« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Beauté de Marie-Antoinette ?

Ce que l'on sait

   Consciente de l’impact de l’image, mécontente des artistes qui font son portrait, la reine fait appel à Élisabeth Vigée-Lebrun qui écrit dans ses Mémoires : « C’est en l’année 1779, ma chère amie, que j’ai fait pour la première fois le portrait de la reine, alors dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté. Marie-Antoinette était grande, admirablement bien faite, assez grasse sans l’être trop. Ses bras étaient superbes, ses mains petites, parfaites de forme, et ses pieds charmants. Elle était la femme de France qui marchait le mieux. »   

    Le comte Alexandre de Tilly écrit dans ses Mémoires :

   « J'ai beaucoup entendu parler de la beauté de cette princesse et j'avoue que je n'ai jamais absolument partagé cette opinion ; mais elle avait ce qui vaut mieux sur le trône que la beauté parfaite, la figure d'une Reine de France, même dans les instants où elle cherchait le plus à ne paraître qu'une jolie femme; elle avait des yeux qui n'étaient pas beaux, mais qui prenaient tous les caractères : la bienveillance ou l'aversion se peignaient dans ce regard plus singulièrement que je ne l'ai rencontré ailleurs : je ne suis pas bien sûr que son nez fût celui de son visage. Sa bouche était décidément désagréable : cette lèvre épaisse, avancée, et quelquefois tombante, a été citée comme donnant à sa physionomie un signe noble et distinctif ; elle n'eût pu servir qu'à feindre la colère et l'indignation, et ce n'est pas là l'expression habituelle de la beauté ; sa peau était admirable, ses épaules et son cou l'étaient aussi ; la poitrine un peu trop pleine, et la taille eût pu être plus élégante ; je n'ai plus revu d'aussi beaux bras et d'aussi belles mains. Elle avait deux espèces de démarche, l'une ferme, un peu pressée, et toujours noble, l'autre plus molle et plus balancée, je dirais presque caressante, mais n'inspirant pourtant pas l'oubli du respect. On n'a jamais fait la révérence avec tant de grâce, saluant dix personnes en se ployant une seule fois, et donnant de la tête et du regard, à chacun ce qui lui revenait […]. En un mot, si je ne me trompe, comme on offre une chaise aux autres femmes, on aurait presque toujours voulu lui approcher son trône. »

   On sait par ailleurs, que lorqu'elle donne naissance à son premier fils, elle perd beacoup de ses cheveux et invente alors une coiffure basse, dite à l'enfant. Elle grossit quelqu peu. Mme de Korff, couturière au château de Versailles déclare que son tour de poitrine avoisine un mètre.  

Versailles 1789

   Fin juin 1789 , « Quand la duchesse de Devonshire peut se rendre à Versailles, elle est accueillie à bras ouverts par les Polignac, le roi et la reine. La première fois, les Devonshire arrivent tôt le matin et acceptent de rester dîner. Ils y retournent ensuite chaque jour pour écouter, d'une oreille compatissante, les malheurs de leurs amis. Georgiana trouve le roi en meilleure santé quelle ne pensait, contrairement à la reine : « Elle nous a reçu très gracieusement, bien qu'elle semblât également très lasse.  [...] Elle est tristement marquée, a pris beaucoup de ventre et perdu tous ses cheveux, mais elle conserve encore tout son éclat. »

   A Versailles, dans la deuxième quinzaine de juillet 89, il fait une chaleur lourde et stagnante. Un témoin constate : « Ce qu’on appelle la cour, ce reste d’hommes du château de Versailles est dans un état pitoyable. Le roi a le teint couleur de terre ; Monsieur - le comte de Provence- est pâle comme du linge sale. La reine, depuis que le cardinal de Rohan a pris place à l’Assemble Nationale, éprouve de fréquents tremblements dans tous ses membres ; vendredi, elle est tombée sur sa face dans la grande galerie. »

Analyse du portrait inachevé de Marie-Antoinette aux Tuileries (Kucharski, 1792)

Portrait de Marie-Antoinette aux Tuileries en 1792 (Kucharski)   Marie-Antoinette n'a que 36 ans mais elle en paraît bien plus. Trop de malheurs... Aux Tuileries, elle accorde à Kucharski quelques séances de pose. En résulte ce pastel, resté inachevé.

   Le changement est flagrant. En dépit du visage plein et du teint éclatant, le regard est triste et la bouche conserve un pli amer.

   En réalité, la reine a beaucoup changé : elle maigrit, ses cheveux blanchissent et ses pommettes se teintent parfois d'une rougeur inquiétante (qui ne doit hélas plus rien au fard).  Minée par la peur de l'avenir, accablée de responsabilités trop lourdes, épuisée par les veilles (elle passe les nuits à correspondre avec les uns et les autres ou à déchiffrer les lettres codées de Fersen... ), obligée de se contrôler sans cesse, elle est méconnaissable et écrit à Fersen : « Quelquefois, je ne m'entends pas moi-même et je suis obligée de réfléchir pour voir si c'est bien moi qui parle. Je n'ai pas un moment à moi, entre les personnes qu'il faut voir, les écritures et le temps que je suis avec mes enfants... »

 

   Au Temple, la reine vieillit très vite. Un commis de librairie, Mercier, qui a été chargé de garder le roi et sa famille, dit à Ruault que la « reine est tellement changée depuis quatre mois qu’elle est là, qu’elle serait méconnaissable aux yeux mêmes de ceux qui la voyaient tous les jours : tous ses cheveux sont blancs (1), elle paraît avoir plus de soixante ans ! ». Elle succombe sous le poids des humiliations, des persécutions et des insultes.

Sources : C'était Marie-Antoinette, Evelyne Lever, op. cit.  

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Notes

(1) Selon Mme Campan, ses cheveux auraient vieilli en une nuit, au retour de Varennes.

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