Mode des chiens de compagnie

Au siècle précédent

   Le cheval apparaît bien évidemment dans les scènes de bataille (Le Brun) et le chien dans les scènes de chasse et mythologiques, comme Diane entourée de ses chiens courants (Vénus étant entourée de colombes et d’agneaux). Le chien ne deviendra l’objet de portraits qu’avec Oudry au 18e siècle.

Mlle de Blois faisant des bulles de savon   Il apparait comme le fidèle compagnon de grand personnages chez de Troy ou Mignard qui montre par exemple Monseigneur et sa famille : le prince est assis, un jeune chien de chasse se dressant à ses côtés, tandis que le duc de Bourgogne et le duc d’Anjou (futur Philippe V d’Espagne) sont accompagnés de leur petit chien favori. L’animal participe à la représentation du personnage principal, comme également Les Enfants du duc de Bouillon ou le portrait présumé de Mlle de Blois faisant des bulles de savon (ci-contre).

   Louis XIV aime ses chiens et commande à plusieurs reprises des niches à l’ébéniste Gaudron pour ses chiens de Versailles, Marly ou Meudon. On a la description de deux niches pour Marly en 1688 : « quatre pieds ½ de long sur 18 pouces de large et pareille hauteur ; chacune de bois de noyer à placage avec filets d’ébène et fleurs de rapport, par devant ayant chacune deux entrées, cintrées et séparées. » La garniture est en velours de Hollande rouge cramoisi.

   Dans la première moitié du siècle, des peintures représentent des chats mais elles se font plus rares par la suite, remplacée par des animaux (cf. La Fontaine) plus ou moins exotiques.

   Ainsi, les 39 fontaines du labyrinthe de Versailles sont ornées de 194 oiseaux et 136 mammifères, en plomb et peints au naturel : loups, renards, chiens, chats, cigognes, cygnes, paons, singes et perroquets.

   Ces animaux (et d’autres) venus des Indes orientales ou occidentales feront la parure des ménageries princières ou privées tout au long du siècle suivant... ainsi que le bonheur de ces dames.     

Sources : Dictionnaire du Grand Siècle, François Bluche, Fayard, nouvelle édition 2005, Article de Simone Hoog (conservateur au château de Versailles).

Les chiens de ces dames

   Chiens de Louis XV

   Cacophonie d'aboiements, jappements et autres simagrées accompagnent ces dames. 

   Les caniches en vogue à Versailles à la fin du siècle sont passés maîtres dans l'art de saisir entre leurs dents la traîne des dames auxquelles ils appartiennent pour leur éviter de trébucher.

Mimi, le chien de Mme de Pompadour   Mme de Pompadour lègue son épagneul Mimi, son singe et son perroquet au comte de Buffon, le grand naturaliste. Mais ses volontés ne sont pas respectées : son frère, le marquis de Marigny, envoie le petit chien à la duchesse de Choiseul, qu'elle avait demandé en mémoire de son amie. Le collier de Mimi est en argent massif, celui de Filou (l'un des chiens de Louis XV) en or piqueté de diamants. Le thème de la fidélité canine est célébré par Jean-Jacques Bachelier, directeur de la manufacture de Sèvres de 1756 à 1793, protégé de la favorite. Le double portrait de Mimi et de sa chienne caniche Inès est exposé au Salon de 1759. La favorite possède treize toiles de l'artiste. Elle passe aussi commande à Christophe Huet, qui intitule respectivement ses portraits de Mimi et d'Inès La Constance et La Fidélité. Elle demande en outre à Guérin et à Boucher de l'immortaliser auprès de Mimi. Elle lègue à son frère cinq tableaux animaliers de Jean-Baptiste Oudry (qui peignit les petits lévriers italiens du roi, Misse et Turlu (ci-dessus).

   Madame du Deffand qui aime aussi les chats, remet son chien aux bons soins d'Horace Walpole. Dès son arrivée à Strawberry Hill en 1781, il sème la pagaille : « Comme il avait déjà compris qu'il pouvait se montrer aussi despotique qu'à Saint-Joseph, il entreprit d'abord de chasser des lieux mon joli petit chat. Après quoi il se rua sur l'un de mes chiens, qui répliqua en le mordant à la patte jusqu'au sang, ce pour quoi il fut sévèrement rossé. »

   Madame du Barry se voit offrir en 1771 pour son chien Mirza (une levrette blanche), un collier en diamants par Gustave III de Suède, qui tente à l'époque d'obtenir son soutien en faveur d'un traité d'alliance franco-suédois.

   Mme de Boigne décrit pour sa part les étés passés à Bellevue avant la Révolution, au cours desquels, enfant, elle joue avec le chien de Mme Adélaïde, fille de Louis XV, « un grand barbet blanc », nommé Vizir.

