belles femmes du siècle des Lumières nous paraîtraient aujourd'hui fort étranges. Et trop grasses, sans doute ! Ne nous fions pas aux tableaux qui idéalisent leurs modèles.

   Toutefois, aujourd'hui comme hier, les femmes cherchent à s'embellir. Mystère de la nature féminine ? Il faut plaire à tout prix !

   Rappelons ici l'universel Shakespeare : « L'on m'a dit que vous vous fardiez. Fort bien ! Dieu vous a donné un visage, et vous vous en fabriquez un autre. » (Hamlet)

   Et cet extrait de l'article « Beau » de Voltaire dans son Dictionnaire philosophique : « Demandez à un crapaud ce qu'est le Beau : il vous répondra que c'est sa crapaude ; demandez à un noir de Guinée ; il vous répondra que c'est une bouche lippue, une chevelure crépue, une peau huileuse. [...] Demandez à un philosophe : il vous répondra : un galimatias ! »

   Ceci dit, comment faire pour être « à la mode » en ces temps lointains où l'on portait perruque et où le rouge défigurait les visages déjà plâtrés de blanc de céruse ?

   La mode peut être sotte, ridicule et ne durer que huit jours. Ce n'est pas là-dessus qu'on la juge. Il importe qu'il y ait en revanche renouvellement constant. Sans nouveauté, point de succès véritable. Sébastien Mercier nous dit : « Les mets, les robes, les lectures doivent avoir les grâces de la fraîcheur. Un nouvel opéra, une actrice nouvelle, et une manière nouvelle de se friser, voilà ce qui bouleverse les esprits. » Et il constate, indigné, que le Journal des modes a plus de lecteurs que le Journal des savants.

   Comme dit Carlo Goldoni, « La mode a toujours été le mobile des Français et ce sont eux qui donnent le ton à l'Europe entière. »

   À travers notre apparence s’exprime une vision du monde. Si le 18e siècle est bien le « Siècle des Lumières » dans le domaine littéraire, scientifique, philosophique et politique, il n’en reste pas moins que la femme est prisonnière d’un carcan fort étroit en ce qui concerne ses toilettes et parures. À la fin du siècle cependant, on peut noter un semblant de libéralisation initié par la reine elle-même. En effet, si la tenue de cour n'a pas changé depuis le siècle précédent, il n'en est pas de même au quotidien où la femme cherche des tenues confortables, parfois « négligées » pour être à l'aise en son particulier comme on ditLa mode subit l'influence de l'Angleterre, pays pragmatique : on porte des jupes plates (sans crinoline) et des chapeaux, on allège le corset. Bref, ces dames sont à la recherche d'une plus grande simplicité, couronnée à la fin du siècle par les robes chemises de la reine.

   Bienvenue donc dans ces pages nostalgiques. Rêvons à ces femmes qui furent nos ancêtres… du moins dans le meilleur des cas car seule une infime partie de la population disposait d’une fortune suffisante pour se vêtir luxueusement. Nous descendons vraisemblablement de pauvres paysannes, de simples femmes du peuple revêtues de teintes sombres qui ne virent jamais la couleur du rouge - à joue - et ne humèrent aucune eau de senteur.

   Alors, inventons-nous une vie, à la cour ou à la ville, plongeons dans la mousseline et allons choisir nos toilettes chez Rose Bertin, couturière attitrée de la reine, dans sa boutique renommée, « Au Grand Mogol ». Suivez-nous, un équipage nous attend à la porte de notre demeure !

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