« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Mouches

Langage des mouches, accessoires de beauté essentiel

   * Dans toute l'Europe du 18e siècle en fait, hommes et femmes (surtout les femmes) arboraient des « mouches » en forme de cœurs, de soleils, de lunes et d'étoiles qui, collées sur les seins ou le visage, détournaient l'œil des admirateurs de toute imperfection, à l'époque, le plus souvent, des cicatrices de variole.

    Après la pose du rouge, en effet, il faut donner au visage esprit et piquant en semant tous ces petits morceaux de toile ou de taffetas gommés : les mouches.

   Il faut les poser selon les règles : l'assassine au coin de l'œil, la majestueuse sur le front, l'enjouée dans le pli que fait le rire, la galante au milieu de la joue, et la coquette, appelée aussi précieuse et friponne auprès des lèvres. On peut les porter telles quelles ou entourées de diamants.

Sources : Le Livre des sens, Diane Ackerman, Grasset, 1991

   * Les Goncourt, dans leur ouvrage La femme au XVIIIe siècle, écrivent :

   « ... Le rouge choisi, posé, gradué, la toilette du visage n'était qu'à moitié faite : il restait à lui donner l'esprit, le piquant. Il restait à disposer, à arranger, à semer comme au hasard, avec une fantaisie provocante, tous ces petits morceaux de toile gommée appelés par les poètes «des mouches dans du lait» : les mouches. C'était le dernier mot de la toilette de chercher, de trouver la place à ces grains de beauté d'application, taillés en cœur, en lune, en comète, en croissant, en étoile, en navette. Et quelle attention à jeter joliment ces amorces d'amour, sorties de chez le fameux Dulac de la rue Saint-Honoré, la badine, la baiseuse, l'équivoque ; à poser, selon les règles, l'assassine au coin de l'œil, la majestueuse sur le front, l'enjouée dans le pli que fait le rire, la galante au milieu de la joue, et la coquette, appelée aussi précieuse et friponne auprès des lèvres ! La mode alla plus loin : un moment, les femmes portèrent à la tempe droite des mouches de velours de la grandeur d'un petit emplâtre. Et l'on vit même un jour sur la tempe de la jolie madame Cazes cette singulière mouche entourée de diamants... »

On porte des mouches dès le siècle précédent

Mouches au 17e siècle

   On porte des mouches dès le siècle précédent. Et pour les mêmes raisons.

   Dans sa fable « La Mouche et la fourmi » (Livre IV, Fable 3), La Fontaine fait allusion aux mouches :

  « Je rehausse d’un teint la blancheur naturelle ;

Et la dernière main que met à sa beauté

Une femme allant en conquête,

C’est un ajustement des mouches emprunté.

...

Certain ajustement, dites-vous, rend jolie ;

J’en conviens : il est noir ainsi que vous et moi.

Je veux qu’il ait nom mouche : est-ce un sujet pourquoi

Vous fassiez sonner vos mérites ?

Nomme-t-on pas aussi mouches les parasites ? »

. . .

   Suit un jeu de mots sur les mouches de cour, c’est-à-dire les espions. Ainsi se défend la fourmi.

* * *   

Ajouter un commentaire