Les chiens de Marie-Antoinette

   Marie-Antoinette fait venir de Vienne son carlin nommé Mops. Elle éprouve pour la peinture animalière une admiration qui la porte à devenir la protectrice d'Anne Vallayer-Coster (1744-1818), l'une des meilleures représentantes françaises du genre, à qui elle offre un logement au Louvre en 1781. Sur les terrasses du château, elle s'amuse avec les épagneuls de la garde suisse spécialement dressés à repérer les intrus.

   Au titre d'ambassadeur non officiel du roi Gustave III de Suède, Fersen parcourt l'Europe avec son chien fidèle, Odin. En 1785, il offre à la reine un chien similaire, de bonne taille.

   Aux Tuileries, la reine dispose d'un petit chien prénommé Thisbé, prénom de l'héroïne de la mythologie classique qui préfère mettre fin à ses jours plutôt que de vivre sans Pyrame. Peut-être un épagneul. On est à peu près certain que le chien se trouve auprès de la reine lors du transfert au Temple. Il est peut-être demeuré là-bas lorsque la Reine est enfermée à la Conciergerie. Mais certains témoignages évoquent le petit chien de la reine à la Conciergerie… D'autres témoignages indiquent que ce Pyrame, serait en fait Mignon, l'épagneul de Madame Royale, que cette dernière aurait débaptisé pour éliminer toute référence à Fersen qu'elle n'aimait pas.

   Pour ce qui est du chien de la Conciergerie, il faut savoir que les prisons révolutionnaires grouillent alors d'animaux sans maître. Mme Richard, l'épouse du geôlier, qui a pris la reine en pitié, fait son possible pour adoucir son sort : possible que ce chien ait appartenu à un détenu déjà guillotiné. Mgr de Salomon, détenu dans la cellule après Marie-Antoinette, témoigne : « Le premier matin, je vis, comme ma porte s'ouvrait, un carlin entrer dans ma chambre, sauter sur mon lit, en faire le tour et s'en aller. C'était le carlin de la reine, que Richard avait recueilli et dont il prenait le plus grand soin. Il venait de la sorte pour flairer les matelas de sa maîtresse. je le vis faire ainsi tous les matins, à la même heure, pendant trois mois entiers, et, malgré tous mes efforts, je ne pus jamais l'attraper. »

   En 1796, Fersen évoque sa rencontre avec Madame Royale à Vienne ; elle est accompagnée d'un épagneul roux et blanc. Il s'agirait du chien de son frère Louis XVII, dit-elle. Rien n'est moins sûr. Ce Mignon reste en tout cas son fidèle compagnon au cours de ses années d'exil auprès de son oncle Louis jusqu'en 1801, date à laquelle il se tue en tombant du balcon du palais du roi Stanislas Poniatowski à Varsovie.

   Toujours est-il que Delille compose plus tard une élégie en hommage à Mignon dans un poème intitulé « Malheur et pitié », dont le contenu prouve qu'il connaît parfaitement la légende entourant les origines de l'épagneul :

« Sois donc et le sujet et l'honneur de mes chants,

Ô toi qui, consolant ta royale maîtresse,

Jusqu'au dernier soupir lui prouvas ta tendresse,

Qui charmais ses malheurs, égayais sa prison ;

Ô des adieux d'un frère, unique et triste don !

Hélas ! lorsque le sort, qui lui ravit son père,

Pour comble de malheur la sépara d'un frère,

Livré seul aux rigueurs d'un destin ennemi,

Pour elle il se priva d'un dernier ami.

Que dis-je ? Des tyrans incroyable caprice !

Celui qui fit traîner ses parents au supplice,

Qui l'entoura de morts, l'accabla de revers,

Lui laissa l'animal, compagnon de ses fers. »

Révolution

La Gimblette (Fragonard)

   Au cours de la Révolution, on s'empare des petits chiens de luxe abandonnés par leurs maîtres pendant la première vague d'émigration pour les brûler en place de Grève. Pour le peuple, ils symbolisent un gaspillage aussi bien que des privilèges désormais inacceptables, et se trouvent associés à une certaine débauche sexuelle. Sous les pinceaux de Watteau ou de Fragonard, de même que sous la plume de Diderot, les petits chiens sont devenus des métaphores des appétits charnels féminins et incarnent ce laxisme moral de la société du 18e siècle que Robespierre et les siens ont en horreur.

   Sous le Consulat, un minimum d'austérité s'installe : les carlins de Joséphine se contentent de colliers assez banals ornés de clochettes « à la chinoise ». Joséphine nourrit une grande passion pour ses chiens, que Bonaparte, au contraire, déteste. Mais très vite, le luxe reprend ses droits : les chiens de Mme Tallien mangent dans des bols en or incrustés d'émeraudes. En 1806, l'entretien journalier des carlins de Joséphine est estimé à 568 francs de l'époque.

   Leroy s'interroge sur la sensibilité animale : Ses Lettres philosophiques sur l'intelligence des animaux ici.

Sources : Truffes royales, Katharine Mac Donogh, Payot, 2008.

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