« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mode Régence

La femme devient pimpante et capiteuse

Couple sous la Régence   La mode de la Régence offre un grand changement par rapport à la fin du règne de Louis XIV.

   Les élégantes font appel aux « coiffeurs de dames » qui demandent au parlement à être distingués des barbiers perruquiers. C’est la naissance d’un nouveau métier.

   L’habillement féminin se transforme également : paniers (jupon garni de baleines ou d’osier) à guéridons, à coupoles, à entonnoirs, à bourrelets, à gondoles. Arlequin chante sur les tréteaux des foires : « J’ai des paniers, des solides pour les prudes, des pliants pour les galantes ! ». Les décolletés plongent. La princesse Palatine, ni prude, ni bigote pourtant, tonne contre ces « négligés que les honnêtes femmes n’ont pas le courage de condamner et dont l’indécence ne les effraie plus. » On ne ploie plus sous le grand habit paré mais on est vêtue de satin et enveloppée de mousseline, chaussée de mules, en un mot pimpante et capiteuse.

   On songe à Watteau dont L’Embarquement pour Cythère succède aux mythologies de Le Brun et marque une date : transformation d’une représentation théâtrale de l’existence en une description de caprices aimables, d’ombres vives et gracieuses, de chatoiements de soieries et couleurs.

   On note également des changements dans la décoration et l’ameublement : les bois colorés succèdent à l’ébène de Boulle, les marqueteries de bois de rose laissent la place aux incrustations d’écaille et de métal et aux panneaux recouverts de vernis de Chine.

Sources : La Régence, Aimé Richard, Tallandier, 2003.

La robe volante dans L'Enseigne de Gersaint (Watteau)

   L'Enseigne de Gersaint (Watteau)L'une des tenues les plus prisées du début du siècle est la « robe volante » inspirée du déshabillé de la fin du règne de Louis XIV. Cette robe est composée d'un corsage à plis larges tombant des épaules jusqu'au sol et d'un jupon rond. Elle semble confortable (bien que portée sur un corset) mais absolument indécente pour paraître à la cour. On la porte chez soi et très volontiers lorsqu'on est enceinte.

   Voici une représentation de la robe volante par Watteau dans L'Enseigne de Gersaint (1720). Il a donné son nom aux plis du dos dits « plis Watteau » sans en être l'inventeur pour autant.

   Remarque sur le tableau : les commis enferment le portrait de Louis XIV dans une caisse, symbole du renouveau de la Régence.

Autour de L'Enseigne de Gersaint (Watteau)

Lagarde et Michard   Ce tableau célèbre (première de couverture du manuel de Lagarde et Michard sur le XVIIIe siècle) date de 1720. Antoine Watteau, né en 1684, mourra l'année suivante.

   C'est « pour se dégourdir les doigts » que Watteau proposa à son ami, le marchand-mercier Gersaint, établi sur le pont Notre-Dame depuis 1718, de peindre l'enseigne de son magasin qui s'appelait alors « Au Grand Monarque » avant de devenir un peu plus tard « A la Pagode » (les turqueries et autres chinoiseries étant alors à la mode).   

   Elle représente de riches amateurs venus choisir chez Gersaint des tableaux, des estampes, des miroirs, une pendule ou les objets d'une toilette (on ne disait pas encore coiffeuse).

   Ce tableau est actuellement au musée de Charlottenburg à Berlin.

Analyse rapide du tableau

   Ce tableau symbolise le passage d'un règne à l'autre : nous sommes sous la Régence et Louis XIV est enfin mort. Notons à gauche les deux commis qui enferment le portrait du feu roi dans une caisse et décrochent un miroir démodé. La jeune femme qui vient d'entrer et que l'on voit de dos observe la scène avec, peut-être, une certaine curiosité plus ou moins indifférente. À droite, hommes et femmes conversent, estiment ou achètent tableaux et objets d'art : ce sont les nouveaux riches. La bourgeoisie est en effet en plein essor, les constructions d'hôtels particuliers à Paris se multiplient (Versailles n'est plus le centre du pouvoir, le Régent résidant à Paris, au Palais-Royal) et il faut les meubler et les décorer. Grâce à Law, on assiste à un grand élan économique (dont on déchantera très vite). Voltaire écrit dans Le Siècle de Louis XIV : « Tout se tournait en gaieté et en plaisanteries dans la régence du duc d'Orléans ; ce caractère de la nation, le Régent l'avait fait renaître après la sévère tristesse des dernières années de Louis XIV. »      

   Watteau était un grand dessinateur. On dit qu’il couvrait d'esquisses des albums entiers. Le comte de Caylus rapporte : « Quand il lui prenait gré de faire un tableau, il y choisissait les figures qui lui convenaient le mieux pour le moment. Il en formait ses groupes, le plus souvent en conséquence d'un fond de paysage qu'il avait conçu et préparé. »

Les merciers (source inconnue, peut-être Sébastien Mercier)

  « Membres des Six Corps des marchands de la Ville de Paris, les merciers vendent des objets précieux qu’ils ne fabriquent pas. L’Encyclopédie les définit comme « vendeurs de tout et faiseurs de rien. »

   Mais ce sont de véritables cavernes d’Ali Baba qui attirent les femmes. 

   On y trouve effectivement de tout : paravents en laque de Chine, commodes, secrétaires, bureaux, miroirs, brosse en sanglier, fouets pour cocher, cannes, pendules, reliquaires, éventails, colliers d’ambre (contre les douleurs dentaires des bébés), chapelets, moulins à café, étuis à aiguille, couteaux, peigne d’écaille, bocaux emplis de paillettes, de poudre d’or et de perles de jais, chinoiseries, tabatières en écaille, poupées peintes par Boucher... Comme chez les gantiers-parfumeurs, on peut y acheter de simples étuis à rouge, à fard, des pots à pommade et des boîtes à mouches en porcelaine, des poudriers en or émaillé, divisés en trois compartiment, contenant des mouches, du rouge en poudre et un pinceau à manche d‘ivoire, avec un miroir sur l’envers du couvercle : le grand luxe ! 

   Gersaint est plus qu'un simple mercier évidemment, mais il représente assez bien ces magasins de tout et de rien. »

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