La chemise de Marie-Antoinette : "Quelle importunité !"

Quelle importunité !

Une chemise au 18e siècle   Cet extrait des Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de la reine Marie-Antoinette, est justement célèbre, surtout en raison de son témoignage ici impartial - ce n’est pas toujours le cas - sur les rigueurs de l’étiquette qui insupportent la reine, une étiquette qui règle toutefois la vie de cour dans son ensemble, et ce depuis Louis XIV.

   « L’habillement de la princesses était un chef d’oeuvre d’étiquette ; tout y était réglé. La dame d’honneur et la dame d’atours, toutes deux si elles s’y trouvaient ensemble, aidées de la première femme de chambre et de deux femmes ordinaires, faisaient le service principal ; mais il y avait entre elles des distinctions. La dame d’atours passait le jupon, présentait la robe. La dame d’honneur versait l’eau pour laver les mains et passait la chemise. Lorsqu’une princesse de la famille royale se trouvait à l’habillement, la dame d’honneur lui cédait cette dernière fonction, mais ne la cédait pas directement aux princesses du sang ; dans ce cas, la dame d’honneur remettait la chemise à la première femme qui la présentait à la princesse du sang. Chacune de ces dames observait scrupuleusement ces usages comme tenant à des droits.

   Un jour d’hiver, il arriva que la reine, déjà toute déshabillées, était au moment de passer sa chemise, je la tenais toute dépliée ; la dame d’honneur entre, se hâte d’ôter ses gants et prend la chemise. On gratte à la porte, on ouvre : c’est Mme la duchesse d’Orléans ; ses gants sont ôtés, elle s’avance pour prendre la chemise, mais la dame d’honneur ne doit pas la lui présenter ; elle me la rend, je la donne à la princesse ; on gratte de nouveau, c’est Madame, comtesse de Provence ; la duchesse d’Orléans lui présente la chemise. La reine tenait ses bras croisés sur sa poitrine et paraissait avoir froid. Madame voit son attitude pénible, se contente de jeter son mouchoir, garde ses gants, et, en passant la chemise, décoiffe la reine, qui se met à rire pour déguiser son impatience, mais après avoir dit plusieurs fois entre ses dents : « C’est odieux ! quelle importunité ! »

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L’Étiquette

    L'Étiquette est le symbole de la distance et donc du respect. Furetière n'emploie pas ce terme dans son Dictionnaire à la fin du siècle précédent. Le mot entre en 1728 dans le Dictionnaire de l'Académie Française qui limite toutefois son emploi à l'Espagne.

   Elle est parfois prosaïque, cette Étiquette, tant elle veut régir chaque aspect de la vie privée des monarques. On apprend par exemple que pour l'usage des tables réservées aux rois, aux ducs et aux pairs, il faut une double nappe, le port du bâton de commandement pour le maître d'hôtel, l'essai des plats ; on découvre les titres honorifiques de panetier, échanson ou écuyer tranchant [1].

   En cas de doute, on peut toujours consulter tel ou tel officier de Cour, comme le maître des cérémonies, le premier gentilhomme de la chambre ou l'introducteur des ambassadeurs, voire même le premier valet de chambre du roi… ou apprendre par cœur le traité du Cérémonial français. En fait, l'étiquette se transmet surtout par oral et par l'observation des usages.

   La Cour s'était fixée à Versailles en 1682, imposant un nouveau cérémonial et une codification aussi rigide qu'en Espagne. À cet égard, on lira avec bonheur la description de la cour de Louis XIV que fait Saint-Simon dans ses Mémoires.   

   Dans Les États de la France, on trouve les noms des officiers et leurs fonctions. On apprend ainsi que le 1er avril est le jour de renouvellement de quartier (quartier d'avril) et « les offices de la chambre de la reine se passèrent le service. » 

   Composer la suite de la reine dans son carrosse était par excellence un arbitrage des préséances.

   Il y avait aussi des querelles pour la distribution des appartements, en particulier au début des années 50 car chacun mène une stratégie de conquête de l'espace. 

   C'est surtout, parmi les filles de Louis XV, Madame Adélaïde qui est sans doute le plus à cheval sur l'étiquette ; à cela s'ajoutent une intelligence bornée, de l'orgueil, de la brusquerie et beaucoup d'autorité.

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Notes

[1] La civilité, la mode, le bonheur du XVIIe au XIXe siècle, Alfred Franklin, 1908.

Sources : Louis XV et sa cour (Bernard Hours, P.U.F., 2002).

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